La majorité a sauvé Paul Furlan sans réel mea culpa (ANALYSE)

Une analyse de Stéphane Tassin
La majorité a sauvé Paul Furlan sans réel mea culpa (ANALYSE)
©Photo News

Les explications tant attendues du ministre wallon des Pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS), empêtré depuis quelques jours dans le scandale Publifin, ont eu lieu mercredi au Parlement wallon. Si les deux partis de la majorité (PS et CDH) avaient des administrateurs de leurs couleurs qui siégeaient au sein des comités de secteur de Publifin, recevant de grasses rémunérations, le MR, dans l’opposition, en avait aussi. Et c’est peut-être ça qui a conduit à un débat, sans doute un peu trop préparé.

On reconnaîtra cependant au chef de groupe MR, Pierre-Yves Jeholet, une maîtrise rare de ses emportements légendaires, lors de son intervention à la tribune du Parlement wallon. Avec à la clef quelques envolées lyriques qui ne laissèrent pas indifférent. Et puis l’homme a tendu la main au gouvernement, sous-entendant que tout pourrait être oublié si on "mettait tout à plat", pour l’ensemble des structures publiques wallonnes. En supprimant toutes celles qui seraient surnuméraires, inutiles, voire dépassées.

Dans l’opposition, toujours, Stéphane Hazée, pour Ecolo, a rappelé tous les actes manqués de la majorité qui a retardé l’exécution de nouvelles règles de transparence plus contraignantes, ou tout bonnement refusé d’appliquer certains décrets (voir "La Libre" du 18 janvier). Le PTB et le député de la Droite citoyenne se sont également indignés contre cette intercommunale (Publifin) "qui n’a pas vocation à créer une société anonyme (Nethys)", selon Frédéric Gillot (PTB).

Quand le PS s’est exprimé par la voix de Christophe Collignon, la messe était dite. Reconnaissant une erreur, du bout des lèvres, sur le maintien des comités de secteur au sein de Publifin, il a souhaité rappeler que c’était sous la pression de l’intercommunale Brutélé (télédistributeur bruxellois associé à Nethys pour la marque Voo) que la décision avait été prise. Et que jamais, au grand jamais, cette demande n’émanait de Publifin.

Enfin, au CDH, Dimitri Fourny s’est fendu d’une demande d’organiser un grand "pow-wow qui rassemblerait majorité et opposition sur les questions de gouvernance".

Une faute éthique en tout cas

Et puis Furlan s’est expliqué. Savait-il que son ex-chef de cabinet siégeait aux conseils d’administration de Publifin et de Nethys ? Connaissait-il les montants des rémunérations qu’il y avait touché en trois ans (153 000 euros) ? "Non." Aurait-il pu le savoir ? "Oui, évidemment." A-t-il cherché à le savoir ? "Non." Rappelant les décrets liés à la gouvernance, nombreux, qui ont été votés depuis qu’il a la main, il a refusé de porter le discrédit qui s’abat sur lui pour la seule affaire Publifin.

L’enquête qu’il a demandée à son administration sur la légalité ou non des montants perçus par les administrateurs de Publifin a déjà donné ses premiers enseignements. Le ministre a cité la conclusion de ce rapport devant les parlementaires : "L’administration souhaite également faire remarquer que quelle que soit la conclusion en termes de légalité, ces pratiques nous apparaissent évidemment contestables sur le plan éthique".

Furlan, qui sait déjà que sa tête est sauvée, puisque la majorité est derrière lui, a ensuite égrainé une liste de propositions qu’il compte rapidement transformer en textes décrétaux. En vrac, on passera au crible tous les organismes supracommunaux et leurs structures internes. On mettra en place des rémunérations liées exclusivement au travail réellement effectué et à la présence aux réunions. On prévoit aussi des plafonds pour les administrateurs non élus. Toutes les rémunérations seront désormais publiées et les assemblées générales voire les conseils d’administration - "si c’est possible", prévient le ministre - de ces structures seront ouverts au public.

Après quelques répliques des groupes politiques, où le MR précisera quand même que Furlan a fait preuve d’une "négligence forte, d’une paresse coupable et d’un dilettantisme inacceptable", où Ecolo aura en vain demandé une commission spéciale, le rideau est tombé sur un débat qui aurait, sans doute, séduit s’il s’agissait d’un sujet moins grave que celui-là.

La majorité a sauvé son ministre sans réel mea culpa. Pour le PS et le CDH, l’honneur est donc sauf. Pour le MR aussi finalement. On allait voir ce qu’on allait voir, on a vu.