Le PS a voulu prendre la Culture au CDH

Lutgen a dit "non", mais il a cédé les Sports dans le cadre du remaniement. Un remaniement qui a fait une victime: Bruxelles... Eclairage.

Le PS a voulu prendre la Culture au CDH
©Belga
Antoine Clevers

"Le PS veut récupérer la Culture." Le bruit a couru dès le lundi 11 avril, jour de la démission de l’ex-ministre Joëlle Milquet (CDH). Elle se confirme aujourd’hui.

Les principales matières de Mme Milquet étaient l’Education, l’Enfance et la Culture. Pour la remplacer, le président du CDH, Benoît Lutgen, a choisi deux ministres. Marie-Martine Schyns récupère la première matière. Alda Greoli, les deux autres. Mais, de la sorte, le président centriste a rompu le cadre des accords des gouvernements wallon et de la Communauté française qu’il avait conclus avec les socialistes.

Les présidents ont renégocié

Concrètement, dans un accord de gouvernement, il est décidé des politiques qui seront menées durant la législature. Mais aussi des compétences, du nombre de postes ministériels et du nombre de ministres (un ministre peut avoir plusieurs postes) que chaque partenaire reçoit. Le CDH ne devait avoir "que" quatre ministres pour les deux exécutifs, René Collin ayant la double casquette. En choisissant deux nouvelles personnes pour succéder à Joëlle Milquet, et même en renvoyant René Collin en Wallonie, Benoît Lutgen est sorti du cadre de départ. La négociation "entre les deux présidents" (Lutgen et Di Rupo) a dès lors recommencé.

Du côté du boulevard de l’Empereur, siège du PS, on a visiblement mis deux balises. Un : l’arrivée d’un ministre supplémentaire ne devait pas coûter un euro de plus. Cela a semblé être une évidence pour le CDH, sans quoi les humanistes s’exposaient à une volée de bois vert (qui est d’ailleurs en partie arrivée). Et deux : une redistribution des compétences.

"C’était l’occasion d’opérer un rééquilibrage" , dit un socialiste, conscient que le CDH avait été très bien servi en 2014 lors de la confection des gouvernements. Et d’ajouter : "Quand un partenaire de majorité a un genou à terre, il ne faut pas l’humilier, mais il doit demander pour qu’on l’aide à se relever."

"Le PS a tout réclamé" , sourit un humaniste, sans entrer plus dans les détails. Au PS, aussi, on reste discret sur ce volet-là. Mais la Culture a bien été évoquée. Benoît Lutgen a dit "non". Il cédera finalement sur les Sports (compétence communautaire) et les Infrastructures sportives (compétence wallonne). La victime, c’est René Collin, qui exerçait ces deux matières. La première a atterri chez Rachid Madrane. La seconde, chez Paul Furlan.

Di Antonio a casqué

Au CDH, on explique qu’en 2014, Benoît Lutgen avait réussi à obtenir l’ensemble des matières sportives, justifiant qu’elles seraient exercées par la même personne. Si ce dernier point n’était plus rempli, "il était logique que le PS récupère les Sports" .

Cela dit, comme dans toute bonne négociation, chacun jure s’y retrouver… Le PS, qui gagne des compétences. Et le CDH, qui gagne une ministre (Alda Greoli) sur laquelle il compte beaucoup du côté de Liège.

Chez les humanistes, cependant, tout le monde n’a pas le sourire. Si René Collin a dû céder une matière qu’il appréciait beaucoup, il se console avec la compétence sur les aéroports wallons qu’il pique… à son collègue de parti Carlo Di Antonio. Parce que c’est finalement lui - fragilisé par l’affaire OWD et des soupçons de conflit d’intérêts à Dour - qui paie le prix fort du remaniement.


Bruxelles, victime du remaniement

L’espoir n’a duré que quelques minutes. Samedi, certains mandataires du CDH bruxellois ont perçu dans la nomination d’Alda Greoli au gouvernement de la Communauté française (ou Fédération Wallonie-Bruxelles), le "signal" qu’ils attendaient de leur président Benoît Lutgen. Avec la démission de Joëlle Milquet, le 11 avril, ils perdaient, en effet, leur locomotive électorale. Les centristes de la Région capitale attendaient dès lors ce coup de pouce présidentiel qui allait leur permettre de booster la popularité de l’un des leurs, alors qu’ils sont mal-en-point dans les sondages. Ils ont vite déchanté.

Si Alda Greoli, nouvelle ministre de la Culture, habite Schaerbeek depuis quelques années, M. Lutgen a annoncé, samedi, qu’elle retournerait habiter prochainement à Liège, où le CDH a un urgent besoin de renouvellement. Avec la nomination de Marie-Martine Schyns à l’Enseignement, qui vient de Herve, le président a fait le choix de doper la visibilité humaniste dans la province de Liège. En compensation, le député bruxellois Hamza Fassi-Fihri devient vice-président du CDH. Maigre consolation."C’est un geste très relatif", dit un Bruxellois, déçu. Ce poste ne donne guère de visibilité à l’extérieur. En interne, Hamza Fassi-Fihri aura certes accès au comité restreint du parti (l’organe qui rassemble les décideurs), mais, pour Bruxelles, il ne fait que remplacer numériquement Joëlle Milquet.

Un "kern" francophone sans Bruxellois

Plus globalement, le départ de Mme Milquet affaiblit la représentativité de Bruxelles dans le gouvernement francophone. Rachid Madrane en devient le dernier ministre bruxellois, et il n’y en aura plus dans le "kern" (Milquet faisait partie du gouvernement restreint avec les PS wallon Demotte et Marcourt). S’il faut remonter à la législature précédente pour trouver trace d’une ministre avec la double casquette Bruxelles-Communauté (l’Ecolo Evelyne Huytebroeck), les élus de la Région, surtout, se plaignent depuis des années d’un manque de représentativité à la Communauté française. Des idées telles qu’une présidence bicéphale (un Wallon, un Bruxellois) ou une représentation garantie ont déjà été évoquées. Elles sont restées au stade de l’idée.

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