Avec la chute des cabinets PS, 700 personnes perdront leur job : "Des crises de larmes dans les corridors"

Avec la chute des cabinets PS, 700 personnes perdront leur job : "Des crises de larmes dans les corridors"
©reporters
Frédéric Chardon

Dans les cabinets ministériels PS, en Wallonie, à Bruxelles et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est le moment de faire ses caisses. Au total, le retournement de majorité dans les entités fédérées et le retour des socialistes dans l’opposition à tous les niveaux du pouvoir vont toucher environ 700 personnes, selon les chiffres qui circulent. Elle se retrouveront bientôt sans boulot. Ce chiffre n’a pas pu être confirmé par le boulevard de l’Empereur.

Attention, parmi ces 700 travailleurs, nous comptons également les agents engagés en remplacement des fonctionnaires détachés dans les cabinets socialistes. Ces agents détachés étant de retour plus tôt que prévu dans leurs administrations, leurs remplaçants vont perdre leur job. Ils doivent maudire Benoît Lutgen…

Crises de larmes dans les couloirs

Au PS, formation politique particulièrement habituée à l’exercice du pouvoir sans interruption, c’est le traumatisme. Et il est bien pire qu’en 2014, lorsque Charles Michel avait signé avec la N-VA. A cette époque, si le PS perdait le pouvoir au fédéral, il avait pu replier armes, bagages, mandataires et collaborateurs vers les entités fédérées et limiter la casse sociale.

Mais, après le coup politique de Benoît Lutgen, le PS n’a plus de base arrière. De nombreux experts, conseillers, attachés, secrétaires, chauffeurs, etc. vont devoir se trouver un autre boulot dans l’urgence.

"On a fait nos caisses, on nous a dit qu’il fallait être prêt à partir immédiatement, confie un collaborateur d’un cabinet régional. Même s’il reste quand même une petite chance que le PS reste au pouvoir si les négociations s’enlisent. Il y a des crises de larmes dans les corridors. C’est injuste. Les collaborateurs sans expérience qui perdent leur emploi et qui ne sont pas détachés de l’administration sont les plus marqués. C’est très brutal car complètement inattendu. On pensait avoir encore deux ans devant nous. La semaine dernière, on avait encore des réunions intercabinets avec le CDH et ça se passait bien."

Cellules de replacement

Le PS va tenter de les aider mais, pris de court, les socialistes n’ont pas une solution pour chacun. Des cellules de replacement de fortune ont été prévues dans tous les cabinets ministériels. "On a tous rendez-vous, un à un, chez le chef de cabinet, avec une priorité pour les cas les plus difficiles et en fonction des situations familiales. Certains étaient là depuis plus de dix ans. On fait l’inventaire des compétences professionnelles, on nous forwarde les liens vers les concours de recrutement dans la fonction publique… Il y a aura bien une ou deux personnes par cabinet qui seront recasées dans l’administration avec un contrat, mais pas plus. On ne sait pas ce qui va se passer, on vit au jour le jour. "

"Caterpillar et Arcelor, c’est pire…"

Une éminence grise socialiste relativise un peu : "Chacun savait à quoi s’attendre. Caterpillar et Arcelor, c’est bien pire… C’est la loi du genre en politique. C’est ce qu’a vécu Ecolo. " Pour rappel, en 2014, à la suite d’une claque électorale et du renvoi des verts dans l’opposition, 500 collaborateurs avaient été remerciés. Les socialistes, cependant, sont dans une situation un peu plus enviable.

D’abord, le PS, en tant que parti, ne perd pas de financement public car son éviction n’est pas accompagnée d’une dégringolade dans les urnes. Après la débâcle de 2014, Ecolo avait été privé d’une partie de sa dotation publique, ce qui avait provoqué la perte d’une centaine d’emplois dans ses groupes parlementaires et au parti. Rien de tout ça pour les socialistes.

Un réseau puissant, malgré tout

Ensuite, les socialistes, même éjectés de tous les gouvernements, conservent malgré tout une influence nettement plus importante qu’Ecolo : des majorités dans les communes, dans les provinces, des postes clefs dans les intercommunales et dans toute une galaxie de structures publiques et parapubliques en Wallonie comme à Bruxelles. Ces organismes pourraient, à terme, accueillir les ex-cabinettards. Mais au cas par cas : le temps n’est plus aux vagues de "recasage" des ex-collaborateurs ministériels sur simple décision politique.