Un sentiment d’acharnement domine au CDH

Chez les centristes, on estime le dossier à charge de Mme Milquet très léger. Récit.

Antoine Clevers

Le coup de massue est tombé au retour des vacances. C’est jeudi dernier, après quelques jours passés au Maroc en famille, que Joëlle Milquet découvre dans sa boîte le recommandé lui signifiant son inculpation.

A la rue des Deux Eglises, siège du CDH, la seule personne qu’elle prévient, c’est évidemment le président Benoît Lutgen. S’ensuit une série de contacts durant le week-end, notamment avec le vice-président wallon Maxime Prévot et le secrétaire général du parti Eric Poncin, pour "préparer le fond". Tout de suite, la démission semble inéluctable. "Il n’y a pas d’autre option", constate Joëlle Milquet elle-même. Benoît Lutgen abonde. La démission "n’a fait aucun doute". Mais elle laisse, chez les centristes, un goût particulièrement amer.

"Quand on voit ce qui est écrit dans le dossier, ça fait rire tout le monde judiciaire." Cet avis est largement partagé au CDH où on pointe plusieurs éléments, dont "le timing".

"C’est très interpellant"

Le conseiller de la cour d’appel, Frédéric Lugentz, à qui a été confiée l’instruction du dossier en janvier 2015, va quitter ses fonctions le 15 avril et prêter serment à la Cour de cassation. Or, l’instruction n’est pas terminée. Mais en inculpant Mme Milquet, le conseiller a lié son successeur. "Dans un tel cas, jamais il n’aurait inculpé un citoyen lambda. Jamais ! Il aurait simplement transmis le dossier à son successeur. C’est très interpellant."

Au CDH, on dénonce aussi une "instruction menée uniquement à charge et pas à décharge". "Le chef d’inculpation, c’est ‘prise d’intérêts’. On ne parle même pas d’emplois fictifs. Il y a eu des interrogatoires, des perquisitions où l’on a tout retourné. Pour rien…" Dès le mercredi 17 février, alors qu’on apprenait que Mme Milquet avait été longuement auditionnée par la justice, on estimait au CDH que les charges qui pesaient contre elle étaient très légères. Aujourd’hui, on n’hésite plus à parler d’"acharnement". "Le conseiller instructeur voulait se faire un ministre avant son départ", dénonce un ténor.

Ce lundi matin, alors que la rentrée des classes venait de sonner, la toute grande majorité des humanistes ignoraient encore que "leur" ministre de l’Enseignement et de la Culture allait tenir une conférence de presse à 10h15 pour annoncer sa démission. L’invitation presse est lancée à 9h10. Et très vite, la rumeur se répand. Les humanistes apprennent peu à peu la nouvelle via les réseaux sociaux, alors qu’ils sont en route vers le bureau de parti, programmé à 11h à Namur. Le comité restreint, qui réunit les ministres et les chefs de groupe du parti, a, lui, commencé à 10h. Benoît Lutgen y lit le communiqué de presse qu’il a préparé pendant le week-end. Le texte est discuté, amendé. Le président fait ensuite le point lors d’un bureau de parti "chargé en émotion". Il explique la situation. Tout le monde convient qu’il n’y a pas d’alternative à la démission. "Rester en place aurait été intenable. Pour elle et pour le parti." "Le plus important, c’était de préserver la fonction et les projets en cours", dont le très attendu Pacte d’excellence.

Condamnation politique

Le bureau exprime son respect "pour le choix posé par Joëlle Milquet de démissionner". C’est pour cette raison que les mandataires présents se présenteront rassemblés derrière Benoît Lutgen lorsque celui-ci lira en direct dans les JT de 13h la réaction officielle du parti. Et le Bastognard d’utiliser des termes forts, parlant de "moments particulièrement difficiles et injustes pour elle". Mais, au parti, on assure ne pas vouloir s’immiscer dans le travail de la justice.

Il n’empêche, "en regard du dossier, je pensais vraiment qu’elle n’aurait rien. Et je continue à croire que ça se terminera sur un non-lieu", dit l’un. "Sauf éléments nouveaux, elle ne peut pas être condamnée pour ça", poursuit un autre. Qui constate que Joëlle Milquet "a d’ores et déjà été condamnée politiquement".

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