Sortie du nucléaire: le groupe d'action Dégaze scandalisé par l'approbation du CRM, Nollet évoque une "étape importante de franchie"

Le groupe d'action Dégaze-Tegengas, opposé à la construction de nouvelles centrales à gaz fossile en Belgique, s'est dit vendredi "scandalisé" par le feu vert donné par la Commission européenne au mécanisme de rémunération de capacité (CRM), pierre angulaire du dispositif belge pour réaliser la sortie du nucléaire.

Sortie du nucléaire: le groupe d'action Dégaze scandalisé par l'approbation du CRM, Nollet évoque une "étape importante de franchie"
© JC Guillaume
Belga

"Le groupe de citoyens Dégaze s'étonne que l'Union européenne ait approuvé le mécanisme de subventionnement des centrales à gaz fossile", a indiqué un de ses porte-parole, Simon Lalieu, dans un communiqué.

Selon Dégaze, le CRM proposé ne remplit pas les conditions européennes d'octroi des aides d'État. Le groupe souligne aussi que le régulateur belge de l'énergie, la CREG, a conclu que la fermeture des sept réacteurs nucléaires ne mettrait pas en danger la sécurité d'approvisionnement.

Selon Dégaze, la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Verstager, "aurait dû conclure, sur la base des études de la CREG, qu'il s'agit bien d'une aide d'État illégale".

En outre, le rejet du CRM aurait été une excellente occasion pour l'Europe de donner à la Belgique un coup de pouce dans la bonne direction, en s'éloignant des combustibles fossiles et de l'énergie nucléaire pour se tourner vers les économies d'énergie et l'énergie durable, poursuit le communiqué.

"Un enfant est capable de comprendre que, en période de perturbation climatique, il ne faut pas investir toujours plus d'argent dans ce qui provoque des catastrophes climatiques. Mais au lieu de cela, des centaines de millions de l'argent des contribuables sont dirigés vers les comptes bancaires de grandes entreprises comme Engie-Electrabel. Et cela pour construire des usines à gaz qui sont totalement inutiles", a souligné M. Lalieu.

Une étape importante franchie dans la voie du 100% renouvelable, selon Nollet

L'approbation du Mécanisme de Rémunération de Capacité (CRM) par l'Europe et l'appréciation qu'elle porte sur le système mis en place par le gouvernement De Croo clôt le débat sur l'opposition créée par certains, notamment dans le champ politique, entre ce CRM et le respect des engagements belges en matière de réduction des gaz à effet de serre, estime le co-président d'Ecolo, Jean-Marc Nollet. "Je me réjouis de cette décision. C'est une étape importante franchie dans la route vers 100% d'énergie renouvelable en 2050. C'est à la fois un signal pour les investisseurs, car ils pourront investir dans un cadre sécurisé juridiquement, et envers ceux qui se posaient des questions, pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, sur la compatibilité du CRM avec nos engagements en termes de réduction de gaz à effet de serre. Cette réponse montre que la façon dont le gouvernement actuel a traité ce dossier est la bonne car il va plus loin que ce qui était présenté dans les versions antérieures. Les futures centrales au gaz devront travailler à être entièrement décarbonées", a expliqué M. Nollet à l'Agence Belga.

L'approbation du CRM ouvre la voie à la sortie complète de l'énergie nucléaire en 2025 comme la loi le prévoit. Il faudra toutefois que les investisseurs soient au rendez-vous pour fournir à la Belgique une capacité de production d'énergie suffisante. Les enchères seront lancées cet automne. Au mois de novembre, il s'agira de déterminer si le pays pourra se passer complètement du nucléaire ou si deux centrales (Doel 4 et Tihange 3) ne devront pas être prolongées.

Dans la majorité, le MR, parti de l'ancienne ministre de l'Energie, Marie-Christine Marghem, s'est dit demandeur d'un "vrai débat" sur la prolongation des deux centrales les plus récentes, non seulement en ce qui concerne la sécurité d'approvisionnement du pays et les prix mais également sur l'impact des centrales au gaz sur l'émission de CO2.

Le président des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez, n'a pas varié dans son attitude.

"Contrairement à ce qu'indique Jean-Marc Nollet, le CRM n'apporte aucune réponse à l'augmentation des émissions de CO2 en cas d'arrêt total du nucléaire. C'est la réponse à la question des aides d'Etat. Le réchauffement climatique ne permet pas des choix inconsidérés", a-t-il dit sur Twitter.

Le maintien de deux réacteurs nucléaires au-delà de 2025 permettrait de conserver près de 40% de la production, a-t-il affirmé, avant d'ajouter: "autant de CO2 en moins dans l'atmosphère".