Le duel entre Di Rupo et Reynders était à fleurets mouchetés

Après les congrès de fin de campagne du MR et du PS dimanche, on aurait pu imaginer un duel assez dur entre Elio Di Rupo et Didier Reynders, lundi soir sur la RTBF. Et puis, non. L’actuel Premier ministre PS a finalement été assez tendre avec l’actuel vice-Premier ministre MR. Et réciproquement. Analyse.

Le duel entre Di Rupo et Reynders était à fleurets mouchetés
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Frédéric Chardon

Après les congrès de fin de campagne du MR et du PS dimanche, on aurait pu imaginer un duel assez dur entre Elio Di Rupo et Didier Reynders, lundi soir sur la RTBF. Et puis, non. L’actuel Premier ministre PS a finalement été assez tendre avec l’actuel vice-Premier ministre MR. Et réciproquement. Pas jusqu’à se faire des mamours, mais presque… Didier Reynders a fait profil bas, il était en retrait. Et Elio Di Rupo n’en a pas profité. Lui-même a manifestement également levé le pied.

Qu’a-t-on entendu lors de ce débat ? L’important, c’est plutôt ce qu’on n’y a pas entendu, en fait. Du côté PS, pas de grand péril néolibéral ou de droite, pas de risque de “bain de sang social” MR, qu’agitent les socialistes francophones à tous leurs congrès. Du côté libéral, Didier Reynders n’a pas “flingué” les socialistes non plus, comme le MR, à une autre époque aurait pu le faire.

Le MR aime l’indexation…

Au contraire, le ministre des Affaires étrangères a rappelé son attachement à la sécurité sociale, à l’indexation des revenus, à la formation, à l’enseignement, à la baisse des impôts pour les bas et moyens revenus, à la création d’emplois… Il ne s’agit pas vraiment d’un programme “tatchérien”. Mieux, il s’agit même de propositions pouvant faire le lien avec le PS pour des négociations de majorités à tous les niveaux de pouvoir, le fédéral comme le régional et à la Fédération Wallonie-Bruxelles (enseignement, etc.).

Bien sûr, il y a eu quelques piques : Elio Di Rupo a rappelé les sauts d’index des gouvernements Martens-Gol qui, dans les années 80, avaient pris des mesures d’austérité tandis que les socialistes étaient dans l’opposition. Bien sûr également, le Premier ministre a chargé encore un peu plus la barque libérale sur le coût du projet de réforme fiscale du MR…

Mais sinon, donc, ce n’était pas un choc radical entre deux conceptions différentes de la société… Une surprise ? Non, on pouvait s’attendre à ce genre d’échanges très soft à quelques jours du méga-scrutin du 25 mai. Pourquoi ? D’abord, Elio Di Rupo et Didier Reynders partagent un même bilan au sein du gouvernement fédéral. Le PS et le MR gouvernent ensemble depuis de nombreuses années à ce niveau de pouvoir. Attaquer le bilan de l’un aurait été attaquer son propre bilan, finalement…

Prudence tactique

Ensuite, il est clair que PS et MR veulent garder toutes leurs options pour les négociations qui suivront les élections de dimanche prochain. En résumé, à l’heure actuelle, le PS aura besoin du MR pour constituer le prochain gouvernement fédéral. Elio Di Rupo aura besoin du MR comme allié de poids pour appuyer un renouvellement de son mandat de Premier ministre.

Inversement, le MR sait qu’il n’a pas la main dans les Régions et que le PS, de manière générale, semble incontournable à tous les échelons. Allumer le super-chef des socialistes en direct aurait été un luxe Didier Reynders n’avait manifestement pas envie de se payer.

N-VA, l’ennemi commun ?

Pourtant, le débat a commencé sur une remise en question par Elio Di Rupo de la sincérité de Didier Reynders par rapport à son souhait de ne pas négocier avec la N-VA. “Je sens très bien que l’on voudrait faire un gouvernement des droites, sans le Parti socialiste”, explique au contraire Elio Di Rupo, faisant référence sans la nommer clairement à la constitution d’une majorité MR-CDH-VLD-CD&V-N-VA. Didier Reynders a rappelé, photo à l’appui d’Elio Di Rupo serrant la main à Bart De Wever, que c’est le PS qui a négocié, en 2010, avec la N-VA. Et non le MR.

Ah, ça, c’était plus violent alors ? Oui et non… En s’opposant au travers de la N-VA, en fait, PS et MR ont évité de s’affronter directement et frontalement l’un l’autre.

De plus, même sur la question de la N-VA, MR et PS sont tombés d’accord. Elio Di Rupo a rappelé qu’il ne négociera pas avec la N-VA la scission de la sécurité sociale et la scission du pays. Il tend une perche à Didier Reynders, qui la saisit : “Voilà évidemment un engagement qui nous est commun”. Le choc des titans socialiste et libéral n’a pas eu lieu.

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