Les intempéries font resurgir certains débats politiques: "Jan Jambon a balayé la réforme des zones de secours d’un revers de la main"

"La réforme des zones de sécurité de la protection civile était une erreur", a affirmé ce vendredi matin sur la RTBF Elio Di Rupo (PS). Décodage.

La protection civile ne dispose plus que d’une seule caserne en Wallonie.
©BELGA

Les intempéries et inondations de ces derniers jours ont engendré le chaos dans de très nombreuses communes. Les services de secours étaient saturés et ont travaillé sans relâche pour tenter de sauver des personnes prisonnières de leurs habitations. Si une catastrophe de cette ampleur n’était pas prévisible, certains problèmes criants ont refait surface. Le ministre-Président wallon, Elio Di Rupo (PS), a souligné, vendredi matin chez nos confrères de la RTBF que "la réforme des zones de sécurité de la protection civile était une erreur".

Dit-il cela pour envoyer une pique à un adversaire politique ou met-il le doigt sur un problème que certains n’ont pas voulu voir ?

La réforme de la protection civile élaborée en 2017 - et entrée en vigueur en 2019 - sous le gouvernement de Charles Michel (MR), par celui qui était encore son ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), avait suscité de lourdes critiques de la part de la protection civile à l’époque. Pour rappel, cette réforme a supprimé plusieurs casernes (quatre sur six) qui se trouvaient un peu partout sur le territoire belge. Seules celles de Brasschaat (province d’Anvers) et de Crisnée (province de Liège) ont été conservées. Les effectifs ont été réduits et certaines missions de la protection civile ont été stoppées. La distribution de sacs de sable lors d’inondations, notamment.

Quatre casernes supprimées

Pourquoi Brasschaat et Crisnée ? Il serait réducteur de considérer que Brasschaat a été choisie parce que c’est la commune de Jan Jambon. Sa proximité avec des sites Seveso du port d’Anvers semble légitime. Par contre, le même critère n’a pas été pris en compte pour la Wallonie, puisque près de la moitié des sites Seveso se trouvent à proximité de Ghlin où une caserne a été fermée. À l’époque, Jean-Paul Filbiche, commandant à Ghlin et délégué CSC, s’interrogeait sur la RTBF : "Pourquoi regrouper tout dans le nord-est de la Belgique ? Quand on voit la carte, Crisnée se situe à 3 ou 4 km du Limbourg, de la frontière linguistique, voilà, on protège bien le nord du pays, le reste du pays n’a qu’à se démerder, c’est ainsi que je le ressens".

Les intempéries font resurgir certains débats politiques: "Jan Jambon a balayé la réforme des zones de secours d’un revers de la main"
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Il n’était pas simple, vendredi, de contacter la protection civile qui était encore sur la brèche. Il nous revient néanmoins que si le Hainaut avait été touché comme Liège, la situation aurait été plus compliquée encore, au vu de la distance qui sépare cette province de la caserne de Crisnée.

La réforme de la protection civile visait plusieurs objectifs. Il s’agissait de "renforcer les capacités de lutte contre les nouveaux types de risques tels que le terrorisme et les changements climatiques". Le second était de mieux répartir le travail entre la protection civile (missions spécialisées et de longue durée) et les zones de secours des pompiers pour les interventions urgentes et locales.

Du côté des pompiers, corps qui a aussi été réformé sous la houlette de Jan Jambon, on voit les choses autrement. L’ancien président de la fédération royale des sapeurs-pompiers de Belgique, Marc Gilbert, qui commande toujours la zone du Val de Sambre (province de Namur), est très énervé. "La réforme n’est pas celle que nous demandions. La loi du 15 mai 2007, initiée par Patrick Dewael (NdlR : Open VLD), était pourtant excellente. Il aura fallu attendre 7 ans pour que Madame Milquet, en 2014, prenne les arrêtés royaux (AR) d’exécution. Une nouvelle fois, ça allait dans le bon sens. Et puis, en 2019, Jan Jambon a fait de nouveaux AR et il a tout balayé d’un revers de la main." L’un des nombreux problèmes étant que "les arrêtés royaux de Jambon disent que lorsqu’une autopompe sort de la caserne, elle doit être accompagnée de six pompiers. Pour une auto-échelle, c’est deux et pour une citerne, ce sont deux pompiers aussi. Et si vous n’avez pas les effectifs, vous ne pouvez pas partir, vous devez envoyer une autre zone. Si les pompiers de ma caserne sont en intervention et que nous ne sommes plus que trois, si un incendie se déclare dans la maison en face de la caserne, eh bien je ne peux pas y aller parce que la loi ne l’autorise pas". Marc Gilbert précise que ces règles étaient impossibles à respecter dans le cas des inondations : "Nous nous sommes arrangés. Que voulez-vous ?"

"En 47 ans, je n’ai jamais vu ça"

Sur la question du matériel, Marc Gilbert dit deux choses. La première étant que "si la réforme avait fonctionné, le matériel aurait été mieux réparti". Et la seconde : "Que l’on ne dispose pas de tout le matériel nécessaire pour gérer une telle catastrophe, je peux l’entendre. En 47 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça. Mais la prochaine fois, et il y en aura, on ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenus." Jeudi, les zones de secours de Wallonie communiquaient via WhatsApp pour s’entraider et se prêter du matériel. "J’ai même dû envoyer des hommes pour prendre les appels au 1722 parce qu’il y avait trop d’appels. J’ai aussi envoyé un bateau à Rochefort et une pompe à Eupen. De notre côté, nous avons sauvé 29 personnes de la mort sur notre zone."

Selon notre interlocuteur, les moyens doivent être revus et le fédéral doit respecter ses engagements financiers - à savoir, assurer 50 % du financement des zones, comme c’était prévu - "ou régionaliser les zones de secours qui seraient financées à 50 % par la Flandre et 50 % par la Wallonie". Et puis, surtout, "il y a 18 000 pompiers pour toute la Belgique. 12 000 sont volontaires, donc pas forcément disponibles tout le temps. La police a eu sa réforme et tant mieux pour elle, mais il n’y avait plus d’argent pour celle des pompiers".

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