"Le gouvernement ne partira pas en vacances avec 450 grévistes de la faim"

L’impasse perdure pour les sans-papiers en grève de la faim. À l’approche des vacances politiques, l’urgence grandit encore.

Guillaume Tom

Les portes de l’église du Béguinage resteront à nouveau fermées dans les prochains jours. "Puisque le gouvernement ferme la porte aux discussions, nous fermons aussi nos portes", martèlent les quelques grévistes de la faim qui se relayent à l’entrée pour assurer la sécurité. L’accès restera interdit aux soutiens, aux politiques, aux services de secours et aux journalistes. Mais La Libre a pu pénétrer dans le bâtiment et découvrir la réalité quotidienne des grévistes, loin des conférences de presse organisées pour sensibiliser l’opinion.

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© GUILLAUME JC


Torpeur et silence

Les 220 grévistes de la faim de l’église du Béguinage ont commencé leur grève de la faim il y a maintenant cinquante-quatre jours. L’agitation des premiers jours laisse désormais place à la torpeur et au silence. Seuls les trois porte-parole rompent le jeûne pour être en mesure de tenir un discours cohérent à la presse et durant les réunions avec le monde politique. L’un d’eux, Tarek, a perdu 13 kg, malgré les quelques entorses à la cessation totale de s’alimenter. Il flotte dans ses vêtements et porte une grosse veste d’hiver malgré la température plutôt douce. "On essaye de garder le moral, mais c’est tous les jours plus durs. Surtout pour eux", soupire-t-il en désignant les sans-papiers couchés sur des matelas. Les nefs latérales de l’église du XIIIe siècle prennent des airs de mouroir. Sur les matelas à même le sol, les grévistes cachent leur corps émacié dans des couvertures. La plupart somnolent, les yeux à moitié clos, les traits tirés.

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D’autres, à peine plus éveillés, regardent leur smartphone. Les associations de soutien ont installé une borne wifi dans l’église il y a quelques semaines. Certains appellent leur famille qui habite à quelques pas de la place Sainte-Catherine, à une encablure du bâtiment. D’autres traînent sur les réseaux sociaux. Sur les écrans, on peut voir le portrait du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V). Chacune de ses prises de position est ici scrutée, décortiquée, à la recherche d’une lueur d’espoir ou, à tout le moins, d’une évolution des positions. Espoir déçu, comme on peut le lire dans le texte envoyé à La Libre par le secrétaire d’État (en pages 34-35). "À chaque fois, c’est comme un coup de poignard, raconte Tarek. Presque tous les jours, on entend le secrétaire d’État dire qu’il n’y aura pas de régularisation. Et cela se retrouve sur les réseaux sociaux. C’est extrêmement violent pour les grévistes. Mais surtout, cela les renforce dans leur mobilisation."

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Lutter contre la mort

Plusieurs sans-papiers s’occupent de la gestion de l’occupation. Ils portent des gilets fluo pour être reconnus lorsqu’ils déambulent entre les lits. Leur mission : assurer la logistique (vider les poubelles, apporter de l’eau) et effectuer quelques soins sommaires. Mais surtout, ils sont là pour assurer le calme et tenter de maintenir la cohésion. "Nous sommes dans l’angoisse et le stress en permanence. On essaye de parler pour passer le temps, de dissuader ceux qui auraient des idées noires, de prévenir les actions désespérées", confie l’un d’eux. Depuis le début de l’action, quatre sans-papiers se sont cousu les lèvres, plusieurs ont tenté de mettre fin à leur jour. Des actions que les représentants veulent à tout prix éviter. "On ne cherche pas la mort", tranche le porte-parole.

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Dans la société civile, la mobilisation grandit. Ce mercredi, plusieurs associations patronales et syndicats publiaient une carte blanche dans laquelle ils soutenaient l’idée d’engager des travailleurs sans papiers, et ainsi leur donner accès à un permis de séjour via le travail. La mobilisation prend aussi des formes plus extrêmes. C’est le cas de Nili, une Belge qui a posé sa tente devant l’église et qui observe, elle aussi, une grève de la faim et de la soif.

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Toujours aucune avancée significative

Malgré la pression qui augmente, les discussions demeurent vaines. Plusieurs réunions entre les instances politiques (le cabinet Mahdi et l’Office des étrangers) et les associations proches des sans-papiers ont déjà eu lieu, sans résultat.

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© BELGA


Fin juin, le PS demandait la tenue d’une conférence interministérielle en urgence pour aborder le dossier. Renseignement pris, aucune réunion n’a eu lieu. Et aucune ne semble figurer actuellement à l’agenda. À l’urgence sanitaire vient s’ajouter une urgence politique. Les vacances parlementaires débutent dans dix jours. De quoi accélérer les discussions ? "Je ne pense pas que les politiques puissent passer des vacances tranquillement avec 450 personnes qui sont en grève de la faim, observe Tarek, incluant les sans-papiers qui occupent des locaux de la VUB et de l’ULB. Cela ne demande pourtant que quelques minutes de courage politique."

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