Ballottée de la crise sanitaire aux inondations, la Vivaldi devra se ressouder

Les partenaires de la coalition fédérale (la Vivaldi) semblent condamnés à s’entendre.

placeholder
© Belga

Le gouvernement De Croo, depuis sa naissance en octobre 2020, est en état de siège. La crise sanitaire n’est pas terminée qu’une nouvelle épreuve, celle des inondations, plonge le pays dans l’angoisse. Alors que de nombreuses vies humaines ont été volées par la violence des eaux boueuses, les sept formations du gouvernement De Croo (PS, Vooruit, MR, Open VLD, Groen, Écolo, CD&V) doivent, une fois encore, se rassembler derrière le Premier ministre. Par décence vis-à-vis d’une population éprouvée, tout d’abord, mais aussi par intérêt. L’exécutif dans son ensemble doit réussir. Les esprits les plus cyniques estimeront que le drame des inondations est, sur le plan politique, une aubaine pour Alexander De Croo dont l’équipe va devoir se serrer les coudes.

Le long catalogue des conflits

L’instinct grégaire l’emportera-t-il sur les récentes polémiques qui ont fissuré l’unité "vivaldienne" ? L’heure n’est pas à l’apaisement. Il est vrai que les dossiers difficiles se sont empilés ces dernières semaines et on sentait l’ambiance se détériorer. Velléités de suppression de la mesure "zéro coti" (qui exonère à vie de toutes cotisations sociales le premier engagement d’une entreprise), déchirements sur la neutralité de l’État ou encore, au cœur de l’actualité, la question de la régularisation des sans-papiers de l’église du Béguinage à Bruxelles (lire en pages 10 et 11)

Il convient toutefois de dépasser cette énumération des facteurs de tension et de nuancer une analyse qui serait trop facile : les conflits médiatiques qui éclatent au sein de la Vivaldi sont davantage le fait des présidents des partis de la majorité que des ministres membres du kern (l’organe informel qui réunit les poids lourds du gouvernement). Les partenaires fédéraux ne sont donc pas irréconciliables.

Comparaison n’est pas raison, dit le proverbe, mais le gouvernement Michel, qui avait connu beaucoup de chamailleries internes depuis sa création en octobre 2014, avait réussi à les dépasser suite aux attentats de Bruxelles de mars 2016. Devant coordonner la réponse étatique aux terroristes, les partenaires de la "suédoise" (MR, Open VLD, CD&V, N-VA) avaient finalement trouvé un modus vivendi. Ce répit n’avait été que de courte durée : les nationalistes flamands avaient claqué la porte de la coalition quelques mois plus tard, fin 2018, sur la question de l’adhésion de la Belgique au pacte sur les migrations de l’Onu (ou "pacte de Marrakech").

La compétition des gauches

De par sa constitution, la Vivaldi semble encore plus exposée aux conflits endémiques. La "suédoise" présentait l’avantage d’une certaine cohérence autour d’un point d’équilibre idéologique situé au centre-droit. Le gouvernement De Croo, par contre, associe la gauche socialiste et écologiste aux libéraux, qui pourraient avoir du mal à faire taire leurs antagonismes. "Je ne crois pas que les inondations permettront de régler aussi facilement que ça le dossier des sans-papiers", glisse, avec un sens certain de la litote, une source fédérale. La famille socialiste et la famille écologiste doivent se démarquer l’une de l’autre pour exister au sein de la coalition et cette compétition provoque une surenchère à gauche, accentuée par la progression du PTB dans les sondages.

Le MR doit, lui aussi, faire entendre sa voix avec force afin de démontrer qu’il ne se laisse pas marcher sur les pieds par ses partenaires les plus progressistes. Cette préoccupation stratégique anime d’ailleurs le président des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez, depuis la mise en place du gouvernement De Croo. Le jeune Montois rebondit médiatiquement sur chaque dossier fédéral afin de marquer la différence qui sépare sa formation du PS et d’Écolo.

Réforme de la protection civile

D’où cette question : les alliés au sein du gouvernement fédéral réussiront-ils à présenter un front uni face aux conséquences des inondations ? Le doute est permis. Presque immédiatement, une nouvelle controverse à l’égard de la réforme de la protection civile a surgi. Le PS, par la voix d’Elio Di Rupo, a critiqué les restructurations menées notamment à l’époque de la majorité "suédoise" (dont les socialistes étaient écartés). "Totalement hallucinant", a répliqué Georges-Louis Bouchez sur Twitter, en réponse aux déclarations du ministre-Président wallon…

Sur le même sujet