Visas syriens: l'opposition presse le MR de se distancier de la N-VA et de relents des années '30

Visas syriens: l'opposition presse le MR de se distancier de la N-VA et de relents des années '30
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Belga

L'opposition francophone ne s'est pas du tout montré convaincue par les explications juridiques du premier ministre Charles Michel au sujet de la délivrance des visas humanitaires auxquelles elle aurait préféré un rappel à l'ordre du secrétaire d'Etat Theo Francken et une condamnation sans ambages de la campagne de la N-VA visant la magistrature. "Le MR doit prendre ses distances avec quelque chose qui pue les années '30", a estimé le député Ecolo Benoît Hellings selon qui Theo Francken "mange la Constitution", fragilisant la position de la Belgique lorsqu'elle rappelle à l'ordre des pays comme la Hongrie, accusés de ne pas respecter les règles internationales comme la Convention européenne des droits de l'Homme.

"A force de fouiller dans les poubelles de l'extrême droite, on finit par en prendre les odeurs. Je ne pense pas que vous cautionniez cela", a renchéri Julie Fernandez à l'adresse du député MR Richard Miller.

Rappelant la "complexité" du dossier, le parlementaire réformateur a expliqué que les moyens juridiques entrepris par le gouvernement visaient à contester une "modification des procédures" observée dans une décision du conseil du contentieux qui pourrait avoir des "effets extrêmement dangereux pour la politique d'asile en Belgique", qui "contrairement à la Hongrie, aide les populations" vulnérables. M. Miller a fait un parallèle entre la situation actuelle et celle de l'ancien secrétaire d'Etat socialiste Philippe Courard condamné par la justice à garantir l'accueil des demandeurs d'asile. Selon lui, le PS tient un discours différent selon qu'il se trouve dans la majorité ou l'opposition. "Cela n'a rien à voir, M. Courard a peut-être critiqué des décisions de justice mais il les a appliquées", a répliqué Mme Fernandez. "Un gouvernement n'est pas au-dessus des lois même quand une situation est complexe", a-t-elle précisé.

Christian Brotcorne (cdH) a jugé "pathétique" la tentative du MR de "justifier l'injustifiable". Ne pas appliquer une décision de justice est "gravissime" dans le chef du gouvernement, a-t-il jugé.

"Le MR n'est pas la N-VA mais mon soutien au gouvernement est total", a réagi Richard Miller. Il y a parfois des "poids difficiles" dans un gouvernement mais il y en a eu dans toutes les coalitions, a-t-il estimé.

Selon Benoît Hellings, les tensions du moment viennent de la volonté de la N-VA de "faire du Trump et du Farage" pour contrer le Vlaams Belang, un parti "raciste", qui tente de récupérer son électorat perdu. Il s'agit ici d'une décision concernant une famille, et même s'il y en avait dix, vingt voire quarante, il s'agit du rôle que les démocraties occidentales peuvent jouer dans un conflit où les gens fuient des situations de guerre, a-t-il rappelé.

Les autres partenaires de majorité se sont montrés très durs pour la N-VA et son secrétaire d'Etat Theo Francken. La présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten a dénoncé sur la VRT une "campagne à la Geert Wilders", le leader de l'extrême droite néerlandaise qui vient d'être condamné pour discrimination par la Justice et qui a fustigé les mêmes juges "coupés des réalités". Le gouvernement et le secrétaire d'Etat ont bien entendu le droit d'user de tous les moyens juridiques possibles contre une décision qu'ils jugent contestable. "Mais si les leaders ne suivent plus les règles, pourquoi les citoyens devraient encore le faire?", s'est-elle demandé. Il y a selon elle une "menace pour la démocratie" quand "un parti peut déterminer comment les lois sont faites, comment elles doivent être exécutées et comment les juges doivent les interpréter".

Dans l'opposition, Monica De Coninck (sp.a) a estimé que Theo Francken "ne faisait pas correctement son travail", soufflant le chaud et le froid. "Personne n'a jamais dit qu'on ouvrait les frontières du pays lorsqu'il a délivré 300 visas humanitaires à des Chrétiens d'Alep", a-t-elle rappelé. "Et ceux-là n'avaient pas non plus de lien avec la Belgique", a précisé Nahima Lanjri (CD&V, majorité) dénonçant l'absence de "ligne claire qui peut donner le sentiment d'une politique arbitraire". La députée a également rappelé qu'à l'origine du problème se trouvait l'absence de motivations de l'Office des étrangers dans son refus d'octroyer un visa humanitaire à une famille syrienne. Il n'y a aucun risque d'explosion des demandes d'asile en Belgique, le visa humanitaire restant une faveur de laquelle il ne découle aucun droit automatique, a-t-elle rappelé.

Wouter De Vriendt (Groen) a pour sa part indiqué que ce que voulait Theo Francken, c'est que la Belgique accueille "de moins en moins de réfugiés".