La porte claquée par la N-VA, les mots durs d'Alexander De Croo: retour sur un discours de politique générale agité

Le Premier ministre a prononcé son discours de politique générale dans une ambiance agitée.

La porte claquée par la N-VA, les mots durs d'Alexander De Croo: retour sur un discours de politique générale agité
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Les membres du gouvernement fédéral ont bataillé jusqu'au petit matin pour parvenir à un accord budgétaire. Le texte, présenté à la presse ce mardi 12 octobre à 11h, a suscité quelques tensions, mais a finalement été approuvé par l'ensemble de la Vivaldi en matinée. De quoi permettre à Alexander De Croo de venir s'exprimer face à la Chambre ce mardi pour le traditionnel discours de politique générale. Il a présenté les priorités budgétaires et les grandes lignes de la politique du gouvernement fédéral. Mais, dès le début de la séance plénière, le ton est monté.


La N-VA quitte la séance

"Ce mardi 12 octobre devrait être un moment clé de la démocratie parlementaire: ce ne sera malheureusement pas le cas. Tout d'abord, près de la moitié de nos collègues ne pourront pas être parmi nous en raison des mesures sanitaires", a tout d'abord fustigé Peter De Roover (N-VA). "(...) Ensuite, Monsieur le Premier ministre, vous devriez nous surprendre avec votre intervention, ce ne sera pas le cas, car vous avez déjà tenu une conférence de presse avant votre prise de parole à la Chambre. C'est du jamais-vu ! C'est le symbole du mépris de ce gouvernement pour le Parlement. C'est la raison pour laquelle la N-VA quittera l'hémicycle, nous ne nous rendrons pas complices."

Le Premier ministre a estimé que le raisonnement de la N-VA était "curieux". "Ils pourront avoir toutes les explications qu'ils souhaitent, aucun journaliste n'a eu accès aux informations et aux tableaux budgétaires que nous fournissons à la Chambre", a réagi M. De Croo, demandant que tous ces documents soient remis à l'ensemble des députés.

Les règles sanitaires ont également été rappelées, indiquant que les débats étaient retransmis de façon à ce que tous les députés fédéraux puissent assister au discours de politique générale depuis l'une des salles de la Chambre.

"La Belgique, plaque tournante pour la production de vaccins"

Alexander De Croo a commencé son discours avec un petit tacle aux nationalistes flamands. "Laissez-moi tout d'abord évoquer la démocratie. Le respect est pour moi une valeur très importante de la démocratie. Fuir, se détourner, c'est véritablement le pire que l'on puisse connaître en démocratie et ce spectacle ne nous a pas été épargné", a débuté M. De Croo.

"Il y a un an, notre pays était à la veille de la deuxième vague", a-t-il continué. "Grâce à la vaccination, le plus dur est derrière nous. (...) Cette période fut particulièrement difficile sur le plan mental et tout particulièrement pour les jeunes. Il faut rendre l'accès aux soins psychologiques plus accessibles. C'est pourquoi nous avons dégagé du budget pour cela."

Le Premier ministre a également estimé que la Belgique devait rester la "plaque tournante pour la production de vaccins". "C'est la raison pour laquelle nous voulons renouveler notre alliance avec les entreprises pharmaceutiques. Nous prévoyons d'acheter des vaccins pour une possible troisième dose."

Alexander De Croo a également rappelé que la Belgique déployait des efforts importants dans le cadre de l'initiative Covax, pour les pays les plus pauvres. "Le coronavirus ne s'arrête pas aux frontières", a-t-il mis en garde. Il a par ailleurs salué l'élan de solidarité qui est né durant la crise sanitaire.

"La vague d'investissements la plus importante de ces dernières années"

Malgré les bons chiffres en termes d'emploi, le libéral flamand a appelé à la vigilance. "La hausse des prix de l'énergie risque de poser des difficultés", a-t-il mis en garde. "Le moment est venu pour des réformes et de l'ambition. Nous avons dans notre pays tant de talents, tant d'atouts. Nous devons oser investir dans les pôles de croissance. Il faut avancer progressivement dans des dossiers qui sont trop longtemps restés coincés."

Revenant sur les incapacités de travail, point important de l'accord budgétaire, le Premier ministre s'est félicité d'avoir pour la première fois "responsabilisé tout le monde". Il a également insisté sur la nécessité de davantage de fluidité entre régions sur le marché du travail. "La frontière linguistique ne peut pas se transformer en frontière professionnelle", a expliqué M. De Croo. "(...) Nous demandons aux partenaires sociaux également d'ancrer le télétravail."

Pour résumer, le libéral flamand a ajouté que le gouvernement optait, au niveau des réformes du marché du travail, pour une approche totale qui impliquait la participation du plus grand nombre de citoyens possible. "Avoir un emploi, c'est aussi une forme de solidarité car les travailleurs contribuent collectivement à renforcer notre système social. (...) Nous prévoyons la vague d'investissements la plus importante de ces dernières années."

"Une affaire de vie ou de mort"

Alexander De Croo a ensuite abordé les inondations qui sont survenues dans notre pays, cet été. "2021 a été l'année où la crise climatique a frappé de plein fouet notre pays. La Belgique a été en état de choc. Face à la brutalité des éléments, nous nous sommes sentis tellement petits. Nous restons solidaires envers les communes touchées, nous renforçons nos cellules de crise et nous soutenons la Région wallonne dans sa reconstruction. Mais notre solidarité ne doit pas se limiter aux victimes actuelles du climat. La véritable solidarité est tournée vers l'avenir et s'attaque aux nœuds du problème. C'est véritablement une affaire de vie ou de mort. Nous ne pouvons pas baisser les bras, la crise climatique a été engendrée par l'homme, il appartient donc à l'homme de trouver des solutions. (...) Notre pays est aujourd'hui une référence à l'international au niveau de la production d'énergie éolienne en mer. Nous allons poursuivre ces investissements afin que l'ensemble des ménages de notre pays puissent en profiter."

Autre source d'inquiétude actuelle: la hausse des prix de l'énergie. Comme nous vous l'indiquions ce mardi matin, le gouvernement a décidé d'accorder aux bénéficiaires du tarif social un montant supplémentaire de 80 euros. "A partir du 1er janvier 2022, nous introduirons une norme énergétique, afin de mieux maîtriser les augmentations. Il s'agit de la plus grande réforme en termes d'énergie de ces dix dernières années."

"La sécurité reste notre priorité absolue"

Revenant sur l'affaire Conings, le libéral flamand a reconnu que "les renseignements militaires avaient connu une zone de turbulence". "Ce qu'il faut aujourd'hui c'est tirer les leçons de ces événements. (...) La sécurité reste notre priorité absolue. Elle commence par le respect pour les policiers. Que les choses soient claires: nous n'accepterons jamais la violence envers ces policiers", a continué Alexander De Croo, annonçant de nouveaux recrutements. "Nous allons également renforcer la lutte contre les violences sexuelles avec l'ouverture de quatre nouveaux centres. (...) Nous allons faire exécuter les peines. (...) Il n'existe qu'une bonne façon d'atteindre les criminels là où ça fait mal: en frappant au portefeuille."

"Nous ne pouvons pas transiger à ce sujet"

Enfin, le dernier point abordé par le Premier ministre concernait l'Union européenne. "Trop longtemps nous avons considéré l'Europe comme une évidence. Or c'est un projet qui mérite une attention quotidienne. Quand on voit ce qui se passe en Hongrie, c'est tout simplement inacceptable au sein de notre Union, il ne s'agit pas d'un différend politique. Il s'agit ici de la violation de droits fondamentaux, qui devraient être défendus par toutes et tous, de la gauche à la droite. Au sein de l'Union européenne, nous ne pouvons pas transiger à ce sujet."

Avant de demander la confiance de la Chambre, Alexander De Croo a tenu à souligner les bénéfices que présente son gouvernement réunissant sept partis. "La diversité des voix est porteuse. Les débats et leurs résultats n'en sont que meilleurs", a-t-il conclu, en réponse à certaines critiques émises ces derniers jours au sujet de la cacophonie des négociations budgétaires.

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