"Je ne répondrai pas à votre réquisitoire": le ton monte en commission sur les inondations entre plusieurs députés et Hervé Jamar

Après une série d'auditions techniques plutôt paisibles, le ton est monté, ce vendredi matin, en commission d'enquête parlementaire sur les inondations.

"Je ne répondrai pas à votre réquisitoire": le ton monte en commission sur les inondations entre plusieurs députés et Hervé Jamar
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Rédaction avec Belga

Sur le grill: Hervé Jamar, le gouverneur de la province de Liège, pointé du doigt par plusieurs députés pour avoir laissé, dans un premier temps, la gestion de la crise à sa remplaçante, Catherine Delcourt.

"Tout le monde a fait le maximum avec les moyens disponibles. Je ne vois pas de faille. Il peut peut-être y avoir eu des erreurs légères, comme envoyer l'armée dans un village plutôt que dans un autre. Mais je ne vois pas de faute d'organisation, de gestion ou d'appréciation dans le chef de mes services", a affirmé le gouverneur de la province de Liège, Hervé Jamar, vendredi, lors de son audition - fort attendue - devant la commission d'enquête parlementaire sur les inondations. Et si des fautes devaient malgré tout avoir été commises, "je les assume personnellement, même si je n'étais pas physiquement présent" durant les premiers jours, a-t-il ajouté.

Au début de la séquence qui a conduit à la catastrophe de la mi-juillet, Hervé Jamar est en vacances en Ardèche. Le matin du 15 juillet, il revient au palais provincial mais c'est sa remplaçante, Catherine Delcourt, qui continue à gérer la crise. Cette dernière sera auditionnée ce vendredi après-midi.

"J'ai évidemment eu des coups de fil avec Catherine Delcourt. Moi j'étais 'en congé', entre guillemets, et elle, elle gérait les réunions depuis la nuit du 13 au 14 juillet... Il ne nous a pas fallu deux minutes pour comprendre qu'il valait mieux qu'elle continue la gestion opérationnelle de la cellule de crise provinciale, vu le nombre de réunions, alors que moi-même je revenais et je me mettais 'à son service'. C'est peut-être les rôles à l'envers, mais je crois que nous avons pris la bonne décision" pour ne pas perdre de temps, a souligné Hervé Jamar.

C'est dans ce contexte que ce dernier avait indiqué, dans un entretien au Soir, avoir été "gouverneur bénévole", ce qui avait fait couler beaucoup d'encre et que n'ont pas manqué de lui rappeler, ce vendredi, plusieurs parlementaires. "Ce que j'ai voulu dire, sans doute de manière maladroite, c'est que je suis venu en appui de l'équipe. On a travaillé ainsi, en parfaite collaboration, jusqu'au 19 juillet puis on a officiellement ré-inversé les rôles", s'est défendu le gouverneur.

"Nous n'étions pas trop de deux gouverneurs sur place pour pouvoir faire face aux opérations... Je ne veux pas que l'on puisse sous-entendre que le fait de ne pas avoir repris mes fonctions d'emblée aurait pu prêter à conséquence", a-t-il poursuivi sans pour autant convaincre les membres de la commission.

"Pas ici en tant que prévenu"

La tension est montée d'un cran lorsqu'il a été interpellé par plusieurs députés. "Je suis ici, devant vous, en tant que témoin; pas en tant que prévenu. Je ne répondrai pas à votre réquisitoire", a ainsi sèchement rétorqué le gouverneur au député cdH François Desquesnes qui lui reprochait, outre ses "réponses confuses", de ne pas avoir repris les rênes de la gestion de crise dès son retour de vacances.

"J'entends vos reproches. Je veux bien être dans l'abstrait, l'intellectuel, la responsabilisation, le judiciaire, le réquisitoire,... Je veux bien que l'on ergote mais je suis parfaitement clair en termes de responsabilité personnelle sur cette décision. On était le nez dans le guidon; on a continué à gérer dans la continuité. Est-ce que j'aurais dû reprendre les commandes dès le 15 au matin au détriment des sinistrés?", a ajouté Hervé Jamar.

"Le capitaine est sur le terrain mais ne reprend pas en main le bateau. Je ne comprends pas", a ainsi dit André Frédéric (PS). "Ou vous êtes présent et vous prenez vos responsabilités; ou vous n'êtes pas là. Je ne comprends pas pourquoi vous n'avez pas repris le gouvernail", a enchaîné François Desquesnes (cdH).

"Si j'avais repris mes fonctions directement, on aurait perdu deux ou trois heures, ce qui, j'en suis convaincu et je ne changerai pas d'avis, aurait été préjudiciable pour les sinistrés", leur a notamment répondu Hervé Jamar.

"Je ne peux pas entendre que des gens sont morts parce que des mails ont été envoyés aux mauvaises adresses ou sont tombés dans les spams", avait aussi remarqué le député PTB Julien Liradelfo. "On ne peut pas reprocher aux communes de ne pas avoir lu leurs mails le 14 juillet alors que certaines d'entre elles étaient déjà sous eau", s'était pour sa part agacé André Frédéric (PS).

Le gouverneur de Liège est enfin revenu sur l'instruction judiciaire actuellement en cours. "Les auditions ont débuté. Ce n'est pas évident pour les personnes qui ont travaillé plusieurs jours de suite" et qui reçoivent aujourd'hui "une convocation qui leur dit qu'elles sont suspectes dans une enquête d'homicide involontaire".