"Un manque total de responsabilité", "Ça ne va pas": opposition et majorité flinguent les projets de Karine Lalieux sur la réforme des pensions

Opposition et majorité ont vivement réagi au contenu de la réforme des pensions avancée vendredi par la ministre Karine Lalieux.

Belga

"On va devoir remettre tout ça sur le métier", met en garde Bouchez

Le MR a vivement critiqué le contenu de la réforme des pensions avancée vendredi par la ministre Karine Lalieux, estimant que le projet devait être remis "sur le métier". "Cette réforme est hors des clous budgétaires et elle ne correspond pas du tout aux objectifs fixés dans la coalition. On va devoir remettre tout ça sur le métier", a commenté le président des réformateurs, Georges-Louis Bouchez.

"On a besoin d'une réforme structurelle. Là on est dans une série de mesures dont il faudrait reparler dans 3 ou 4 ans. Ca ne va pas".

Alors que celui-ci attendait des changements assurant la pérennité du système des pensions ainsi qu'une convergence des statuts et une solution pour les métiers pénibles, le MR juge le projet de la ministre Lalieux est aujourd'hui "bien loin de tout cela".

Outre les critiques sur le fond, M. Bouchez dénonce également la méthode utilisée par la ministre pour communiquer son projet: "Présenter une telle réforme dans la presse, avant-même que les textes se retrouvent sur la table du conseil des ministres, ce n'est pas sérieux", lance le Montois.

"A Karine Lalieux (anciennement échevine à Bruxelles, ndlr), je suis tenté de dire : on n'est plus au collège de la Ville de Bruxelles. Franchement, c'est un dossier "touchy", ce n'est pas la bonne méthode".

A son arrivée rue de la Loi vendredi matin, le ministre des Classes moyennes David Clarinval a estimé de son côté que sa collègue Lalieux avait "oublié qu'il y avait six autres partis au gouvernement".

Devant la presse, M. Clarinval a d'ailleurs qualifié la réforme de sa collègue de simple "note". "Une note qui n'a pas été concertée au gouvernement, ni concertée avec les partenaires sociaux. Une note qui oublie qu'il y a des indépendants. On ne parle pas des fonctionnaires...", a souligné le ministre réformateur pour qui tout ceci n'est "que le début des discussions".

La NVA dénonce "un manque total de sens des responsabilités"

L'opposition N-VA au fédéral a fustigé vendredi la réforme des pensions avancée par la ministre Lalieux, voyant dans celle-ci un "un manque total de sens des responsabilités".

"On veut encore une fois dépenser de l'argent qu'on n'a pas, sans aucune adaptation valable pour rendre la réforme soutenable pour les générations à venir", selon la formation nationaliste. "C'est 'après nous le déluge!'". Pour la N-VA, les propositions sur la table laissent croire qu'on pourra travailler moins pour avoir une plus belle pension.

"Mais ce sont nos enfants et petits enfants qui paieront la facture de la petite fête du PS", estime le parti de Bart De Wever. Pour la N-VA, les réformes menées par le gouvernement Michel I pour maintenir le système des pensions financièrement soutenable sont vidées de leur substance avec le projet avancé par la ministre Lalieux.

Le parti dénonce notamment les nouvelles conditions d'accès fixées pour bénéficier de la pension minimum. "Contrairement à ce qui est nécessaire, le travail effectif n'est pas récompensé par une meilleure pension. C'est une gifle en plein visage pour ceux qui auront contribué pendant des décennies à notre société". La N-VA souligne aussi que le gouvernement table sur un taux d'emploi de 80% pour maintenir le régime des pensions soutenable, mais rien dans le plan n'indique comment ce taux sera relevé. Les nationalistes pointent le fait qu'il est déjà très difficile de pourvoir à de nombreux emplois, alors que le taux d'emploi n'est que de 70% actuellement.

"Le coeur de la réforme du gouvernement Michel reste intact"

L'opposition PTB a elle aussi dénoncé le projet de réforme des pensions avancé par la ministre Karine Lalieux, jugeant que celle-ci ne remettait nullement en cause les réformes adoptées sous le gouvernement Michel. "Malgré les promesses socialistes (d'un retour à 65 ans pour la mise à la pension, ndlr), le coeur de la réforme des pensions du gouvernement Michel reste intact", a commenté vendredi Peter Mertens, leader de la formation marxiste.

Celui-ci déplore la confirmation, pour la plupart des travailleurs, d'une mise à la pension à 67 ans seulement.

Un départ anticipé ne sera possible qu'après 42 ans de carrière seulement, regrette encore le président du PTB qui déplore aussi l'absence de mesures spécifiques pour les métiers pénibles.

Sur Twitter, le député et porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, résume: "Une infirmière comme Emma, qui a 60 ans, 35 ans de carrière et n'en peut plus : avec la proposition réforme pension de @karinelalieux elle devra travailler jusque 65 ans (et demain jusque 67). C'est intenable !".

Une réforme "écrite avec un stylo rouge", dénonce Vincent Van Peteghem

La réforme des pensions proposée par la ministre des Pensions, Karine Lalieux (PS), a été "écrite avec un stylo rouge", mais "nous devons éviter qu'il écrive en rouge", a souligné vendredi le vice-Premier ministre CD&V, Vincent Van Peteghem, sur les ondes de Radio 1. Il faut faire en sorte que le système des pensions en Belgique demeure tourné vers l'avenir et que les citoyens aient la garantie qu'ils pourront continuer à recevoir leur pension. Le plan proposé par Mme Lalieux -dont M. Van Peteghem n'a pas encore vu le texte- lui paraît sympathique mais le ministre CD&V s'interroge sur la soutenabilité financière du système.

La ministre PS souhaite par exemple que le plan soit financé grâce à l'augmentation du taux d'emploi à 80% en 2030, objectif que la Vivaldi s'est fixé dans son accord de gouvernement. C'est un bon principe "mais quelles seront les mesures prises pour y arriver", se demande M. Van Peteghem.

Le fait d'avoir travaillé au moins dix ans pour entrer en ligne de compte pour bénéficier d'une pension minimum relevée à 1.500 euros est une autre des mesures proposées par la ministre. Les chrétiens-démocrates y voient "le coup d'ouverture" de la partie. Dans la détermination du nombre d'années de travail effectif pour bénéficier de la pension minimum, il faut aussi tenir compte avec la situation des femmes et des conjoints aidants, estiment-ils.

La réintroduction du bonus pension est un bon stimulant pour rester plus longtemps au travail, dit encore M. Van Peteghem qui met toutefois en garde sur la payabilité du système.

"Pour améliorer réellement le système des pensions, nous avons besoin de plus que ce qui se trouve aujourd'hui sur la table", a conclu le ministre.

La ministre Petra De Sutter y voit des équilibres

La vice-Première Petra De Sutter (Groen) a réagi de manière mesurée, mais positive, au projet de réforme des pensions avancé par sa collègue Karine Lalieux. Interrogée à son arrivée au comité ministériel restreint ce vendredi, Mme De Sutter a dit y voir des "équilibres", tout avouant ne pas encore vu les détails du plan sur la table.

La ministre écologiste a notamment salué les assouplissements proposés pour l'accès à une pension anticipée. Elle a aussi pointé le bonus de pension envisagé pour ceux qui seraient prêts à travailler plus longtemps.

L'accès à la pension minimum après un seuil de dix années de travail est une bonne chose aussi, a dit Mme De Sutter pour qui l'attention doit être portée aux femmes qui bien souvent travaillent à temps partiel pour éduquer leurs enfants.

"La réforme semble équilibrée. Il faudra négocier sa finançabilité. Il faut d'abord voir les détails et analyser les propositions chiffrées", a conclu la ministre.

La présidente de la commission des Affaires sociales et des Pensions de la Chambre, Marie-Colline Leroy (Ecolo-Groen), a appelé à un débat "posé" dès que les textes seront disponibles. "Sérénité, sérieux, solidité : la réforme pension mérite un débat posé. Dès que les textes sont disponibles, un échange de vues en commission s'impose. Impact sur les femmes, fonds de pension durables, revenu décent minimal pour tout.e.s : ces questions devront être abordées", a-t-elle déclaré sur Twitter.

L'Open Vld veut plus d'ambition pour un système payable

Le président de l'Open Vld, Egbert Lachaert, s'est lui aussi montré très critique sur la proposition de réforme des pensions, en particulier sur la soutenabilité financière du modèle. "Nous estimons qu'il est nécessaire d'avoir beaucoup plus d'ambition pour rendre notre système de pension durable, meilleur et finançable. Cela n'est possible si les gens reçoivent le signal que travailler (plus longtemps) est une nécessité et est récompensé. L'idée selon laquelle contribuer peu de temps et au minimum suffira toujours n'est pas notre modèle", a-t-il expliqué.

"Nous avons besoin d'une réforme équilibrée qui est conforme aux engagements pris dans l'accord de gouvernement et garantit la soutenabilité du système. Il incombe maintenant à tous les partenaires de mener le débat au sein du gouvernement avec des textes et sur la base de chiffres", a-t-il ajouté.

A la fin du mois passé, le président des libéraux flamands s'était déjà montré très sceptique sur le projet que la ministre allait déposer, s'attirant les foudres des socialistes francophones étonnés d'une telle sortie venant du parti du Premier ministre. Il estimait notamment qu'il fallait avoir travaillé effectivement au moins 20 ans dans une carrière de 30 ans pour bénéficier de la pension minimale revalorisée.

"Des avancées, mais insuffisantes", juge le cdH

L'opposition centriste a quant à elle pointé des "avancées" dans le projet de réforme des pensions, jugeant néanmoins celles-ci encore "insuffisantes" pour parvenir à une harmonisation des statuts entre salariés, employés et indépendants. Sur Twitter, le président du cdH Maximé Prévot estime aussi que le plan actuel ne valorise pas suffisamment le travail parental et non-marchand, et qu'il n'assure pas un régime plus égalitaire pour les femmes.

Constatant les divisions profondes au sein de la majorité fédérale sur ce dossier vendredi, M. Prévot appelle les partis au pouvoir à "arrêter les bagarres" au sein de la Vivaldi.

La CSC satisfaite qu'on "quitte une logique de sanctions qui ne fonctionne pas"

"C'est important pour nous que l'on quitte une logique de sanctions qui ne fonctionne pas", a quant à elle brièvement réagi la secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska. "L'enjeu de cette réforme des pensions c'est d'amener de la stabilité, de la clarté, ... après beaucoup d'années d'incertitudes", a-t-elle estimé.

Si le syndicat chrétien voit des éléments positifs, notamment la possibilité de mieux combiner les fins de carrière et la vie privée mais surtout la fin "d'une logique de sanctions qui ne fonctionne pas", il rappelle que "beaucoup de questions restent ouvertes".

Plusieurs dossiers seraient amenés sur la table de la concertation sociale, comme la généralisation de la pension complémentaire ou encore la question de l'égalité hommes-femmes face aux pensions. "On espère que les règles qui seront fixées par le gouvernement permettront un débat serein", a-t-elle conclu.

"Le projet ne tient pas compte des réalités", estime la FEB

La Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) a elle estimé que le projet de réforme des pensions ne tient pas compte des réalités. "Il semble qu'une fois encore, on ait privilégié le court terme en reportant la facture - et donc les responsabilités - sur la jeune génération et celles qui lui succèderont", déplore-t-elle. Tout n'est pas à jeter pour la FEB, qui relève par exemple la pension partielle ou encore le bonus de pension, ainsi que le statu quo fiscal sur les pensions complémentaires. Cependant, l'organisation patronale juge que "la mise en oeuvre de ces idées est inadéquate".

Premièrement, elle estime que l'aspect "coût du changement" n'a pas été pris en compte dans les propositions de la ministre. "Au contraire, la réforme génère essentiellement des coûts supplémentaires" affirme-t-elle, arguant qu'on ne tient pas assez compte du vieillissement prononcé de la population qui fera bondir la part de PIB dévolue aux pensions (de 11,5% aujourd'hui à 14% en 2050).

La FEB pointe également que si "l'âge de la retraite n'est pas formellement baissé", il est "érodé en parlant de 42 ans de travail". Elle s'interroge donc sur la question des périodes assimilées et l'absence de lien avec l'augmentation de l'espérance de vie.

"Bref, tout est fait comme si l'équité était synonyme de plus de droits pour moins de travail. Or un régime équitable est un régime qui respecte les équilibres au sein des générations et entre les générations", argumente la FEB. "Dans cet esprit, les régimes de pension devraient être progressivement harmonisés, le bonus pension devrait être accompagné d'un malus pension pour tenir compte du nombre d'années pendant lesquelles un travailleur jouit d'une pension, la pension partielle devrait venir en remplacement des dispositifs de crédit-temps de fin de carrière qui poursuivent le même objectif et les périodes assimilées devraient être revues pour faire en sorte que le travail génère toujours plus de droit de pensions que le non-travail."

Pour son administrateur délégué, Pieter Timmermans, "la réforme des pensions doit permettre de garantir une pension adéquate et équitable en tenant compte du contexte économique et démographique de la Belgique". "Il va de soi qu'une telle réforme devra être couplée à un volet emploi pour faire en sorte de relever le taux d'emploi (des jeunes et des seniors) et de remettre en équilibre le rapport cotisants et pensionnés." Il se dit ouvert "à un débat de fond et sur base de données précises pour préserver la soutenabilité financière de notre système de pensions."

Rousseau: "Cela n'aide pas de crier depuis le banc de touche"

Le président de Vooruit, Conner Rousseau, a appelé vendredi à mener le débat sur la réforme des pensions au sein du gouvernement alors que les présidents du MR et de l'Open Vld se sont montrés très critiques sur le projet de la ministre Karine Lalieux (PS).

Le président des socialistes flamands ne veut pas se prononcer pour l'instant sur le fond du projet mais rappelle le contenu de l'accord de gouvernement à ses partenaires de majorité.

"Nos revendications les plus importantes sont reprises dans l'accord de gouvernement et seront réalisées: le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros et la réintroduction du bonus pension pour ceux qui travaillent plus longtemps qu'une carrière complète. Nous faisons ainsi en sorte que le travail soit récompensé", a-t-il déclaré.

"Cela n'aidera pas de crier depuis le banc de touche. Si nous voulons vraiment faire bouger les choses, nous devons faire notre travail au sein du gouvernement, comme des gens sérieux", a-t-il ajouté.

La FGTB modérément enthousiaste

Le syndicat socialiste se montre modérément enthousiaste vendredi après la présentation faite dans la presse du projet de réforme des pensions de la ministre Karine Lalieux. "Certains éléments sur la table sont positifs", souligne-t-il, mais les réactions politiques laissent entrevoir de vives discussions au sein de la Vivaldi, de sorte qu'il est difficile pour l'instant d'être "hyper enthousiaste ou négatif".

Parmi les éléments avancés par la ministre, la FGTB se réjouit du retour du bonus pension, de la condition unique de carrière de 42 ans et non plus complètement liée à l'âge ainsi que du nouveau mode de calcul pour la pension minimum.

Un autre bon point, c'est qu'on "sort de la logique 'répressive', alors qu'avec le ministre précédent les pensionnées et pensionnés étaient perçus comme une variable d'ajustement", estime la secrétaire fédérale Selena Carbonero.

L'absence de prise en compte de la pénibilité reste cependant un écueil important.

Comme ses homologues chrétien et libéral, le syndicat socialiste, bien que vigilant, espère désormais qu'une "vraie concertation sociale" sera possible pour mener des "débats sereins" sur les pensions, et la qualité de vie des personnes pensionnées.

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