Du jamais vu dans l'histoire de notre monarchie: le prince Laurent met en demeure Charles Michel

Pour la première fois dans l'histoire de la monarchie belge, un membre de la famille royale met en demeure un chef de gouvernement.

Inédit: le prince Laurent met en demeure Charles Michel dans une lettre
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Pour la première fois dans l'histoire de la monarchie belge, un membre de la famille royale met en demeure un chef de gouvernement. Il reproche au gouvernement belge de ne pas lui avoir permis de récupérer son dû dans le dossier des fonds libyens.

Les rapports entre le prince Laurent et la classe politique ne vont pas se réchauffer après que le premier nommé a mis en demeure le Premier ministre d’intervenir pour que son ex-ASBL, la GSDT, récupère l’argent (50 millions d’euros) qu’elle avait investi en Libye, en 2008.

Le prince Laurent entame sa lettre, dans laquelle il accuse le ministre Didier Reynders “de le discriminer”, de la façon suivante: “c’est de façon exceptionnelle que je m’adresse à vous personnellement, mais ce sont des circonstances tout aussi exceptionnelles qui m’y contraignent”. Exceptionnelle, la démarche l’est en effet. Elle a entraîné une réaction de M. Michel.

Des entreprises remboursées, pas l’ASBL du prince

Pour rappel, le frère du Roi reproche à l’Etat libyen d’avoir cassé un important contrat et de ne pas avoir exécuté des jugements belges qui lui donnaient gain de cause.

Mais il y autre chose: en 2011, en exécution de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, 14 milliards d’euros de fonds libyens ont été gelés en Belgique. Depuis, le gouvernement belge a permis à de nombreuses entreprises belges créancières de la Libye d’être remboursées. L’ASBL du prince Laurent fait notable exception. Ses avocats se sont déjà plaints de la chose auprès des autorités belges.

Désormais, c’est le Prince lui-même qui les admoneste, alors même que la révélation, voici quelques mois, de la libération des intérêts générés par les fonds libyens gelés fait actuellement l’objet d’âpres débats à la Chambre et que le gouvernement belge, en affaires courantes depuis le départ de la N-VA, est fragilisé.

La lettre du prince, révélée par “Le Vif”, est datée du 24 janvier. Il retrace l’historique de son expérience, évoque sa situation personnelle puis, de faon indirecte, ses ennuis passés avec le gouvernement Michel, rappelle les efforts “incessants” de ses avocats pour qu’il puisse, lui aussi, récupérer son dû. Avant d’attaquer de façon plus directe: “Il n’est donc pas exagéré d’affirmer (...) que, certains responsables de l’administration et/ou membres du gouvernement font preuve d’une forme très inhabituelle d’acharnement à l’encontre de mon ASBL, favorisant ainsi certains intérêts libyens.”

Il parle aussi de discrimination à son encontre de la part de Didier Reynders et de l’existence dans l’entourage du dossier d’intermédiaires véreux, promettant le paiement de l’indemnité due à son ASBL contre des commissions. Il conclut en prévenant Charles Michel qu’il ne compte plus prendre son mal en patience et qu’il le met en demeure de déployer les efforts nécessaires pour qu’il soit indemnisé.

“La loi est la même pour tout le monde”

Dans un communiqué, le Premier ministre a indiqué que “la loi est la même pour tout le monde et que ce sont les cours et les tribunaux qui appliquent la loi”. Charles Michel estime qu’il n’existe pas de base juridique satisfaisante pour permettre aux autorités belges de procéder à un dégel des fonds en faveur de l’ASBL du Prince.



La réponse du cabinet de Charles Michel dans son intégralité