Regrets de l'absence de "lobby" musulman pour "faire pression" : l'interpellante interview d'Ihsane Haouach, modifiée après sa désignation

Dans une interview de juin 2020 à European forum of Muslim Women, Ihsane Haouach, nouvelle commissaire du gouvernement auprès de l'Institut de l'Egalité des Chances, estimait que "le point négatif est que malheureusement notre communauté est à la traîne, nous sommes une réelle force politique mais nous ne sommes pas unis, il n’existe pas de véritable lobby". Un passage édulcoré depuis sa désignation....

Regrets de l'absence de "lobby" musulman pour "faire pression" : l'interpellante interview d'Ihsane Haouach, modifiée après sa désignation
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Rédaction en ligne

La polémique autour de la désignation d’Ihsane Haouach, choisie par Ecolo comme commissaire du gouvernement auprès de l’Institut de l’égalité entre les femmes et les hommes, agite la Vivaldi.

Le MR et Défi interpelleront la secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances Sarah Schiltz (Ecolo), qui a désigné Ihsane Haouach à ce poste, ce jeudi en séance plénière.

Ce mardi, l’opposition s’est vue refuser l’audition d’Ihsane Haouach, commissaire du gouvernement, sur ces propos tenus dans une interview au Soir.

Dimanche, Georges-Louis Bouchez (MR) et François De Smet (Défi) ont eux aussi dénoncé des propos "interpellants".

Pour Défi , l’audition d’Ihsane Haouach aurait été justifiée, "compte tenu de ses déclarations qui remettent en cause sa neutralité, qu’elle se doit de respecter en tant que fonction d’autorité et de représentation du gouvernement", a expliqué Sophie Rohonyi (Défi).

Dans le Soir, Ihsane Haouach estime qu’interdire le port de signes convictionnels, dans le débat sur la neutralité de la fonction publique, est "discriminatoire". S’exprimant pour la première fois, à titre personnel, elle considère que "les principes fondateurs (sur lesquels l’État s’est construit, NDLR) ne sont pas mis en danger par l’apparence mais par la montée des réactions d’extrême droite. La discussion n’est pas : Est-ce qu’on remet en cause la séparation de l’Église et de l’État ? C’est : comment la décline-t-on avec un changement démographique ?”

Toujours dans cette interview, Ihsane Haouach dément que le voile soit un signe convictionnel ou un marqueur religieux. "Non, ça, c’est ce que vous dites !" C’est une partie de mon identité qui n’a pas à être débattue publiquement ni à être justifiée. Je ne viens pas parler de religion, moi. Ça, c’est une présomption, un stéréotype qu’on a. On pense que parce que je porte le foulard, je parle religion", justifie-t-elle.

Une autre tonalité émane d’une interview accordée dans European forum of Muslim Women en juin 2020, que d'aucuns estiment proche de la mouvance des Frères Musulmans européens, soit bien avant sa désignation comme commissaire du gouvernement à l'égalité hommes/femmes. Dans ce rapport intitulé "Travail journalistique : quelle place pour les femmes musulmanes dans la société belge", le portrait de 11 femmes musulmanes est dressé, faisant état de leur parcours.


"Notre communauté est à la traîne (...) il n’existe pas de véritable lobby"

Ihsane Haouach y parle des obstacles qu’elle a rencontrés dans la société belge en tant que femme musulmane. A la question "Quel regard portez-vous sur la société belge et la place accordée aux femmes musulmanes? ", elle répond  regretter que sa communauté ne se soit pas constituée en véritable lobby qui pourrait faire pression politiquement. " Le point positif est que nous sommes dans un pays démocratique qui nous garantit toute une série de droits. Il nous faut cependant nous battre et nous unir pour les revendiquer. Le point négatif est que malheureusement notre communauté est à la traîne, nous sommes une réelle force politique mais nous ne sommes pas unis, il n’existe pas de véritable lobby. Il n’y a qu’à regarder les dernières élections politiques et le nombre de musulmans qui ont élu des représentants de partis politiques qui ont voté des lois qui ne sont pas en faveur des musulmans (abattage rituel, voile, cours de religion, ...) . Nous ne sommes pas du tout organisés pour faire pression", explique-t-elle, dans un discours qu’on peut difficilement qualifier de neutre.

Regrets de l'absence de "lobby" musulman pour "faire pression" : l'interpellante interview d'Ihsane Haouach, modifiée après sa désignation
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Le 8 juin, l’Observatoire Fondamentalismes à Bruxelles a dénoncé les propos tenus dans un tweet.

Sur le site, la version en ligne a été édulcorée

Sur le site, dans la version actuellement en ligne, le passage en question a été modifié et édulcoré. Ihsane Haouach y répond ceci : "Le point positif est que nous sommes dans un pays démocratique qui nous garantit toute une série de droits. Il nous faut cependant nous battre et nous unir pour les revendiquer. Le point négatif c'est que nous sommes à la traîne en matières d'égalité pour toutes et tous, toutes communautés confondues. Des fois on pense que si on vote pour une personne d'origine étrangère, celle-ci va représenter toute sa communauté d'origine et défendre ses droits. Or ce n'est pas le cas. Il faut voter pour des propositions concrètes en analysant les programmes, et non pour des personnes en particulier."

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Le message a très clairement été lissé, pour se faire moins revendicatif et moins communautaire puisque parlant de "toutes communautés confondues".