"La revanche de Vandenbroucke", "Un revirement qui pose question", "Eviter un scénario évoqué dans d'autres pays": les médias belges reviennent sur les décisions du Codeco

La presse francophone et néerlandophone salue les décisions du Comité de concertation de ce mardi 26 octobre. Les médias soulignent tout de même le coup porté au gouvernement de Jan Jambon et au ministre-président flamand en particulier.

"Il est important de reprendre certaines mesures qu'on a abandonnées un peu trop vite", a rétorqué le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet (MR), ce mardi 26 octobre en marge du Comité de concertation. En effet, après 2h30 de discussions, les autorités ont décidé de resserrer la vis pour endiguer la hausse des contaminations qui touche la Belgique depuis plusieurs jours. L'utilisation du Covid Safe Ticket s'étendra ainsi à l'entièreté du pays et l'obligation du port du masque fera son retour en Flandre. Au lendemain de ces annonces, tous les regards se tournent vers le nord du pays, dont le gouvernement s'était farouchement opposé à ce "retour en arrière". Revue de presse.


"La Flandre se pensait détentrice d'un collier d'immunité"

Dans son édito, La Libre regrette que "tel un vilain virus, le communautarisme se faufile vraiment partout". Notre quotidien fustige ainsi l'entêtement du bourgmestre d'Anvers, qui a répété à la veille du Codeco que le problème venait de Bruxelles et de Wallonie . "Au lieu d'admettre que la Flandre s'est précipitée et doit faire marche arrière dans sa politique de relâchement, il pointe du doigt l'autre", souligne La Libre. "(...) Espérons que chacun finisse par comprendre que le Covid est là pour rester, alors autant en tirer les bonnes conclusions et ne pas céder aux arguments qui politisent tout et n'importe quoi…"

La Dernière Heure compare la réunion de ce mardi à un épisode de la célèbre émission de survie de TF1, Koh-Lanta. "La Flandre se pensait détentrice d'un collier d'immunité, trouvé à l'ombre du rocher de ses excellents chiffres de vaccination. Elle a vu sa flamme s'éteindre, contrainte à la réunification avec les francophones", constate avec ironie le journal francophone .



"L'escapade n'aura pas duré longtemps: la Flandre doit arrêter de faire 'virus buissonier'", écrit Le Soir . "Le nord du pays n'est pas rattrapé par la politique politicienne mais par la réalité scientifique, géographique mais aussi le bon sens des gens et le souhait de secteurs économiques." Pour le quotidien, l'exécutif flamand (et plus particulièrement la N-VA) a dû se plier aux appels venant de différents secteurs craignant une fermeture, si le pass sanitaire n'entrait pas en vigueur. Le Soir salue les décisions prises par le Codeco qui "ne dramatise pas exagérément la situation" et qui "agit à temps". "La mauvaise nouvelle de la longévité de cette pandémie est qu'on n'en est pas encore débarrassé, mais la bonne est que nous profitons de l'apprentissage accumulé", ajoute-t-il.

"La revanche de De Croo"

De son côté, la RTBF parle d'un "Codeco pour la Flandre" , assimilant les annonces de ce mardi à une "revanche d'Alexander De Croo et de Frank Vandenbroucke". "Le fédéral reprend la main, face à la dégradation de la situation. Ce qui n'aurait dû être qu'un ajustement sanitaire est un bras de fer politique", souligne la chaîne d'informations publique. Jan Jambon s'est vanté en marge du Comité de concertation d'avoir tenu tête au ministre de la Santé, qui voulait des règles plus strictes au niveau du Covid Safe Ticket. Mais selon la RTBF, "personne n'est dupe" face à la "petite victoire" du ministre-président flamand. "C'est bien une machine arrière pour le gouvernement flamand et en particulier la N-VA", conclut le média.

"La Flandre trinque aussi", titre l'Avenir. Si le retour à une certaine cohérence est à souligner pour le quotidien, il "pose également question". "Comment la Flandre a-t-elle pu être contrainte aussi facilement à reprendre de telles mesures? Leurs responsables politiques avaient en effet profité d'une campagne de vaccination rondement menée pour alléger drastiquement les mesures anti-Covid, en évitant d'élargir le CST tandis que le port du masque avait disparu quasi complètement de la circulation depuis le 1er octobre", continue l'Avenir, qui se demande également si les chiffres expliquent à eux seuls "ce revirement de la Flandre".

"Eviter au moins ce scénario"

De l'autre côté de la frontière linguistique, le ton est assez semblable et le tour de vis est accueilli plutôt favorablement. "Un pass sanitaire n'est pas une partie de plaisir pour ceux qui ont déjà fait l'effort de se faire vacciner, mais fermer à nouveau les cafés ou limiter la fréquentation des magasins l'est encore moins", rappelle De Morgen. Estimant que le "Covid Safe Ticket ne porte pas bien son nom", le quotidien flamand constate qu'il a un effet favorable sur les taux de vaccination à l'étranger et espère qu'il en sera de même chez nous. "D'autres pays débattent déjà de la possibilité de confiner uniquement les personnes non-vaccinées", met en garde le quotidien flamand. "Le pass sanitaire pourra peut-être aider à éviter au moins ce scénario."

Het Nieuwsblad parle d'un "nouveau coup dur pour le gouvernement flamand, la N-VA et Jan Jambon". L'exécutif flamand avait ainsi refusé jusqu'à la veille du Codeco que soit mis en place un Covid Safe Ticket au nord du pays. Et pourtant, il entrera bel et bien en vigueur à la date du 1er novembre. "Seul l'avenir nous dira si ce pass sanitaire changera réellement la donne", estime toutefois le média. "La principale conséquence semble être que les personnes non-vaccinées de l'autre côté de la frontière (linguistique) ne viendront plus en Flandre pour leur plaisir."

"Ne nous en plaignons pas"

"On ne peut que se féliciter de la décision du Comité de concertation d'introduire le Covid Safe Ticket dans les restaurants et les salles de fitness (entre autres) à partir du 1er novembre", affirme Het Gazet van Antwerpen, soulignant que la mesure a fonctionné à Bruxelles. Le journal voit également d'un bon oeil la réinstauration de l'obligation du port du masque au nord du pays. "Ces deux mesures sont un petit prix à payer pour garder la société ouverte et les soins de santé gérables. Ne nous en plaignons donc pas", conclut-il.

De Standaard précise, quant à lui, que s'il n'y a aucune raison de paniquer, il y a tout de même lieu de s'inquiéter face aux chiffres épidémiologiques. C'est pourquoi le média juge les mesures supplémentaires, actées par les autorités ce mardi, "indispensables". Il se montre ainsi favorable à l'harmonisation des règles sanitaires sur tout le pays, estimant que chaque brèche peut être une aubaine pour les variants du coronavirus. "L'extension du Covid Safe Ticket a certainement été difficile en Flandre", termine le quotidien. "(...) Ce n'est pas agréable. Mais c'est temporaire. Et cela empêche le pire."

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