Coulisses: comment Charles Michel s'est préparé à affronter le direct

Charles Michel a inauguré mercredi soir la toute nouvelle émission politique de la RTBF. Un exercice qu’il n’avait pas laissé au hasard. Bienvenue dans la tête d’un Premier ministre qui va monter sur le ring...

Frédéric Chardon

Bienvenue dans la tête d’un Premier ministre qui va monter sur le ring… 19h45, mercredi soir, dans les studios de la RTBF, les invités – nombreux – affluent. Charles Michel va être bombardé de questions dans le cadre du tout nouveau format d’émission politique lancé par la chaîne publique. La date est symbolique, cela va faire un an que l’on a voté, un an que les urnes ont abouti à des rapports de force qui ont cassé les codes classiques de la politique en Belgique.

Le MR fait bloc

Dans la salle juste à côté du plateau où l’attendent de pied ferme Johanne Montay, François De Brigode et le rédacteur en chef de “La Libre”, Francis Van de Woestyne, le Premier ministre passe ses derniers moments avant le direct – 20h15 – en compagnie de ses collaborateurs les plus proches et sa compagne. Le gratin gouvernemental du MR est là aussi : Didier Reynders, Daniel Bacquelaine, Jaqueline Galant… C’est avant tout une question de symbole. Ils iront simplement prendre place dans le public pour “faire bloc”.

En apparence, le Premier ministre ne semble pas stressé par l’enjeu. Pourtant, le tout frais baromètre politique de “La Libre” est clair : Charles Michel, malgré ses efforts, a une image qui passe encore plus difficilement du côté francophone que du côté flamand. Paradoxal pour l’homme politique qui symbolise l’engagement des réformateurs au fédéral. Cette émission est l’occasion pour lui de tenter de rééquilibrer les choses.

Soudain, Charles Michel s’éclipse…

Comment se sent-il avant de descendre dans l’arène médiatique, lui qui est connu pour son perfectionnisme que certaines mauvaises langues disent extrême ? “Je suis assez serein, nous confie-t-il. Je suis prêt à toutes les surprises et ça me demande de me concentrer avant le direct. Ce format d’émission à la française me permet aussi d’expliquer les choix qui ont été faits.” Il reste exactement 10 minutes avant le direct, Charles Michel s’éclipse alors dans sa loge, seul. Il va relire ses fiches, ses notes, les chiffres-clef qu’il compte rappeler à l’antenne, les messages forts qu’il doit placer dans ses réponses comme convenu avec ses spin-doctors.

Sa sérénité vient aussi de sa préparation plus tôt dans la journée. À midi, Charles Michel s’est entraîné avec son directeur de la communication, Frédéric Cauderlier, et avait passé en revue les grands points qui pouvaient le mettre en difficulté au travers des questions des journalistes.

“Je me suis trompé au sujet de la N-VA”

Parmi ces potentiels cailloux dans la chaussure du Premier ministre, il y a évidemment l’alliance du MR avec la N-VA au sein du gouvernement. Alors que, durant la campagne électorale, Charles Michel et d’autres ténors réformateurs avaient répété qu’ils se méfiaient de Bart De Wever et ne souhaitaient pas former de majorité avec les nationalistes flamands.

Et la question, évidemment, a fini par surgir… Alors, comment déminer médiatiquement le revirement des libéraux ? La réponse avait été préparée, pensée avec soin par Charles Michel et son équipe : “Je me suis trompé au sujet de la N-VA, reconnaît en direct le chef du gouvernement fédéral. Comme tous les observateurs politiques avant les élections, je pensais que la N-VA ne renoncerait jamais à 100 % de son programme. Mais après l’électrochoc de l’annonce de la formation des majorités régionales en Wallonie et à Bruxelles, j’ai passé tout l’été à discuter énormément avec la N-VA et les autres partis flamands.” La suite, on la connaît : Bart De Wever accepte de mettre de côté le communautaire pour la durée de la législature. La coalition “kamikaze” pouvait être rebaptisée “suédoise”…