Baromètre politique: la N-VA profite de l’éparpillement des voix

Antoine Clevers
SS
©capture écran Twitter

Dans un mouchoir de poche. Quatre partis flamands se tiennent en moins d’un point de pourcentage dans les intentions de vote. Entre le SP.A, troisième à 13,2%, et le Vlaams Belang, sixième à 12,3%. Le CD&V, deuxième, se détache à peine du peloton, avec 16,3%.

L’éparpillement des voix est une habitude en Flandre, mais il n’a jamais été aussi marqué que dans cette dernière fournée du baromètre politique "La Libre"/RTBF/Dedicated. Ce resserrement général fait une heureuse : la N-VA. Qui reste plus que jamais incontournable. Aucune tripartite - et, a fortiori, aucune bipartite - n’est possible au Nord du pays sans le concours de la formation de Bart De Wever.

Le paradoxe nationaliste

Une tripartite traditionnelle (CD&V, Open VLD, SP.A) atteint à peine 41,9% des voix exprimées par les Flamands sondés. Pour se passer de la N-VA, il faudrait compter sur un quatrième parti, Groen en l’occurrence, mais on se retrouverait avec une coalition tout à fait inédite et difficilement gouvernable - en raison du large spectre politique qu’elle couvrirait et du nombre de partis qu’il y aurait à contenter.

Le constat est évidemment paradoxal pour la N-VA puisqu’elle reste très loin de son score des élections de mai 2014 (32,4%, contre 26,3% aujourd’hui). L’usure du pouvoir reste une tendance lourde pour les nationalistes, dont la chute profite aux extrémistes du Vlaams Belang. Après avoir siphonné leurs voix en 2014, le mouvement de balancier se confirme. Près de 30% des personnes qui voteraient maintenant pour le VB avaient coché la case N-VA au dernier scrutin électoral.

Fin de l’hémorragie

Cela dit, l’hémorragie nationaliste semble prendre fin. Premièrement, on constate un petit sursaut de 1,1 point de pourcentage depuis le dernier baromètre politique, en septembre. La N-VA ne paie donc pas les critiques qui se sont abattues contre son ministre des Finances Johan Van Overtveldt, fragilisé par un budget délicat et des rentrées fiscales nettement inférieures aux prévisions. Elle ne paie pas non plus son manque de visibilité - elle semble même en profiter - provoqué par des dossiers qui ont phagocyté l’actualité ces dernières semaines, tels que la séquence sur le Ceta, l’élection de Donald Trump ou les primaires de la droite française.

Deuxièmement, la N-VA conserve un potentiel de voix relativement important. Si on analyse les affinités des électeurs indécis (ils représentent tout de même 30 % des personnes sondées), un cinquième d’entre eux se disent prêts à voter pour la N-VA, contre seulement un dixième pour le Vlaams Belang. Ce qui signifie aussi que le parti d’extrême droite semble doucement atteindre un plafond à 12-13% des intentions de vote.

baromètre
©Dedicated - La Libre/RTBF


Résultat historique pour les écolos flamands

La percée. La tendance est nette. A quelques exceptions près, depuis les élections de 2014, le parti écologiste flamand Groen grappille quelques dixièmes de point de sondage en sondage. Le bond, lors de ce baromètre-ci, est spectaculaire : +2,7 points de pourcentage. La hausse totale atteint 4,1 points depuis 2014, ce qui permet à Groen de figurer en quatrième position, à 12,7% des intentions de vote. Historique.

Les déçus. Les raisons de la bonne tenue des écologistes sont multiples : parti dynamique, des personnalités qui se font une place dans le paysage politique flamand (telles que la présidente Meyrem Almaci ou le chef de groupe à la Chambre Kristof Calvo), un travail de fond sur les dossiers, etc. Le baromètre montre (via les transferts de voix) que Groen parvient à séduire les déçus du SP.A et de l’Open VLD. Il convient sans doute de parler d’un vote des déçus des partis traditionnels plutôt que d’un vote contestataire ou anti-système. Celui-là se dirige davantage vers le Vlaams Belang - mais assez peu vers le PTB (PVDA en néerlandais), contrairement à ce que l’on constate en Wallonie.

Les indécis. Groen jouit encore d’une marge de progression importante. Près d’un quart des indécis (les sondés qui n’ont pas exprimé de préférence pour un parti) disent qu’ils pourraient voter pour lui.