"Avec Bannon, Modrikamen a commis une gaffe supplémentaire"
- Publié le 30-07-2018 à 18h06
- Mis à jour le 31-07-2018 à 14h28
:focal(1271x643:1281x633)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/ipmgroup/IAMDNPLXAZBA7KUSU5QQ7FMBSE.jpg)
L’ex-conseiller de Trump veut fédérer la droite populiste en Europe et y associe le PP.Mischaël Modrikamen y croit dur comme fer. Dix ans après la création de son parti de droite radicale, le Parti populaire (PP), il pense réaliser, en 2019, la grande percée électorale qui lui a manqué jusqu’ici. Le contexte lui est favorable alors que presque toute l’Europe opère un glissement vers la droite et que, dans certains pays, l’extrême droite est au pouvoir. Cerise sur le gâteau, Steve Bannon, l’ex-conseiller de Donald Trump et artisan de sa victoire en 2016, veut désormais fédérer les partis nationalistes, l’extrême droite et la droite populiste en Europe. Et, pour la Belgique francophone, il jeté son dévolu sur le PP pour l’intrégrer dans le grand mouvement qu’il voudrait constituer. Mais cet épisode tout récent constitue-t-il vraiment une chance pour Mischaël Modrikamen ? Le politologue Michel Hermans ne le pense pas.
Mischaël Modrikamen semble n’avoir jamais eu autant de chances de réussir électoralement : les sondages pointent un début de percée du PP, il y a la montée de la droite populiste en Europe, le contexte migratoire, les préoccupations sécuritaires… Et voilà que l’ex-conseiller de Donald Trump vient de l’adouber.
Je ne crois pas beaucoup en Modrikamen car il n’a pas su faire de percée alors qu’un peu partout en Europe, se sont déjà installés, il y a plusieurs élections, d’autres mouvements similaires. Et ce, beaucoup plus fermement que ne l’est le PP. Aujourd’hui, l’extrême droite française est déchirée avec le retour probable de Marion Maréchal-Le Pen. Par contre, ce qui est plus inquiétant, c’est la situation en Allemagne et en Italie. En Allemagne, les formations démocratiques ont réussi - difficilement - à sauver les meubles face à la montée de l’extrême droite. Mais en Italie, ce sont carrément les souverainistes qui sont au pouvoir. Il y a aussi l’Autriche : l’extrême droite y gouverne. Toutes ces formations, qui ne sont pas toujours d’accord entre elles, ont la volonté de s’unir au niveau du Parlement européen. Je pense cependant que Modrikamen ne pourra pas réaliser un parcours similaire en Belgique francophone car, à chaque fois qu’il a obtenu des élus, il les a perdus. Je pense plutôt que La Droite, un autre parti de droite radicale, pourrait davantage réaliser cette percée.
Pourtant, il semble y avoir une possibilité pour un parti de droite "dure" en Belgique francophone. Le MR reste tout de même fort centriste.
Je suis, en effet, convaincu que si la N-VA se présentait en Wallonie, elle aurait du succès. C’est d’ailleurs assez curieux de constater que les sympathisants les plus affirmés de Theo Francken se trouvent surtout au PTB et à l’extrême gauche. La N-VA est un parti de droite "dure" mais qui reste démocratique. Ce n’est pas le Vlaams Belang.
Pour en revenir à Mischaël Modrikamen, en attendant, grâce à Steve Bannon, le voilà sur la carte de la droite radicale européenne.
Steve Bannon abîme l’image du Parti populaire, en fait. Bannon a été particulièrement mal vu aux Etats-Unis, Trump l’a mis à la porte. Il avait un discours carrément fasciste, rejetant notamment les Noirs. Bannon a une image très négative, même aux USA. En Europe aussi, Steve Bannon va avoir du mal à séduire, même chez les gens qui considèrent qu’il faudrait mener des politiques plus dures vis-à-vis des étrangers. Or Modrikamen n’a déjà pas une très bonne image : beaucoup de gens l’ont quitté un peu après la fondation du Parti populaire. Il a su s’y prendre comme avocat mais en politique, il n’est pas au top. Avec Steve Bannon, Modrikamen a commis une gaffe supplémentaire.
Est-ce que le PP est de droite radicale ou d’extrême droite ? Il n’a pas de dimension nationaliste, par exemple.
Le parti a un discours qui peut attirer des gens de droite radicale mais de là à affirmer que le PP est d’extrême droite, non, je resterai très prudent à ce sujet.