Malgré la demande de la N-VA et du cdH, les partis de la majorité refusent l'audition d'Ihsane Haouach

Les partis d'opposition N-VA et cdH ont réclamé mardi l'audition à la Chambre de la commissaire du gouvernement auprès de l'Institut de l'égalité entre les femmes et les hommes, Ihsane Haouach, pour clarifier des propos qu'elle a tenus ce week-end dans la presse, et que le MR (majorité) et DéFI (opposition) ont eux aussi dénoncés. Cette demande, déposée par la N-VA en commission de l'Égalité des chances de la Chambre, a toutefois été rejetée par les partis de la majorité, avec abstention du MR.

placeholder
© D.R.
Belga

Les libéraux francophones ont fait savoir qu'ils interrogeront jeudi la secrétaire d'Etat à l'égalité des genres, Sarah Schlitz (Ecolo), en séance plénière, un cadre plus approprié que la commission, selon eux.

Dans une interview au "Soir", Mme Haouach défendait samedi sa conception de la neutralité en expliquant que le principe de la séparation de l'Église et de l'État pouvait se décliner en fonction du changement démographique.

Estimant qu'interdire le port de signes convictionnels, dans le débat sur la neutralité de la fonction publique, était "discriminatoire", Ihsane Haouach considérait que les principes fondateurs de l'État n'étaient pas mis en danger par l'apparence mais par la montée des réactions d'extrême droite. "La discussion n'est pas: est-ce qu'on remet en cause la séparation de l'Église et de l'État ? , c'est : comment la décline-t-on avec un changement démographique ?", avait-elle dit.

Le président du MR Georges-Louis Bouchez avait déjà jugé ces propos "extrêmement dangereux" et considéré qu'ils illustraient l'incapacité de l'intéressée à faire preuve de la neutralité nécessaire à sa fonction. Le MR compte y revenir au conseil d'administration de l'Institut.

"Une commissaire du gouvernement, qui est tenue à un devoir de réserve par sa fonction, relativise un principe fondamental absolu: la séparation des Eglises et de l'Etat. Qu'est ce que ça veut dire? C'est inacceptable", a souligné le député Daniel Bacquelaine en marge de la séance.

La N-VA, par la voix de sa députée Darya Safai, a quant à elle demandé l'audition de Mme Haouach en commission de l'Égalité des chances de la Chambre, tout en invitant le MR à s'opposer davantage que par des mots.

Au cdH, le député Georges Dallemagne a lui aussi dénoncé mardi sur DH radio les propos de la commissaire du gouvernement. "Il faut arrêter de dire que lorsqu'on demande une neutralité au sein des services publics, c'est discriminatoire, comme elle l'a dit." Selon lui, la commissaire fédérale contredit la Cour constitutionnelle, "qui a dit qu'il n'y avait aucun problème à ne pas accepter le voile dans des hautes écoles". "Elle dit donc l'inverse. Et ça m'inquiète", a ajouté le député fédéral. Lui aussi demande une audition à la Chambre, de même que pour la secrétaire d'État.

Du côté de DéFI, on souhaite également interroger Mme Schlitz pour lui demander si la conception de la neutralité affichée par Ihsane Haouach dans l'interview reflète bien celle du gouvernement qu'elle représente au sein de l'Institut. "L'idée que l'interdiction des signes distinctifs serait discriminatoire et que la séparation de l'Église devrait être déclinée selon les changements démographiques constitue, selon nous, les éléments les plus interpellants", indiquait François De Smet, président du parti, dans Le Soir.

Selon De Tijd, l'Open Vld n'est lui non plus pas heureux des propos d'Ihsane Haouach et un entretien est d'ailleurs programmé avec Mme Schlitz, qui a fait nommer Mme Haouach à ce poste.

Au cabinet Schlitz, on fait observer que la commissaire du gouvernement a donné cette interview à titre personnel. "Il y a des contacts réguliers entre le cabinet et la commissaire du gouvernement. C'est toujours le cas et cela le restera, vu la fonction de Mme Haouach."

Le cabinet rappelle par ailleurs la fonction de contrôle d'un commissaire du gouvernement. "Elle veille à ce que les travaux soient conformes à l'accord de coopération entre l'Institut et le gouvernement. En ce sens, la commissaire du gouvernement ne représente pas l'Institut, ni même le gouvernement", selon le cabinet.

Sur le même sujet