L'affaire des "quotas" au parc Maximilien fait des vagues politiques

Jean-Claude Matgen
Illustration picture shows refugees waiting to get a place for the night at the Parc Maximilien - Maximiliaanpark park in Brussels, where refugees spend time in the day, Monday 16 October 2017. In the evening associations members organised the accomodation for refugees at the homes of volonteers citizens. Yesterday evening several refugees where arrested here. BELGA PHOTO THIERRY ROGE
Illustration picture shows refugees waiting to get a place for the night at the Parc Maximilien - Maximiliaanpark park in Brussels, where refugees spend time in the day, Monday 16 October 2017. In the evening associations members organised the accomodation for refugees at the homes of volonteers citizens. Yesterday evening several refugees where arrested here. BELGA PHOTO THIERRY ROGE ©BELGA

Jan Jambon confirme qu’il n’existe pas d’objectifs chiffrés. Mais le PS veut saisir le Parlement et Ecolo remonte au créneau.


L’annonce, samedi, par "La Libre Belgique", que, selon des échanges de messages électroniques entre participants à une réunion de préparation (le 4 septembre) à des opérations policières au parc Maximilien, à Bruxelles, des objectifs chiffrés d’arrestations de migrants avaient été fixés n’est pas passée inaperçue.

Réunion d’urgence demandée

C’est ainsi qu’à la suite de ces révélations, le groupe PS à la Chambre a demandé une réunion d’urgence des commissions de la Justice et de l’Intérieur. On sait que le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), et le secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations, Theo Francken (N-VA lui aussi), ont toujours nié l’existence de quotas. Mais pour la députée fédérale Julie Fernandez, "les ministres Jambon et Francken ne semblent pas avoir dit la vérité au Parlement".

De son côté, le député Ecolo Benoît Hellings qui, le 18 octobre, avait posé une question parlementaire au sujet de l’existence de quotas à M. Jambon, remonte au créneau. Il rappelle la réponse, qu’il qualifie de "véhémente" faite par le ministre : "Bien sûr que je n’ai pas imposé de quotas concernant le nombre de personnes à arrêter. C’est complètement idiot de même penser cela."

A la lumière de la lecture de notre article, M. Hellings va (re) demander au ministre Jambon de s’expliquer sur ce qui s’est réellement passé lors de la réunion de coordination du 4 septembre 2017 mais aussi de lui fournir copie du procès-verbal de cette réunion. "Les méthodes utilisées sont-elles respectueuses de la loi sur la fonction de police ?", se demande M. Hellings.

Une question de places disponibles

Entre-temps, l’agence Belga est également tombée sur des documents troublants. Elle a pris contact avec un policier fédéral qui a participé aux opérations. Celui-ci a expliqué que l’Office des étrangers précise chaque matin aux administrations concernées le nombre de places disponibles dans les centres fermés et dans les avions servant au rapatriement forcé. "Si on a dix places pour le Soudan, on concentre nos efforts sur les Soudanais et on ferme les yeux sur les dix Roumains se trouvant à côté, pour lesquels il n’y a pas de place", indique-t-il. Pour Benoît Hellings, les explications données par ce policier fédéral "sont encore plus effrayantes que des quotas chiffrés".

De son côté, le ministre de l’Intérieur a confirmé qu’il n’y avait pas de quotas. "Cela n’a pas de sens d’arrêter plus de personnes que ce que la capacité dans les centres fermés ne permet, a souligné son porte-parole. On a toujours travaillé de cette manière sous les gouvernements précédents", a-t-il ajouté. Belga ajoute qu’une réunion d’évaluation des opérations menées au parc s’est déroulée au cabinet du Premier ministre Charles Michel. Au cours de celle-ci, le cabinet Jambon a livré une appréciation positive.

"La N-VA a un problème avec la séparation des pouvoirs"

Pour le président de la Ligue des droits de l’Homme, Me Alexis Deswaef, la question est désormais de savoir si le "ministre Jambon a menti au Parlement". "Un ministre qui ment aux députés rend impossible le contrôle de l’exécutif par le législatif, alors que c’est un principe de base en démocratie", scande Me Deswaef, pour qui la "crédibilité politique" de M. Jambon est en jeu.

La Ligue des droits de l’Homme estime que des membres du gouvernement ont un problème avec la séparation des pouvoirs. "D’un côté, il y a Jan Jambon qui se moque du contrôle parlementaire. De l’autre, il y a Theo Francken qui s’assied sur une décision de justice lui interdisant d’expulser un Soudanais en le rapatriant en cachette et se moque du contrôle du pouvoir judiciaire. Cette attitude n’est pas très surprenante de la part d’un parti nationaliste identitaire comme la N-VA mais il est incompréhensible de voir les autres partis au gouvernement se taire", conclut Me Deswaef.

Par ailleurs, la façon d’agir des autorités semble poser des problèmes à certains hommes de terrain. C’est ainsi que deux policiers et un fonctionnaire de l’Office des étrangers ont témoigné des réticences qui gagnent certaines équipes.