Ecolo inquiet avant d’aller aux urnes (Relisez le chat avec Olivier Deleuze)

Traumatisés par la chute de 2004, les Verts retiennent leur souffle.

Vincent Rocour
Affiches électorales Ecolo en province de Namur
Affiches électorales Ecolo en province de Namur ©Jean-Luc Flémal

Au cinquième étage du paquebot Flagey où Ecolo a installé son siège, la question des survols au-dessus de Bruxelles a été accueillie comme du pain bénit. Pas tellement parce que c’est une thématique sur laquelle les Verts s’affichent plutôt en pointe. Mais surtout parce que les bruits d’avions sont venus éclipser la polémique sur le photovoltaïque wallon. Le valet de pique changeait soudainement de main. Il filait dans le jeu du CDH après être resté longtemps dans celui d’Ecolo.

Un précédent apocalyptique

C’est que la panique avait gagné les écologistes francophones. Les sondages se suivaient et confirmaient la santé déclinante des Verts dans l’opinion publique. Dans le dernier baromètre "La Libre"/RTBF/Dedicated du mois d’avril, Ecolo stagne à 11 % en Wallonie et recule à 8,3 % à Bruxelles. Soit des niveaux qui le rapprochent dangereusement de son plus mauvais score des vingt-cinq dernières années - et le score réalisé au scrutin régional de juin 2004, à la sortie de gouvernements arc-en-ciel qui avait lessivé les Verts. Ecolo venait de réaliser la performance assez inédite de perdre deux tiers de ses électeurs en l’espace de cinq ans. Cinq ans plus tôt, il avait, il est vrai, enregistré l’une des plus belles victoires à ce jour.

Les circonstances actuelles présentent des similitudes. Comme en 2004, Ecolo va au scrutin après avoir connu, cinq ans plus tôt, un résultat retentissant. Et, comme en 2004, il sort d’une participation gouvernementale qui, cette fois encore, n’aura pas été de tout repos. Et où Ecolo a pris des coups comme au bon vieux temps de l’arc-en-ciel.

Tout n’est cependant pas comparable. Depuis sa déroute politique de 2003-2004, Ecolo s’est constitué un matelas d’électeurs fidèles, qui votent pour lui par conviction - et que le parti évalue à 10-12 % des voix. Il a par ailleurs mûri. Il s’est montré moins naïf dans l’exercice du pouvoir, a répondu coup pour coup. Et n’est plus entré dans les coalitions en marche arrière comme en 1999.

Mais cette maturité a son revers. Ecolo est devenu, aux yeux de l’opinion, un parti rangé, un notable, certes encore jeune, de l’establishment politique. Il l’a définitivement confirmé en approuvant, dans les Régions, le traité budgétaire européen malgré les réticences de son biotope naturel.

Aujourd’hui, nombre de ses électeurs disent envisager voter PTB. Le drame d’Ecolo, c’est qu’il passe pour un parti de gouvernement alors qu’au fédéral, il se trouvait dans l’opposition et n’est pour rien dans les mesures d’austérité.

Le pouvoir incertain

La plus grande incertitude entoure son avenir. Ces dernières semaines, à cause de sorties un peu malheureuses du MR, la cote de l’Olivier en Wallonie et à Brûles est remontée. C’est bon pour lui. Mais c’est sans garantie. L’hypothèse qu’Ecolo se retrouve partout dans l’opposition après le 25 mai reste même forte.

Son espoir, c’est que Groen soit appelé en renfort dans une coalition pour rendre la N-VA contournable. Comme l’un ne va pas sans l’autre, Ecolo en profiterait. Mais ce serait quand même plus simple à faire avaler s’il parvient à faire démentir les pires sondages.