Une résolution à la Chambre pour faire la lumière sur des centaines d'adoptions illégales

Le député Michel De Maegd (MR) a déposé une proposition de résolution à la Chambre qui vise à reconnaître les adoptions illégales en Belgique et à conférer un statut de victime aux enfants qui en ont fait l'objet.

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© BELGA

Aux yeux de Michel De Maegd, une enquête s'impose pour faire la lumière sur un phénomène qui touche peut-être des centaines de personnes et leurs familles. Plusieurs pays européens se sont déjà engagés dans une telle démarche. En Suisse, un rapport sur le sujet a été publié l'an passé, aux Pays Bas, une commission d'enquête s'est penchée sur la question et son rapport a mené à la suspension temporaire des adoptions internationales le temps d'analyser les dossiers concernés, en Suède, le parlement a demandé au gouvernement d'examiner la question, etc.

En Belgique, des enfants adoptés ont dû constater que leur adoption s'est déroulée dans des conditions illégales: ils ont notamment été enlevés à leur mère biologique à qui l'on faisait croire qu'ils étaient morts à la naissance. Même s'ils ont vécu une enfance et une jeunesse heureuse au sein d'une famille adoptive elle aussi abusée, certains d'entre eux ont entrepris de retrouver leur famille d'origine et constitué une association pour venir en aide à des enfants qui ont vécu la même situation. Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes, par exemple autour du cas de Coline Fanon, née au Guatémala en 1986 et dont l'adoption est passée par un trafic d'enfants bien organisé.

Invitées à s'exprimer mercredi devant la presse, plusieurs de ces victimes ont expliqué comment le sol s'était dérobé sous leurs pieds quand ils ont réalisé que l'authenticité des documents d'adoption était remise en cause. "Quand on apprend que son adoption ne s'est pas passée comme les parents adoptifs le pensaient, tout change. On croyait que notre mère d'origine voulait le meilleur pour nous, on se dit maintenant qu'elle ne sait même pas que vous avez été volés, qu'elle vous croit mort. Je connais des adoptés pour qui cela se passe très mal. Derrière cette situation, il y a un réel problème de construction d'identité", a expliqué Philippe Mignon, issu d'une "ferme à enfants" au Sri Lanka et fondateur de l'association Empreintes vivantes.

Les difficultés ne sont pas seulement psychologiques. Elles sont aussi administratives. Faute d'un acte de naissance valable, certaines de ces victimes ne peuvent voyager dans certains pays ou s'inscrire dans une école.

"Notre pays ne peut plus continuer à ignorer la réalité de ces adoptions illicites qui trop longtemps se sont déroulées dans le silence", a souligné M. De Maegd.

Le député veut faire un état des lieux de ce problème: quelles lacunes ont permis des trafics, combien d'enfants sont concernés, y a-t-il eu des tentatives de tirer la sonnette d'alarme, etc. La résolution demande au gouvernement d'entamer une enquête sur les adoptions illégales, notamment venant du Guatemala, du Chili, du Sri Lanka et d'Inde. En fonction des résultats de cette enquête, la Chambre pourrait décider de créer une commission d'enquête sur la question.