La pension à 67 ans en 2030 et un service d'intérêt général pour les chômeurs longue durée

66 ans en 2025, 67 en 2030... Le Belge devra travailler plus longtemps! Les négociateurs chargés de la formation du gouvernement fédéral ont trouvé mardi des accords concernant les travailleurs (mais aussi les chômeurs). Ces mesures suscitent toutefois déjà de multiples réactions, notamment du côté socialiste où on estime que le MR a trompé son propre électeur...

La pension à 67 ans en 2030 et un service d'intérêt général pour les chômeurs longue durée
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Belga et Rédaction en ligne

Les négociateurs de la formation du gouvernement fédéral ont un accord de principe mardi pour relever l'âge légal de la pension, a-t-on appris à plusieurs sources. Il passera progressivement à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030. Le relèvement de l'âge légal de la pension ne figurait pas parmi les recommandations du rapport d'experts réalisé à la demande du gouvernement sortant. Cependant, les experts qui s'étaient penchés sur l'avenir des pensions, parmi lesquels l'ancien ministre Frank Vandenbroucke, avaient retenu l'idée d'un relèvement progressif de l'âge jusqu'à 67 ans parmi les pistes de travail étudiées.

La décision intervenue mardi constitue une surprise car aucun parti n'a inscrit cette revendication dans son programme. Le MR avait insisté sur le fait qu'on ne toucherait pas à l'âge légal. C'est la N-VA qui a fait du relèvement de l'âge une exigence. Ce ne sera pas pour cette législature, c'est une mesure à long terme, pour les générations futures. Il fallait à un moment résoudre ce problème de pensions qui allaient devenir impayables, justifie-t-on dans les rangs réformateurs.

Outre l'âge légal, des mesures seront également prises pour rallonger les carrières. Il est question de décourager les départs anticipés à la retraite. Un cadre transitoire sera prévu pour les personnes qui atteindront prochainement l'âge de départ actuellement autorisé. Celui qui atteindra l'âge de 58 ans en 2016 devra travailler 2 années supplémentaires. Celui qui aura 59 ans ou plus en 2016 devra travailler une année de plus. Un cadre transitoire spécifique est prévu pour le problème soulevé par la police. Le régime spécial pour les ex-gendarmes a en effet disparu à la suite d'un arrêt de la Cour constitutionnelle. Les policiers avaient manifesté à Bruxelles il y a quelques jours.

Le deuxième pilier de pensions (assurance complémentaire via les entreprises) sera élargi. Les travailleurs indépendants pourront bénéficier du deuxième pilier. Il y aura également un assouplissement des règles permettant de travailler moyennant un salaire illimité après une carrière complète.

Outre les pensions, les négociateurs ont également abordé le chapitre Emploi. Il est notamment question d'élargir de 12 mois le crédit-temps, singulièrement pour les soins palliatifs et la garde des enfants malades (jusqu'à huit ans). Le congé parental serait également étendu.

On ne touche pas à la dégressivité des allocations de chômage mais un service d'intérêt général sera instauré (deux demi-jours par semaine) pour les chômeurs de longue durée. Il sera optionnel mais si le demandeur d'emploi accepte d'y contribuer, il sortira du régime de dégressivité. On évoque également une activation de bénéficiaires de l'assurance invalidité. L'annualisation du temps de travail se trouvera également dans l'accord de gouvernement.

Le saut d'index avec compensations pour les travailleurs reste sur la table mais n'a à ce stade pas fait l'objet d'un accord. Le principe de l'indexation automatique des salaires et de la concertation sociale a été confirmé. Des mesures seront également prises en faveur des heures supplémentaires dans l'horeca. La diminution du taux de cotisation sociale de l'employeur de 33 à 25% est également dans le pipeline mais là non plus il n'y a pas encore d'accord.

Plus globalement, un "plan emploi" est annoncé en concertation avec les Régions. Il y est question de baisses de charges, de formation continue, de valorisation de l'expérience professionnelle, de chômage des jeunes, et de renforcement des carrières pour les groupes vulnérables.

Enfin, c'était dans l'air, le gouvernement de centre-droit entend revoir la loi de 1996 sur la compétitivité et la sauvegarde de l'emploi. Il sera question de résorber le "handicap salarial" avec les pays voisins.

Les négociateurs - actuellement, les deux coformateurs et les quatre chefs de délégation - continuaient mardi à examiner le cadre budgétaire en lien avec la fiscalité. Ils en ont terminé avec les volets Pension, Emploi et Progrès social (soins de santé, chômage...) L'impact budgétaire de l'Emploi et du Progrès social devait cependant encore être finalisé.

Les discussions pourraient se poursuivre au finish. Certains n'excluent pas qu'un accord budgétaire puisse être annoncé mardi après-midi, en dépit de l'état de fatigue des négociateurs assis autour de la table depuis lundi à 14h30.


"Une attaque inadmissible contre les travailleurs", juge le PS

Le parti socialiste a immédiatement réagi à l'annonce faite par le gouvernement de relever l'âge légal de la pension. Pour le PS, la priorité se trouve plutôt dans l'amélioration "du taux d'emploi des travailleurs avant 65 ans".

Pour Frédéric Daerden, député socialiste, "le gouvernement MR N-VA contraindrait, en dehors de toute concertation sociale, des travailleurs qui sont déjà bien souvent épuisés en fin de carrière, physiquement ou psychologiquement, à travailler au-delà de 65 ans."

Le PS va même plus loin dans l'attaque en affirmant que le MR a trompé son propre électeur... "Le programme électoral du MR de 2014 précisait en effet ceci : « Sans relever l’âge légal de la pension, il est possible d’améliorer le taux d’activité des travailleurs âgés.»" Pour les Rouges, rien de cela n'a donc été respecté.


"Il faudrait d'abord que tout le monde travaille jusqu'à 65 ans"

"Nous devons d'abord tout faire pour que tout un chacun travaille jusqu'à son 65e anniversaire. Cela est et reste essentiel", a estimé mardi Christine Mattheeuws, la présidente du SNI, en réaction à l'accord sur l'augmentation de l'âge de la pension. Le SNI trouve que cette mesure est "insensée à l'heure actuelle". "Il faudrait d'abord que le travail jusqu'à 65 ans soit la norme pour tout le monde. Cela inclut également que le régime de chômage avec complément d'entreprise (RCC, anciennement prépension) soit totalement supprimé. Après tout, à qui profiterait l'augmentation de l'âge légal de la retraite, si rien n'est fait pour inciter les personnes à effectivement travailler jusqu'à l'âge effectif de la pension?", précise le SNI.


Ecolo: "La majorité libérale-nationaliste sera celle de l'épuisement des citoyens"

"En choisissant de presser le monde du travail et la qualité de vie des citoyens, le futur gouvernement s'annonce comme celui de l'épuisement des citoyens et du renforcement des injustices", a affirmé Ecolo, mardi matin.

Pour la coprésidente d'Ecolo Emily Hoyos, "en s'asseyant au passage sur toutes leurs promesses électorales, les partis de la future majorité fédérale accentuent la logique du gouvernement sortant, visant à faire porter par les seuls travailleurs la charge des pensions futures. Au bout du compte, les perspectives d'avenir de générations de Belges se voient lourdement assombries. Le report de l'âge de la pension, ce sont des années de repos bien mérité en moins, des années en moins pour s'occuper de soi, de sa famille, de ses petits-enfants".

Dans un communiqué, les Verts ont souligné que la pénibilité et la pression sur le monde du travail ne cessent d'augmenter dans la plupart des secteurs d'activités, l'âge de la pension étant souvent atteint avec soulagement après des années d'épuisement.

A leurs yeux, la durée effective de la carrière mais aussi sa pénibilité réelle doivent être mieux pris en compte dans les conditions d'accès à la pension. Des mesures d'adaptation de la carrière et de partage du temps de travail sont nécessaires pour permettre aux travailleurs de 50 ans de rester actifs dans de bonnes conditions et aux jeunes d'accéder à l'emploi.

"En la matière, l'urgence est d'assurer un financement alternatif crédible et solide de notre système, mettant à contribution les revenus des capitaux plutôt que ceux du travail, ce qui permettra d'assurer aux futurs pensionnés un revenu décent et suffisant", a expliqué de son côté le député fédéral écologiste Georges Gilkinet.


Frank Vandenbroucke: "Besoin de règles qui peuvent être ajustées"

Frank Vandenbroucke s'est refusé mardi à tout commentaire concernant l'accord de principe entre les négociateurs qui prévoit de relever l'âge légal de la pension. L'ancien ministre, qui a présidé la commission de réforme des pensions, a cependant insisté sur la nécessité, selon les conclusions de la commission, d'introduire dans le système des règles qui pourront être ajustées progressivement plutôt que de fixer maintenant l'âge de la pension en 2020 ou 2030. M. Vandenbroucke a rappelé que la commission avait étudié différents scénarios. Pour relever l'âge de la pension, "la politique d'emploi et un financement supplémentaire seront essentiels, réduire les dépenses ne sera pas suffisant", a-t-il souligné.

L'ancien ministre a également insisté sur la nécessité d'une forte concertation sociale pour faire face aux défis posés par les pensions. "La problématique concerne l'ensemble de la société, la réponse doit être organisée collectivement, avec les syndicats, patrons, classes moyennes, etc."

L'enquête annuelle présentée mardi par Delta Lloyd Life indique globalement que le Belge est peu optimiste, inquiet et que sa perception des pensions est erronnée. Les Belges souhaiteraient prendre leur pension à 60,4 ans, loin des 67 ans en 2030 comme envisagé par la coalition suédoise.

Les résultats montrent qu'une réforme profonde est nécessaire, a commenté M. Vandenbroucke. "Nous sommes à un point de rupture. L'alarmisme n'est pas de mise, mais un nouveau contrat social est nécessaire pour rétablir la confiance."


Les employeurs positifs envers le relèvement de l'âge de la retraite

Les organisations patronales FEB et Voka ont réagi mardi de manière positive mais prudente à l'annonce du relèvement de l'âge de la retraite. Tant Pieter Timmermans que Jo Libeer, les patrons respectifs de la Fédération des Entreprises de Belgique et du Voka, ne se sont pas montrés surpris par l'annonce même si, selon Jo Libeer, le calendrier prévu pour ce relèvement ne permettra pas de lutter efficacement contre le coût du vieillissement de la population.

"Cette tendance (au rallongement des carrières, ndlr) était déjà visible dans le reste de l'Europe. Il fallait donc s'attendre à ce que cela vienne chez nous", a commenté M. Timmermans qui se félicite que des réformes structurelles soient à présent menées et qu'on "arrête de bricoler à la marge".

Le patron de la FEB se dit aussi satisfait que les recommandations du rapport sur les pensions réalisé autour du ministre d'Etat Frank Vandenbroucke soient suivies.

Pour Jo Libeer, l'allongement des carrières n'est rien d'autre que logique, même s'il dit ne pas comprendre le moment choisi pour son entrée en vigueur.

"Les coûts du vieillissement seront les plus importants entre 2020 et 2030. Nous aurons donc besoin de croissance économique et d'un nombre maximum de personnes actives pour pouvoir supporter ce coût. Si l'on relève l'âge de la retraite à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030, la génération du babyboom sera déjà sortie", fait-il valoir M. Libeer.


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