François Gemenne: "Empêcher les migrations, c'est une tâche vouée à l'échec dès le départ"

Le changement climatique va influencer les migrations futures. La crise afghane va inévitablement, elle aussi, avoir des conséquences migratoires. Et en Belgique, les récentes inondations vont imposer des déplacements de populations et des réflexions sur l'aménagement du territoire. On en discute dans Il faut qu'on parle avec François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement et professeur à Sciences Po Paris et Grenoble.

En Belgique débute une commission d'enquête sur les inondations qui ont ravagé notre pays et, pour François Gemenne, c'est une "excellente chose". "Pendant très longtemps, on a considéré que les impacts du réchauffement climatique concernaient surtout les autres. On regardait ce réchauffement, comme on a regardé le virus au début de la crise sanitaire. Pensant que ça n'allait pas venir jusqu'ici. Il y a un déclic avec ces inondations, mais aussi avec toutes les récentes catastrophes climatiques."


"C'est trop tard pour éviter la catastrophe, elle est déjà là", insiste le chercheur. "On peut, par contre, limiter le nombre de tonneaux que va faire la voiture. Je ne veux pas être défaitiste. Mais on ne va pas échapper aux conséquences de ce réchauffement, on peut les limiter." Comment ? "En termes d'aménagement du territoire, il faut arrêter la bétonisation et l'expansion urbaine. Ce sont, parmi d'autres, des facteurs des inondations. Il faut aussi repenser les zones inondables."

François Gemenne est aussi l'un des auteurs du dernier rapport alarmant du GIEC, qui pointe notamment les mouvements de populations entraînés par l'évolution du monde. Pour le professeur, ces mouvements sont inévitables. Les fermetures des frontières n'y changeront rien. "Empêcher les migrations, c'est une tâche vouée à l'échec dès le départ", insiste François Gemenne.

Au niveau de l'Europe, la crise afghane démontre que les politiques ne vont pas tous dans le sens de notre invité. Peut-on parler d'une crise de l'accueil ? "C'est la tonalité qu'on perçoit si on écoute les leaders européens, en effet. On voit ces mouvements de demandeurs d'asile comme une menace, alors que ce sont eux qui sont en danger."