Bart De Wever loue "la vertu de l’hypocrisie"

Le président de la N-VA pourfend Mai 68 et célèbre la stabilité du mariage.

François Brabant
20160109 - MECHELEN, BELGIUM: N-VA chairman and Antwerp mayor Bart De Wever delivers a speech at the new year reception of Flemish nationalist party N-VA in Mechelen, Saturday 09 January 2016. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
20160109 - MECHELEN, BELGIUM: N-VA chairman and Antwerp mayor Bart De Wever delivers a speech at the new year reception of Flemish nationalist party N-VA in Mechelen, Saturday 09 January 2016. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK ©BELGA

En Belgique, chaque fleuve a reçu du XXe siècle son géant littéraire. Si les flots de la Meuse ont bercé la jeunesse de Simenon, les rives de l’Escaut ont vu naître et mourir Alfons de Ridder. L’auteur de "Villa des roses" est mieux connu sous son nom de plume, Willem Elsschot. "Il représente pour Anvers ce que sont James Joyce à Dublin et Fernando Pessoa à Lisbonne", assure Bart De Wever.

Le bourgmestre de la métropole et président de la N-VA assistait, la semaine dernière, au dîner de gala annuel de la Société Willem Elsschot. Après l’évêque Johan Bonny en 2013, le ministre Koen Geens (CD&V) en 2014 et le ministre-Président flamand Geert Bourgeois (N-VA) en 2015, c’est lui qui a prononcé le "toast" en l’honneur de l’écrivain.

L’homme politique a confié à quel point les écrits d’Elsschot lui étaient familiers, notamment ses vers en mémoire d’Auguste Borms, enseignant et militant nationaliste flamand fusillé en 1946 pour collaboration avec l’occupant nazi. "Au sein du Mouvement flamand, sous les tours de Dixmude ou à la maison, ce poème était récité avec la régularité d’un métronome."

Mères seules

Mais ce discours, publié par le quotidien "De Standaard", a surtout permis à Bart De Wever de prononcer un réquisitoire contre la permissivité de Mai 68. L’idéologie de la "liberté-bonheur" aurait selon lui causé des ravages, qu’il constate dans sa pratique quotidienne de bourgmestre.

"Nous considérons avec une relative nonchalance le prix humain et économique que notre société paye pour le nombre de plus en plus élevé de couples rompus", déplore De Wever. Ce coût n’est pas quantifiable. Mais les faits sont là, dit le leader nationaliste. "Anvers compte de plus en plus de mères seules, qui dépendent d’allocations publiques et vivent dans une pauvreté structurelle."

Un pacte définitif

Le rapport avec la littérature ? Willem Elsschot a mené une vie de bohème, multipliant les conquêtes féminines, se séparant un temps de son épouse Fine. La naissance de son premier petit-fils fut toutefois un déclic, et l’écrivain termina sa vie aux côtés de Fine, l’un et l’autre mourant à un jour d’intervalle. "Le mariage de Willem Elsschot était loin des romances de magazines mais c’était, et c’est resté, un mariage", approuve De Wever. Qui définit l’institution comme "un pacte définitif et absolu qui facilite certaines choses, et en complique d’autres".

Elsschot assurait les rentrées financières du ménage et veillait à ce que ses enfants ne manquent de rien, tandis que Fine gérait d’une main de fer un foyer où régnaient l’ordre, la propreté, le calme. "Un revenu professionnel d’un côté, une main dévouée, nourrissante de l’autre. C’est précisément ce dont manquent aujourd’hui des dizaines d’enfants anversois, parce que leurs parents ont fait d’autres choix" , conclut le président de la N-VA. Lequel a intitulé son texte "La vertu de l’hypocrisie".


Le retour des idéologues

Conservateur. Le monde politique belge est peu porté sur les débats échevelés. Bart De Wever tranche avec les habitudes en s’aventurant volontiers sur le terrain des idées. Dès le milieu des années 2000, il a assumé de se dire "conservateur", un mot qui n’était pourtant pas en odeur de sainteté à la N-VA. L’Anversois ne cache pas non plus son adhésion aux théories controversées du psychiatre anglais Theodore Dalrymple.

Magnette. Pareille attitude ne trouve guère qu’un équivalent sur la scène politique belge : Paul Magnette, auteur de plusieurs essais, et dont les thèses s’écartent souvent de la sémantique traditionnelle du PS.

Valls. Le quotidien "Le Monde" a publié ce lundi un dossier intitulé "Comment Manuel Valls se mêle du débat d’idées". Le Premier ministre français ne craint ni de défendre l’écrivain algérien Kamel Daoud, décrié par une partie de la gauche, ni de clamer son aversion pour le romancier Michel Houellebecq, ni de se répandre en louanges pour le philosophe Alain Finkielkraut.