"Les signaux d’alarme sont au rouge" mais le Comité de concertation n’a pas sorti l’artillerie lourde

"Le Comité de concertation a fait le choix de la prudence maximale. Prévenir et protéger, et non fermer”, a déclaré le Premier ministre (Open VLD) au cours d’une conférence de presse suivant le Codeco, dont il a justifié les choix par la hausse inquiétante des hospitalisations. Les politiques ont décidé de rendre le télétravail obligatoire quatre jours par semaine jusqu’au 12 décembre, puis trois jours par semaine. Retour sur les dernières mesures prises face au virus.

Les premières minutes d'un Comité de concertation donnent souvent le ton du reste de la réunion. Mercredi après-midi, au Palais d'Egmont, Frank Vandenbroucke (Vooruit) jette un coup de froid en égrainant les derniers chiffres des contaminations (19 306 le 15 novembre) et des hospitalisations (306 en 24 heures). La situation sanitaire a viré au rouge et la Belgique figure parmi les mauvais élèves européens. "Ce que nous avons décidé, c'est un minimum", a souligné le ministre de la Santé en conférence de presse.

Ces derniers jours, les experts du Gems ont préconisé des mesures strictes, comme une fermeture du monde de la nuit, tandis que le PS est monté au front pour réclamer la vaccination obligatoire pour tous. Les mesures dont a accouché le Comité de concertation constituent une version allégée des recommandations des experts. Certains parleront d’un service minimum, alors que plusieurs pays voisins, comme les Pays-Bas, appliquent des mesures plus drastiques. D’autres se féliciteront d’un gouvernement qui se bat pour ne pas fermer les secteurs. L’évolution de la courbe épidémiologique nous dira si le gouvernement a bien agi. Plusieurs mesures ont été annoncées par Alexander De Croo (Open VLD). Elles entreront en vigueur le 20 novembre et seront applicables jusqu’au 28 janvier 2022.

1. Le télétravail obligatoire 4 jours durant 3 semaines

Le télétravail sera obligatoire, dans les secteurs où c'est possible, quatre jours par semaine durant trois semaines, avec un jour de présence autorisée. À partir du 13 décembre, le nombre de jours de retour au travail sera porté à maximum deux. Il s'agit sans doute de la mesure la plus forte, fruit d'un compromis à la belge. Elle a notamment pour objectif de réduire le nombre de contacts au travail mais aussi dans les transports en commun. Un registre mensuel électronique devra être tenu par l'employeur et mis disposition via le portail de la Sécurité sociale.

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2. Le Covid Safe Ticket couplé au masque

Le Covid Safe Ticket + remplace le simple Covid Safe Ticket (CST). Partout où le CST était applicable, le port du masque sera également obligatoire. Dans l'Horeca, par exemple, le port du masque sera obligatoire, sauf à table.

3. La jauge dans les événements est abaissée

Le CST + sera requis dans les événements publics et réunions privées à partir de 50 personnes à l’intérieur (enfants compris) et 100 personnes à l’extérieur. La jauge est donc abaissée, du moins en Wallonie et en Flandre, où elle était fixée à 200 en intérieur et 400 en extérieur. Cela vaut pour les salles de théâtre, de concert, les cirques, les cinémas, les musées ou les parcs d’attractions. Cela concerne aussi les fêtes privées comme un anniversaire de plus de 50 personnes, un mariage ou un baptême.

4. Le masque ou un autotest pour aller en boîte

Le Codeco a décidé de ne pas fermer le monde de la nuit. Les discothèques et les dancings se verront toutefois imposer des restrictions supplémentaires. Soit elles imposent le masque à tous leurs clients, en plus du CST. Soit elles exigent de leurs clients de présenter le Covid Safe Ticket à l'entrée mais aussi d'effectuer un autotest sur place, sous contrôle d'un professionnel.

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5. Le masque obligatoire dès 10 ans, sauf à l’école

Le port du masque est obligatoire à partir de 10 ans, mais, pour l'instant, pas à l'école. Les communautés devront décider d'introduire ou non le port du masque obligatoire pour les enfants de moins de 12 ans. Mais elles ont déjà fait savoir leur opposition à des mesures plus strictes en la matière. Le Comité de concertation a par ailleurs décidé de généraliser le port du masque, qui sera désormais obligatoire dans les espaces fermés des transports en commun et des transports collectifs organisés.

6. Nouvelle dose pour chaque personne vaccinée

Quelque 900 000 Belges l'ont déjà reçue. Le reste de la population pourra suivre. La campagne de vaccination des enfants âgés de 5 à 11 ans sera, par ailleurs, lancée dans les meilleurs délais, dès réception de l'avis favorable du Conseil supérieur de la santé et du Comité consultatif de bioéthique, et après approbation par l'Agence européenne du médicament. Cette vaccination se fera sur base volontaire. Le mois de janvier 2022 a déjà été évoqué par le ministre de la Santé.

7. Des compteurs de CO2 à l’école et au travail

Afin de surveiller correctement la qualité de l'air dans les écoles et les entreprises, des compteurs de CO2 devront être installés rapidement et de manière générale dans tous les locaux des écoles et des entreprises où se rassemblent un grand nombre de personnes. Enfin, le Premier ministre a insisté sur la nécessité d'appliquer à nouveau les distances de sécurité (1,5 mètre) et la limitation des contacts sociaux. Le Codeco recommande vivement de limiter au maximum les contacts sociaux et d'organiser de préférence ces contacts à l'extérieur.

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8. Petit premier pas vers la vaccination obligatoire ?

La question de l'obligation vaccinale de l'ensemble de la population a bien été discutée en Codeco, après un gros coup de pression mis mardi par le PS. Un compromis a été trouvé pour demander une analyse juridique, éthique et épidémiologique au commissariat Covid pour maximiser la vaccination. Au Parti socialiste, on dit voir dans cette annonce une forme de premier pas vers l'obligation vaccinale. Cette observation n'est pas partagée par tous. "Aucune décision, aucun consensus n'a été dégagé pour une vaccination obligatoire. Alexander De Croo n'y était pas favorable mais, comme il ne s'agit que d'étudier la possibilité, il n'a pas refusé", observe une source gouvernementale. La question du personnel soignant a également été mise sur la table, par Elio Di Rupo (PS). Pour rappel, le gouvernement fédéral s'était mis d'accord pour que les soignants refusant le vaccin soient licenciés en avril. Le PS a remis l'accord en cause mardi, via Paul Magnette. Lors du Codeco, Elio Di Rupo s'est rapidement heurté à un refus net du Premier ministre, du ministre de la Santé et de Vincent Van Quickenborne (Open VLD). Pas question de revenir sur l'accord. Le Comité de concertation se réunira début janvier pour évaluer les mesures prises.

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