Face aux excès syndicaux, le MR veut sacraliser la liberté de se rendre au travail

"La Libre" a appris que Denis Ducarme, chef de groupe MR à la Chambre, va déposer en début de semaine prochaine une proposition, à l'ADN très libéral, sur laquelle il planche depuis des semaines.

Face aux excès syndicaux, le MR veut sacraliser la liberté de se rendre au travail
©BELGA
Frédéric Chardon

Les méthodes les plus radicales de l'action syndicale sont fortement critiquées depuis le décès d'une personne survenu lundi dernier dans un hôpital de la région liégeoise alors que le chirurgien qui devait l'opérer en urgence était bloqué à un barrage routier de la FGTB. Une autre personne était décédée dans des circonstances semblables. Ayant le syndicat socialiste dans le collimateur depuis longtemps, la N-VA, par la voix de sa députée fédérale Zuhal Demir, a appelé dès vendredi à "repréciser le droit de grève dans la loi" et à soumettre les syndicats à "la responsabilité juridique". Les nationalistes flamands mettent la pression sur leur partenaire CD&V au gouvernement fédéral, traditionnellement plus proche des syndicats, pour qu'il accepte de mettre ce débat sur la table.

Texte signé par Chastel lui-même

Sans aller aussi loin que la N-VA, le MR rejoint le mouvement. "La Libre" a appris que Denis Ducarme, chef de groupe MR à la Chambre, va déposer en début de semaine prochaine une proposition, à l'ADN très libéral, sur laquelle il planche depuis des semaines et dont le but est de mieux défendre le droit au travail et la liberté de se rendre à son travail face au droit de grève. Le ténor libéral a concocté un texte de loi afin de renforcer le cadre légal en ce sens. Il n'agit pas dans son coin : en effet, le document est cosigné par le président du MR lui-même, Olivier Chastel (qui est aussi député fédéral).

« Nos concitoyens se sont sentis pris en otage »

Il ne s'agit pas de remettre en cause le droit de grève en tant que tel mais le document que le MR va proposer veut rééquilibrer le rapport de force : « Suite aux nombreux mouvements de grève qui ont eu lieu dans ce pays récemment, une partie de la population a fait valoir son mécontentement. En effet, plusieurs de nos concitoyens se sont sentis pris en otage par certains grévistes sans avoir la liberté d’exercer leur droit au travail. Si certains décident d’exercer leur droit de grève, d’autres peuvent décider librement d’exercer leur droit de travailler en temps de grève, chacun de ces droits devant être exercés dans les limites de l’autre. », stipule le texte de la proposition de loi que nous avons pu consulter.

Problème : contrairement à d'autres pays, la Belgique n'est pas vraiment à la pointe dans la défense du droit au travail, relève le MR. Toujours selon la proposition de Denis Ducarme, « on remarque qu’en Belgique, il n’y a ni définition du droit au travail, ni limitation du droit de grève.» D'où le texte de loi qu'il propose, en son article 2 : « La liberté de travail et le droit à la poursuite de ses activités impliquent pour chaque travailleur le droit de pouvoir accéder librement à son lieu de travail, d’y circuler, d’y accomplir ses activités et d’assurer les nécessités fondamentales liées à l’infrastructure. »

Contacté à ce sujet, Denis Ducarme, actuellement en déplacement à l'étranger, confirme nos informations : « Dans notre arsenal juridique, explique-t-il, les bourgmestres peuvent déjà faire lever un barrage routier par exemple. Mais grâce au texte que je propose, quelqu'un qui a été empêché de se rendre sur son lieu de travail à cause des syndicats pourra plus facilement obtenir gain de cause s'il va en justice. Attention, il ne s'agit pas ici d'être contre le syndicats, il faut respecter leur combat, le MR reste très vigilant à organiser paisiblement la concertation sociale. Par ailleurs, l'espère que l'on pourra dépasser le clivage majorité-opposition à la Chambre sur le sujet. La signature de la proposition de loi est ouverte aux partis de l'opposition et je veux les impliquer également dans les discussions. Et puis, tout le monde ne doit pas être placé dans le même panier : il y a les actes extrêmes de certains membres de la FGTB et puis les autres syndicats... »

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