Soupçonné de racisme, le MR rétorque: "Le PS a construit son combat électoral sur le communautarisme"

Le ministre socialiste Rachid Madrane assure que le MR "n'est pas loin des relents racistes" et que ces derniers n'ont "rien compris à l'intégration et à l'immigration." Le député Denis Ducarme, "choqué" a répondu à ces attaques: il n'y voit que cynisme et peur de perte de pouvoir.

Félix Dumont
Soupçonné de racisme, le MR rétorque: "Le PS a construit son combat électoral sur le communautarisme"
©montage

Dans une interview donnée à L'Echo, évoquant une précédente interview du président du MR Olivier Chastel, le ministre socialiste Rachid Madrane assure que le MR "n'est pas loin des relents racistes" et que ces derniers n'ont "rien compris à l'intégration et à l'immigration." Le député Denis Ducarme, qui préside les assises de l'interculturalité que le MR a relancées récemment, a répondu aux attaques du ministre de l’Aide à la Jeunesse à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Comment réagissez-vous aux déclarations de M. Madrane qui estime "qu'il y a des relents racistes au MR" et que le MR est "irresponsable" et n'a "rien compris à l'immigration"?

Je suis profondément choqué. Indigné qu'on insulte de la sorte un grand parti comme le nôtre, qu'on insulte notre humanisme libéral, et nos valeurs profondément anti-racistes. Ces propos ("le MR n'a rien compris à l'immigration") sont là pour faire plaisir aux ultras de son camp, parce qu'ils n'ont toujours pas digéré, peut-être, le fait qu'ils soient dans l'opposition au fédéral. Mais moi, je ne dirai pas que le PS est irresponsable ou, comme il l'indique, que 'le chemin que nous montrons est là pour flatter les bas instincts'.

Vous êtes donc plus choqué que rancunier?

Il y a des phrases qui restent... Tellement elles sont ressenties violemment par les mandataires, les parlementaires, mais aussi tous ceux qui ont rejoint ou voté pour le Mouvement Réformateur, qui croient dans l'humanisme libéral et qui sont des anti-racistes convaincus.

Le PS doit-il s'attendre à des conséquences?

Ce sont des phrases que l'on garde en mémoire. Quand on s'essuie les pieds comme M. Madrane, et dont les propos sont relayés par le site du PS national, c'est indigne, et nous le disons. On ne se permettrait pas le quart par rapport à eux.

Selon vous, pourquoi Rachid Madrane est-il aussi vigoureux dans ses propos?

Parce que le PS a peur pour ses forteresses communautaristes. Or, il est clair que pour le MR, nous devons nous éloigner du système communautariste, nous en sommes trop près. La tendance aujourd'hui est de rassembler autour du socle commun des valeurs, avec les musulmans, avec les juifs, avec tous. Cette adhésion au socle commun des valeurs, aujourd'hui, c'est une urgence. Or, le PS a construit son combat électoral sur le communautarisme. Et aujourd'hui, je pense que cette façon de voir la politique va être de plus en plus remise en question. C'est pour ça qu'il a peur.

Les assises d'interculturalité du MR font peur au PS?

Il est clair qu'avec les assises d'interculturalité, nous voulons remettre un certain nombre de dossiers oubliés sur la table. Les accommodements raisonnables, par exemple, qui sont un peu la religion du PS à Bruxelles.

Mais Rachid Madrane affirme qu'il n'y a pas d’accommodements raisonnables à Bruxelles...

Il ment. Dans un certain nombre de communes et d'institutions, à Bruxelles et ailleurs, les accommodements raisonnables, ça existe. Or tous ces éléments liés aux accommodements raisonnables, tout ce qui est un signe de communautarisme vont être battus en brèche.

Pour vous, le PS utiliserait le communautarisme, malgré les dérives que cela peut entraîner?

Oui. Pour moi, c'est une évidence.

Quand Olivier Chastel défend le parcours d'intégration en arguant qu'il contribue à l'ascenseur social, M. Madrane rétorque que l'ascenseur social, il est en panne, et qu'il n'y a pas d'escalier de secours...

C'est le PS qui a les clés de l’ascenseur social en main, il les a confisquées. C'est eux qui sont aux manettes en termes sociaux et économiques dans la Région bruxelloise et qui sont aux responsabilités depuis 26 ans dans le pays.

Et le MR n'est pas intéressé par les manettes de l'ascenseur social?

Nous, on veut rendre du souffle à l'ascenseur social. On considère des individus, on souhaite leur émancipation. Quelles que soient leur couleur, leur culture. L'émancipation individuelle et la réussite individuelle, c'est cela qui fait que l'intégration est transformée, réussie. Nous aurions aimé prendre nos responsabilités à Bruxelles pour brancher l'ascenseur social, mais aujourd'hui les clés de l'ascenseur ont été confisquées par le PS. C'est donc un peu étonnant de les voir venir nous donner des leçons sur un terrain qu'ils ont laissé en friche depuis si longtemps...

Rachid Madrane affirme que le MR n'a rien compris à l'immigration. Pour vous, le MR a compris quoi à l'immigration?

L'immigration, elle se maîtrise. C'est pourquoi nous avons fait des réformes avant Maggie De Block, pendant Maggie De Block, et que nous poursuivons. Les chiffres à ce niveau-là parlent pour nous. Nous avons une politique stricte et contrôlée mais qui reste humaine. Les gens que nous accueillons, il faut parfois les aider à s'adapter à notre système de valeurs, à notre langue. Quelque part, c'est du bon sens. Aujourd'hui, aux Parlements wallon, bruxellois, même à gauche, ils embrayent sur ces parcours d'intégration que nous souhaitions voir plus avancé, donc quelque part ils nous rejoignent et c'est très bien. Mais je ne dis pas non plus que nous avons la vérité sur tout. Je ne veux pas être un donneur de leçons constant.

C'est le PS qui n'a rien compris à l'immigration alors?

Je ne dis pas cela. Comme chez nous, il y a au Parti socialiste des gens qui travaillent sur le terrain, qui sont des mandataires, qui sont confrontés à des réalités difficiles, liées aux radicalismes, liées à l'aspect socio-économique, à la prévention. On doit essayer, comme on le fait dans certaines communes, de travailler ensemble. Mais ne surtout pas montrer l'autre comme l'affreux, l'ennemi, le raciste! On ne se permettrait jamais au MR ce genre de choses. Je reconnais donc aussi le savoir-faire de certains socialistes de terrain. Toutefois, nous aussi, on y travaille sur le terrain. Ce n'est pas en divisant de manière aussi radicale qu'on peut apporter un plus.