Un comité d’experts recommande à la Belgique d’augmenter ses capacités militaires : plus de F-35, plus de soldats, des drones armés...

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© AP

Le comité stratégique nommé en début d’année par la ministre de la Défense pour réfléchir au futur de l’armée belge a rendu son rapport. Celui-ci sera présenté à la commission Défense de la Chambre ce mercredi matin. La Libre a déjà pu prendre connaissance des principaux éléments. En substance, les experts préconisent d’aller au-delà de la Vision stratégique existante, tant en termes de personnel (davantage d’effectifs) que d’investissements en matériel, notamment par l’acquisition de plus d'avions de combat F-35.

En 2016, sous la précédente législature, le gouvernement Michel et son ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), avait développé une “Vision stratégique pour la Défense” à l’horizon 2030. Elle tablait, par exemple, sur une armée de 25 000 effectifs (dont 1000 civils) à la fin de la décennie, contre 31 000 (dont 1500 civils) en 2016.

On y retrouvait aussi une longue liste d’investissements en matériel (repris dans une loi de programmation militaire) évalués à l’époque à quelque 9,2 milliards d’euros sur la période. Parmi ceux-ci, les fameux F-35 (34 au total), deux frégates, six navires chasseurs de mines, des drones, la participation au programme d’avions ravitailleurs MRTT avec d’autres pays européens, plus de 400 blindés, etc.

Actualisation de la Vision

Cette Vision stratégique a été écrite en 2016. La nouvelle ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS), a jugé utile de l’actualiser afin de mieux tenir compte des menaces croissantes, comme la cybermenace. Les dix experts et deux coordinateurs qu’elle a mandatés ont rendu leurs conclusions. Selon nos informations, ils ne remettent pas en cause le travail réalisé cinq ans plus tôt, mais, disent-ils, il faut aller plus loin.

Au niveau du personnel, le total de 25 000 unités est jugé insuffisant. Pour les experts, les effectifs doivent être renforcés, en particulier au sein de la composante Terre et dans le domaine Cyber.

Pour améliorer le recrutement et diminuer les départs prématurés de l’armée (ce qu’on appelle l’attrition), ils formulent une série de recommandations. Par exemple :

  • veiller à une présence régionale équilibrée des casernes (il est d’ores et déjà prévu la construction de deux nouveaux quartiers, mais, pour les experts, on pourrait aller au-delà) ;
  • améliorer l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle ;
  • cibler les NEET (les personnes sans diplôme, sans emploi et sans formation) ;
  • collaborer avec le privé ;
  • veiller aux politiques de diversité (notamment de genre) ;
  • ou encore viser une proportion de 15 % de civils dans le personnel de la Défense (contre environ 5 % aujourd’hui).

La ministre Dedonder, qui a fait de la revalorisation du personnel la priorité de son mandat, travaille déjà sur l’essentiel de ces points.

Vers une augmentation plus importante du budget de la Défense ?

En ce qui concerne le matériel, le comité d’experts conseille de mettre le paquet. Les recommandations les plus spectaculaires sont :

  • l’augmentation de la capacité F-35 via l’acquisition d’appareils supplémentaires (l’Otan demande à la Belgique de monter à 45) et de drones capables d’accompagner les F-35, ainsi que l’acquisition de missiles air-air à longue portée et de missiles de croisière ;
  • l’armement des futurs drones SkyGuardian ;
  • la participation à la défense antimissile balistique (BMD) de l’Otan ;
  • la participation au futur char de combat (MGCS) franco-allemand ;
  • ou encore l’acquisition de nouveaux hélicoptères et d’avions à décollage et atterrissage court.

Les experts restent discrets sur les moyens financiers à engager. Ils notent simplement que l’augmentation des dépenses de Défense à 1,24 % du PIB d’ici 2024 (contre 1,07 % en 2020), tel que l’envisage le gouvernement De Croo, est un minimum. Selon eux, il faudrait aller au-delà. Et même réfléchir en objectifs à financer plutôt qu’en pourcentage du PIB.

Il revient à présent aux politiques de se saisir de ces recommandations et de leur réserver le sort qu’ils souhaitent.