L'ambassadeur de Belgique à Varsovie convoqué par la Pologne après un discours d'Alexander De Croo

Le gouvernement n’a pas apprécié les critiques sur l’état de droit qui lui ont été adressées par le Premier ministre De Croo.

L'ambassadeur de Belgique à Varsovie convoqué par la Pologne après un discours d'Alexander De Croo
©Jean Luc Flemal
OleB

Interrogé, le cabinet du Premier ministre y voit la signification que le message du discours "a été entendu" à Varsovie. Ce discours a d'ailleurs eu "énormément de retombées", se félicitait la chancellerie, précisant qu'il a déjà été vu plus de 300.000 fois sur les médias sociaux.

Le gouvernement polonais n’a pas apprécié les très vives critiques qui lui ont été adressées mercredi par le Premier ministre belge, Alexander De Croo (Open VLD). Il a convoqué ce vendredi l’ambassadeur belge en Pologne, Luc Jacobs, pour le lui faire savoir.

Dans un discours prononcé à l'occasion de l'ouverture de l'année académique du Collège d'Europe, à Bruges, M. De Croo a visé ceux "qui, en Europe, veulent installer des démocraties illibérales". Il a notamment fustigé les actions entreprises pour miner l'indépendance de la justice et qualifié d'"inacceptables" les récentes attaques contre la Cour de justice de l'UE.

Le Belge n'a pas cité la Pologne, mais l'allusion était limpide. Surtout qu'il a mis en garde "ceux qui accordent des interviews incendiaires dans le Financial Times", après que son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, a menacé de mettre son veto à des projets européens si l'UE déclenchait "la Troisième Guerre mondiale" en bloquant les fonds européens destinés à la Pologne. Ceux attribués dans le cadre du plan de relance européen sont bloqués de fait, la Commission européenne n'ayant pas encore approuvé le plan polonais de réformes et d'investissements, étape préalable à la libération de 13 % du montant total de 36 milliards d'euros réservés à Varsovie.

L'entourage du Premier ministre De Croo n'a pas fait de commentaire sur l'entretien que l'ambassadeur Jacos a eu vendredi après-midi avec les autorités polonaises mais a indiqué que cette convocation était le signe que " le message était bien arrivé à Varsovie". La Belgique est, avec les Pays-Bas et le Luxembourg, un des États membres qui plaident pour que l'Union adopte une attitude ferme envers les pays, dont la Pologne, qui s'affranchissent des règles de l'état de droit. À l'inverse, l'Allemagne, surtout, et la France insistent sur la nécessité de régler les problèmes et différends plutôt que d'imposer des sanctions judiciaires et financières.

La Cour de justice de l’UE a condamné la Pologne à une astreinte de 1 million d’euros par jour pour son refus de respecter l’ordonnance lui enjoignant de suspendre la Chambre disciplinaire de la Cour suprême. En septembre, les juges de Luxembourg avaient déjà condamné la Pologne à une astreinte de 500 000 euros par jour pour n’avoir pas suspendu les activités d’une mine de lignite à ciel ouvert, en contravention avec les règles environnementales européennes.

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