De Croo explique pourquoi la Belgique met fin aux évacuations depuis Kaboul

Alexander De Croo et ses ministres s'expriment à propos de la situation afghane.

Rédaction avec belga

L'opération belge Red Kite d'évacuation de Kaboul vers Islamabad a permis d'évacuer 1.400 personnes de Kaboul vers la capitale pakistanaise Islamabad, a indiqué jeudi le Premier ministre, Alexander De Croo, au cours d'une conférence de presse. Les C-130 de la Défense ont effectué 23 rotations.

Le gouvernement a décidé mercredi soir de mettre un terme à la première phase de l'opération en raison d'informations sur la situation sécuritaire à l'aéroport de Kaboul, notamment le risque d'un attentat suicide.

"La sécurité a toujours été notre priorité. Dès le début de l’opération Red Kite, on a bien vu que la situation était très chaotique et dangereuse à Kaboul. Mercredi, pendant la journée, la situation s’est fortement dégradée. Très concrètement, nous avons obtenu des informations de source américaine mais aussi d'autres pays expliquant qu’il y avait une imminence d’attentat à la bombe dans l'environnement de l'aéroport. On a aussi vu que les accès devenaient de plus en plus difficiles, voire impossibles."

Le Premier ministre a ensuite expliqué que "tous les Belges et toutes nos équipes qui étaient sur le tarmac de l'aéroport ont été évacués". En tout, 1400 personnes ont été évacuées via des vols effectués par la Belgique. Parmi elles, "des ayants droit belges, mais aussi beaucoup de gens que nous avons transporté d'autres pays, notamment pour les Pays-Bas".

Il faudra une "discussion franche" avec les Etats-Unis sur la décision de retrait

Le Premier ministre, Alexander De Croo, n'a pas caché jeudi ses regrets sur la façon dont les Etats-Unis ont décidé de se retirer d'Afghanistan sans concertation avec les pays alliés et les conséquences qu'elle a eue sur ceux-ci. Une "discussion franche" devra avoir lieu sur le sujet, a-t-il indiqué au cours d'une conférence de presse. L'opération en Afghanistan et le soutien qu'y ont apporté les pays de l'OTAN ont été décidés à la suite des attentats du 11 septembre 2001 en application de l'article 5 du traité de l'organisation qui consacre la défense collective, c'est-à-dire le principe selon lequel si un des pays de l'Otan est attaqué les autres lui viennent en aide

"De notre point de vue, c'est 'in together but also out together' (ensemble dedans mais aussi ensemble dehors). Et là, clairement, la décision de quitter l'Afghanistan de la part des Etats-Unis a surpris beaucoup de partenaires. Il y a une discussion franche à avoir", a expliqué M. De Croo en faisant référence aux décision du président amérciain, le démocrate Joe Biden.

A l'échelon de l'Union européenne, des leçons doivent aussi être tirées, estime le chef du gouvernement. La coopération entre Etats européens a bien fonctionné mais elle aurait pu être plus approfondie et elle semble surtout s'être déroulée entre pays qui ont déjà l'habitude de travailler ensemble, comme le Benelux.

"On doit examiner des méthodes plus structurelles. Aujourd'hui, on travaille avec des pays proches, des pays qu'on connaît bien. Il y a d'autres choses que l'on pourrait faire", a-t-il ajouté.
La diplomatie de l'UE pourrait également être étendue à des compétences consulaires, comme les passeports. "Quand la diplomatie européenne a été créée, il a été clairement stipulé que cette diplomatie n'offrait pas de support consulaire. Il faut évaluer cela. C'est un domaine où la valeur ajoutée peut être importante", a encore dit M. De Croo.

La Belgique n'a pas eu de contacts avec les talibans qui ont pris le pouvoir en Afghanistan. "Au niveau diplomatique et militaire, tous les contacts ont été pris pour sécuriser au maximum les opérations et pouvoir aider les gens là-bas. Cela a été clairement fait avec nos pays partenaires à qui nous avons pu donner beaucoup d'informations et qui nous ont donné beaucoup d'informations aussi", a souligné le Premier ministre.

Pour ce qui est de l'avenir des relations avec le nouveau régime, celles-ci dépendront des actes posés par les talibans et de la concertation internationale, a rappelé la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès.

"La Belgique n'a pas de relation institutionnalisée avec les talibans. Le type de relations avec le gouvernement à mettre en place est discuté dans les forums internationaux - Conseil européen, Otan, Nations unies. Les négociations sont toujours en cours. En fonction du type de gouvernement qui sera mis en place, de ses actions et non de ses paroles, et ce sur la durée, nous envisagerons de commun accord un maximum de partenaires, et je l'espère les partenaires européens, le type de relation et le statut que nous aurons avec le gouvernement à mettre en place", a-t-elle déclaré.