Polémique autour des F-16: La commission spéciale de suivi des missions à l'étranger convoquée ce lundi

Belga et Ch. Ly.

Francis Delpérée (cdH) va convoquer ce lundi la commission spéciale de suivi des missions à l'étranger, qu'il préside, a appris Le Soir.

La réunion aura lieu à huis clos comme le veut l'usage, et le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) sera invité à s'y expliquer devant les députés au sujet de la potentielle implication de F-16 belges dans le raid meurtrier qui a fait de nombreuses victimes civiles le 17 mars à Mossoul, en Irak.

Cette réunion d'urgence de la commission spéciale de la Chambre, qui ne devait normalement se réunir à nouveau que dans trois semaines, avait notamment été réclamée par Ecolo-Groen.

Selon un tweet publié samedi par un journaliste du quotidien britannique "The Guardian", un rapport du Pentagone fait état de l'implication des aviations américaine, britannique, française et belge dans les récentes frappes sur Mossoul, menées par la coalition de lutte contre l'Etat islamique dirigée par les Etats-Unis.

L'ambassade des Etats-Unis à Bruxelles a entre-temps démenti toute confirmation du Pentagone quant à la participation d'avions étrangers à la frappe du 17 mars, mais les critiques ont fusé depuis les rangs de l'opposition.

L'opposition réclame plus de clarté 

Un seul tweet du journaliste britannique Martin Chulov a suffi à sortir de la torpeur dominicale l’opposition socialiste flamande Sp. a et Ecolo qui réclament une réunion d’urgence de la Commission du suivi des opérations à l’étranger. "On n’est pas à l’abri d’un emballement et d’un mensonge, c’est pour cela qu’il faut vérifier", insiste le député fédéral Benoît Hellings (Ecolo). "Des petits jeux politiques", raille le ministre de la Défense Steven Vandeput.

L’objet du litige est ce tweet d’un journaliste du Guardian. Selon Martin Chulov, qui cite le Pentagone (ce que conteste l’ambassade américaine à Bruxelles), la coalition internationale en Irak et en Syrie aurait effectué un "blitz" de 36 frappes à Mossoul le 17 mars dernier lorsqu’environ 140 civils ont été tués. "Des avions américains, français, belges et britanniques sont impliqués".

L’armée belge a toujours indiqué qu’elle n’a jamais eu connaissance de victimes civiles faites par les F-16 belges en Irak et en Syrie depuis le début de leurs opérations il y a deux ans et demi. Dans un tweet samedi, M.Vandeput a souligné qu’il n’avait jamais reçu de rapport du Pentagone ou de la coalition internationale impliquant les F-16 dans l’incident du 17 mars à Mossoul-Ouest.

La Belgique n’a pas les moyens en drones, en avions de surveillance ou en renseignement sur le terrain pour jauger le résultat de ses frappes. Les pilotes sont avertis cinq à dix minutes après la frappe si celle-ci a atteint sa cible, mais ils ignorent si la cible était, oui ou non, bien choisie. C’est la coalition qui se charge de l’analyse. Dans le cas du 17 mars, une enquête "de crédibilité" a été lancée, a indiqué à Bagdad le Brigadier-général américain Matthew C. Isler.

Le commandement de l’opération "Inherent Resolve" a estimé, samedi dans un communiqué, qu’à la fin février, 229 civils avaient "probablement" été tués "involontairement" depuis août 2014 par la coalition. Au cours de cette période, celle-ci a mené 42 089 bombardements en Syrie et en Irak contre l’EI. Ces chiffres contrastent avec ceux de l’ONG britannique Airwars, qui en se basant notamment sur les médias sociaux, estime à plus de 2 800 le nombre de victimes civiles des frappes internationales.

"On nous a toujours dit, à huis clos comme en public, que la Belgique a le niveau de sécurité le plus élevé", continue M. Hellings. "S’il y a eu une bavure le 17 mars, alors c’est que la procédure de la carte rouge a failli. Lorsque la Russie avait accusé l’armée belge d’avoir fait des victimes civiles en Syrie, nous avions eu tous les dé tails à huis clos, les mouvements des avions et les lieux des frappes depuis un mois. C’était clair et net. Tout était démenti. C’est ce que nous demandons aujourd’hui".

De son côté, le Parquet fédéral belge examine, à la demande des juristes de l’armée belge, deux incidents potentiels lors de bombardements en Irak.

Depuis plusieurs semaines, la coalition, en appui aux forces irakiennes au sol, est engagée dans la reconquête de Mossoul-Ouest et de ses ruelles étroites. Comment effectuer une frappe aérienne, même avec une précision de quelques mètres, si l’ennemi se mêle à la population civile ? La question est à nouveau posée à la suite des frappes du 17 mars, et elle se reposera encore.