Damien Ernst sur la sortie du nucléaire en 2025: "On est en train de sauter de l’avion, sans parachute"

Ce vendredi matin, Maxime Binet recevait Damien Ernst, ingénieur informaticien à la Faculté des Sciences appliquées de L’ULiège. Il est connu pour ses recherches dans le domaine de l’intelligence artificielle et du "Global Grid", la mise en place d’un réseau électrique mondial.

Nucléaire, stop ou encore? C'est la grande question débattue ce vendredi matin dans "Il faut qu'on parle". On fait le point sur les éléments principaux.

1. Sortie du nucléaire: la position de Damien Ernst

La position de Damien Ernst est claire: une sortie du nucléaire en 2025 n’est pas raisonnable.

"Quand on fait une sortie du nucléaire aussi rapide, je ne pense pas que ce soit raisonné ou raisonnable. La Belgique, c’est 400 terawatt-heure de consommation énergétique. Les renouvelables représentent 20 terawatt-heure, le nucléaire 40. Imaginez le chemin qu’il reste à parcourir si on sort du nucléaire. Alors que fait-on? On importe de l’énergie verte de l’étranger? Sous quelles formes? Comment? On est en train de contraindre toute une société énergétiquement et cela ne va pas très bien se passer. On va connaître une augmentation des prix, des fermetures d’entreprises et moins de facilités à financer notre système de sécurité sociale. C’est cela que je n’aime pas du tout derrière cette sortie."

2. Sortie du nucléaire: combien cela va coûter au Belge?

"Cela va coûter entre 300 et 400 millions d’euros par an aux Belges. Juste pour assurer notre capacité d’approvisionnement. C’est donc encore alourdir la facture du citoyen. Pour certains, payer 30 ou 40 euros par an en plus, ça devient beaucoup."


3. Sortie du nucléaire: risque-t-on un black-out?

"Si l’on sort du nucléaire, on va passer de 6 gigawatt-heure de nucléaire à 2.3 gigawatt-heure de gaz avec les centrales au gaz. Cela me semble assez juste. On compte sur un gigawatt d’import qui devrait être disponible à tout moment. Il y a donc un risque. Et puis, on ne sait toujours pas si on va parvenir à construire ces centrales au gaz dans les temps. Elles n’ont pas toutes un permis et nous sommes dans une période d’inflation liée à des carences de matériaux dans des chaînes d’approvisionnement. Cela retarde donc tous les chantiers. On est en train de sauter de l’avion, sans parachute. Et on est en train de coudre le parachute dans la descente. Je trouve que c’est très risqué."

4. Le nucléaire comporte-t-il des risques environnementaux?

"Il y a eu un rapport d'une qualité extraordinaire du JRC (NDLR: Joint Research Centre). Il n'y a aucune preuve scientifique pour dire que le nucléaire représente un danger plus grand pour l'environnement que le renouvelable. À un moment donné, basons-nous sur cette pièce scientifique d'exception."


Et le risque de cyberattaque et de catastrophe dans tout cela?

"Une cyberattaque sur un site nucléaire... Il n’y a déjà pas de connexion Internet avec le monde extérieur. Pour le reste, le risque zéro n’existe pas, mais des plans de secours existent depuis la création des centrales nucléaires. Il y a beaucoup plus de chances d’avoir un nouvel incident de type Covid dans une usine chimique que d’une catastrophe nucléaire."

Les cartons de l'invité

Son carton rouge est attribué pour Ecolo. "Je ne comprends pas comment ils peuvent s'obstiner à aller contre le nucléaire. En pleine crise du gaz, en pleine crise climatique et sans aucune certitude que les centrales au gaz seront disponibles en 2025. J'ai l'impression qu'on est dans un délire de décroissance, de l'écologie de la sobriété. Cela fait des dizaines d'années qu'on a des écologistes anti-nucléaires qui empoisonnent le débat énergétique, qui vont précariser tout un pays, et qui accentuent le réchauffement climatique."

Pour son carton vert, il le donne à Georges-Louis Bouchez et au MR. "Parce que je le trouve très courageux. C'est le seul homme politique que je vois s'opposer ouvertement à la fermeture de nos centrales nucléaires. Le MR a compris la relation qui existe entre énergie et société. À partir du moment où vous exercez trop de carences énergétiques sur une société, vous l'obligez à être beaucoup plus sobre énergétiquement. Conséquence: la société ne fonctionne pas bien."