La SFPI, outil financier "sous-utilisé par le gouvernement Michel"

Ariane van Caloen
La SFPI, outil financier "sous-utilisé par le gouvernement Michel"
©Belga

Le holding de l’Etat belge a quelques pépites. Mais son positionnement interpelle.

Pourquoi la SFPI, le bras financier de l’Etat belge, investit-elle dans la société Euronext ou dans des fonds chinois et indiens ? Quel rôle jouent les administrateurs qui siègent dans les sociétés où l’Etat a des participations significatives ? Que font-ils dans BNP Paribas où l’Etat belge est le premier actionnaire ? Quelle est la stratégie en matière de développement durable ? Le député Ecolo Gilles Vanden Burre a interpellé Johan Van Overtveldt (N-VA), cette semaine en Commission parlementaire, et ne se montre pas convaincu par les réponses données par le ministre des Finances. "La SFPI est un outil que nous ne voulons pas en soi critiquer. Mais il faut lui donner une direction. On ne sent pas cette volonté. J’ai l’impression que le gouvernement sous-utilise l’outil tant par les investissements qui pourraient être faits que par le rôle que pourraient jouer les administrateurs", souligne Gilles Vanden Burre.

"Activité mature à la bpost"

C’est en 2014 que la SFPI a pris 4,5 % dans Euronext au moment où la société, qui regroupe plusieurs bourses européennes (dont Bruxelles), est entrée en Bourse. "Le conseil d’administration de la SFPI a considéré important d’ancrer un marché boursier efficace qui permet aux sociétés qui le souhaitent d’utiliser ce marché pour se financer", a répondu Johan Van Overtveldt. L’investissement (60 millions en 2014) vaut aujourd’hui près de 120 millions. Ce qui donne une belle plus-value latente à laquelle il faut ajouter les dividendes. "C’est une activité mature à la bpost", nous a expliqué Koen Van Loo, administrateur-délégué de la SFPI. On peut donc imaginer que la SFPI n’a aucune raison de désinvestir dans un proche avenir même si elle a la possibilité de sortir du consortium d’investisseurs dès juin 2017. "On est content d’un point de vue financier, c’est une opération réussie. L’influence au niveau du pacte d’actionnaires est reconnue. Par contre, nous n’avons pas pu attirer beaucoup d’activités à Bruxelles. C’est un élément d’attention que nous avons notamment avec Euroclear", poursuit Koen Van Loo.

"Grande valeur diplomatique"

La SFPI a aussi investi dans des fonds chinois, indien et brésilien. Concernant les trois fonds chinois, le ministre a parlé d’un "succès financier" avec une valeur de marché évaluée aujourd’hui à 60 millions d’euros pour la SFPI. Il a aussi mis en avant "la très grande valeur diplomatique" de ce type d’investissement. "L’objectif est de faciliter l’entrée de sociétés belges dans ces pays", explique Koen Van Loo. C’est aussi dans cette optique que la SFPI a investi, en 2015, 11,7 millions de dollars (soit 20 % du capital) dans le fonds indien Tara IV. Ce dernier a notamment investi dans une entreprise fabriquant de l’équipement radio thérapeutique. M. Van Overtveldt n’a pas voulu donner le nom de la société belge qui pourrait être impliquée car elle est cotée, mais on pourrait penser qu’il s’agit d’IBA.

Le rapport annuel 2015 (le rapport 2016 devrait être rendu public vers juin) de la SFPI fait état de fonds propres de 2,085 milliards pour un bénéfice de 84 millions. Pour fin 2016, on devrait s’approcher de 2,2 milliards d’euros à comparer 850 millions d’euros en 2006, rappelle Koen Van Loo. "C’est une belle croissance avec un bilan assez diversifié et un return en termes de cash assez important surtout grâce à bpost et Brussels Airport", poursuit Koen Van Loo.

Pour les participations de l’Etat dans BNP Paribas et Belfius notamment, la SFPI intervient en mission déléguée. Raison pour laquelle ces participations (qui sont évaluées à 15 milliards) ne se retrouvent pas dans le bilan.

La SFPI pourrait-elle jouer un rôle dans le cadre du plan national d’investissements présenté ce vendredi par le Premier ministre ? "Je pense que l’on peut jouer un rôle. Une enveloppe infrastructure a déjà été prévue dans le cadre du plan Juncker", précise encore Koen Van Loo.