Jacqueline Galant, l’incontrôlable (PORTRAIT)

Jacqueline Galant se rêvait en Maggie De Block wallonne. Elle a finalement démissionné ce vendredi après une nouvelle affaire. Pourtant, même ses adversaires l’affirment : sa faculté de résistance à l’adversité est exceptionnelle. Découvrez son portrait.

20150930 - BELGIQUE, BRUXELLES : portrait Jacqueline Galant , le 1 octobre 2015. PHOTO OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA
20150930 - BELGIQUE, BRUXELLES : portrait Jacqueline Galant , le 1 octobre 2015. PHOTO OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA ©OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HU
Portrait de François Brabant

Jacqueline Galant se rêvait en Maggie De Block wallonne. Elle a finalement démissionné ce vendredi après une nouvelle affaire. Pourtant, même ses adversaires l’affirment : sa faculté de résistance à l’adversité est exceptionnelle. Portrait.


Les partis ont soldé les idéologies. Aux anciennes ossatures doctrinales ont succédé un verbiage dicté par le marketing politique et le rendement électoral. Les ministres s’apparentent désormais à des produits dont les cotations fluctuent en fonction des aléas du marché.

A cette bourse-là, Jacqueline Galant était jusqu’il y a peu un placement profitable. Son accession au rang de ministre, en octobre 2014, a dopé sa valeur. Elle-même s’est prise à rêver d’un destin à la Maggie De Block. Elle se voyait, comme le médecin de Merchtem, en libérale tonitruante, porte-drapeau d’une droite décomplexée, affolant les indices de popularité à force de "parler vrai" et d’authenticité bien d’ici.

Il a suffi de quelques révélations fâcheuses pour anéantir ces espoirs. Accusée de mensonge et d’entorse à la légalité lors du dossier "Clifford Chance", la ministre fédérale de la Mobilité a été emportée par un autre dossier, celui de la sûreté des aéroports.

Timorée, Jacqueline Galant ne l’a jamais été. Tous, amis comme ennemis, lui reconnaissent de l’audace, de la ténacité, de la fougue, des convictions et de l’énergie, du toupet et de la hargne. Mais de timidité, point. D’inhibition, non plus.

Essoufflement

C’est sous les climats plébéiens, dans les guindailles stimulées par le malt et le houblon qu’elle apparaît au naturel : déchaînée et pas gênée. Autant dire qu’elle était dans son élément, le 21 octobre, au départ des 24 heures vélo de Louvain-la-Neuve. Le Premier ministre, Charles Michel, a donné le départ de la liesse estudiantine puis s’en est allé. D’autres mandataires ont poussé l’esprit sportif jusqu’à boucler sur une bécane le premier tour de l’épreuve. Jacqueline Galant en était, tout comme le libéral Didier Reynders, l’écologiste Jean-Luc Roland, et les centristes André Antoine et Carlo Di Antonio.

Mais les reliefs brabançons sont escarpés, et n’est pas Jeannie Longo qui veut. Dans les plus forts pourcentages de la rue des Wallons, la pédaleuse de Jurbise, essoufflée, ne put suivre le gros du peloton politique. "On est en train de lâcher Jacqueline", constata Di Antonio. "Cela m’évitera d’entendre ses commentaires", ricana Reynders.

Deuxième père

Depuis trois décennies, Reynders et Michel sont les noms des deux pôles qui structurent le monde libéral. Jacqueline Galant voue à Louis et Charles une indéfectible affection. Chez Didier, elle n’a trouvé qu’indifférence et mépris.

Elle avait 25 ans quand a débuté son parcours professionnel, comme collaboratrice de Michel senior, alors ministre des Affaires étrangères. "C’est un modèle et un deuxième père de cœur", a-t-elle un jour confié au "Vif". "Jacqueline est la fille que je n’ai pas eue", s’est épanché le Jodoignois.

Les Michel auront été la famille d’accueil, le refuge politique d’une jeune militante dont le pedigree originel n’était pas bleu. Son père, Jacques Galant, a été, dix-huit ans durant, bourgmestre social-chrétien de Jurbise. Le transfert de Jacqueline vers le MR découle d’une défaite.

Cela se passe en 1999. L’ancien ministre Albert Liénard, patron du PSC dans l’arrondissement de Mons-Borinage, annonce sa retraite prochaine. On lui cherche un successeur. Quatre jeunes pousses sont sur les rangs - Jacqueline Galant, Carlo Di Antonio, Eric Bailly, Joëlle Pourbaix. Pour les départager, le parti imagine une procédure à la hauteur de sa réputation jésuitique : une épreuve écrite suivie d’un examen oral devant un comité des sages. Le jury délibère au local "La Relance", rue d’Havré, à Mons, tandis que les quatre candidats attendent le verdict dans une salle annexe. La Jurbisoise trépigne : "Si je ne suis pas choisie, c’est injuste. Après tout ce que mon père a fait pour le parti… Et puis, j’ai étudié pour, j’ai fait sciences politiques." Le résultat est une gifle : 1. Bailly, 2. Di Antonio, 3. Pourbaix, 4. Galant. Quelques jours après, l’ambitieuse humiliée rejoint l’écurie libérale. Deux ans plus tard, son père lui transmet l’écharpe maïorale. En 2003, elle entre à la Chambre.

Hostilités

Les élections régionales de 2009 fracturent le MR, maintenu dans l’opposition en Wallonie et à Bruxelles. En bureau de parti, le 17 juin, Jacqueline Galant attaque bille en tête son président, Didier Reynders. Pêle-mêle, elle lui reproche sa froideur, une stratégie trop agressive face au PS et l’isolement auquel il a conduit les siens. Reynders ne moufte pas. Dans la presse, la députée poursuit la guérilla. Ulcéré, le Liégeois brandit son téléphone portable lors d’une réunion interne. "Qu’est-ce que je devais faire quand je recevais à longueur de semaine des messages pareils ?" lance-t-il. Tout au long de la campagne, Jacqueline Galant l’avait abreuvé de textos d’encouragement : "Continue !", "Ne leur laisse pas de répit", "Bravo pour ton débat hier soir".

La suite ? Reynders met un genou à terre. Charles junior prend le MR, puis le 16, rue de la Loi. Son amazone de choc en sera récompensée. Mais avant cela, le futur Premier ministre l’aura mise en garde. "Malgré toute l’amitié que j’ai pour toi, je dois t’enjoindre à te montrer plus mesurée, à mieux surveiller tes paroles", lui a-t-il dit en substance, au printemps 2014.

Elle s’est efforcée d’apprendre la tempérance. Mais la spontanéité, parfois, reprend le dessus. "A Bruxelles, il y a des zones de non-droit, où les communautés étrangères ont pris le dessus sur la communauté belge", cingle-t-elle dans "Le Soir". Un autre jour, elle qualifie le Parlement wallon de "gros conseil communal".

"Pas de ça chez moi"

Elle se targue de ne pas avoir de logements sociaux à Jurbise ("pas de ça chez moi", dit-elle, littéralement). La montée en puissance de la N-VA a été pour elle une bénédiction. Elle admire le culot, la résolution de Bart De Wever, Jan Jambon et Theo Francken, et souscrit pour l’essentiel au remède de cheval qu’ils veulent administrer au système socio-économique belge.

En février 2011, la commission des naturalisations de la Chambre avait durci les conditions d’accès à la nationalité belge. De justesse : 9 voix contre 8. Galant avait été l’unique francophone à voter le texte. "Je compte sur vous pour m’élever une statue", avait-elle ensuite lancé aux députés N-VA, à la buvette du Parlement.

Ils étaient nombreux, dans l’opposition fédérale mais également au sein du MR, à guetter sa chute. Jacqueline Galant, pour qui la politique est tout, possède une faculté de résistance à l’adversité qui a stupéfait tous ceux qui ont croisé sa route. "Personne n’imagine à quel point elle va se battre", soufflait un de ses collègues libéraux, mi-effrayé, mi-admiratif lors de la tourmente "Clifford Chance". Cette fois, Jacqueline Galant a mis pied à terre. 

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