Après d'âpres négociations, la Vivaldi trouve finalement un accord sur la vaccination du personnel soignant

Depuis 8h30 ce vendredi matin, les poids lourds du gouvernement De Croo étaient autour de la table.

Après d'âpres négociations, la Vivaldi trouve finalement un accord sur la vaccination du personnel soignant
©BELGA

Depuis 8h30 ce vendredi, le kern se divisait sur une question bien précise : quelle sanction prévoir pour le personnel soignant qui refuse de se faire vacciner ?

Après des heures de palabres très tendues, un accord est finalement de tombé vers 21h15 : la décision adoptée par le kern de lundi soir (licenciement avec chômage des non-vaccinés mais sans préavis) est confimée. Elle sera d'application à partir du 1er avril 2022. Toutefois, le travailleur pourra s'opposer à cette décision de licenciement et, alors, son contrat sera suspendu sans salaire ni indemnité. C'est donc ce que l'on pourrait qualifier d'un "compromis à la belge".

Important : le dispositif sera soumis aux partenaires sociaux qui pourront proposer des mesures alternatives.

Entre le 1er janvier et le 31 mars 2022, le personnel soignant non-vacciné devra se faire tester régulièrement (toutes les 72 heures). En cas de refus du test (ou de la vaccination), ces personnes seront suspendues avec droit au chômage temporaire.

On le sait : le PS, par la voix de son vice-Premier ministre Pierre-Yves Dermagne, avait validé lundi soir un dispositif prévoyant de licencier le personnel soignant (avec droit aux allocations de chômage, tout de même...) en cas de refus.

Magnette critiqué

Le président socialiste, Paul Magnette a, par après, rejeté publiquement cette idée (le PS réclamait une "simple" suspension du contrat de travail). Cette attitude des socialistes était sévèrement jugée par leurs partenaires gouvernementaux au fédéral, mais aussi par certains élus PS. Ces derniers comparent la combativité médiatique et politique de Paul Magnette à l'attitude de Georges-Louis Bouchez, le président du MR, qui intervient de manière tranchée dans tous les débats du moment.

Dans ce contexte, ce vendredi, lors du kern organisé sur le thème de la vaccination, les socialistes francophones sont arrivés avec une contre-proposition à l'égard de l'accord obtenu pourtant lundi soir entre les membres de la Vivaldi.

L'attitude du PS a mis le feu aux poudres et de fortes tensions ont opposé les vice-Premiers ministres depuis ce matin. "C'est le blocage, et pas qu'un peu !", nous confiait plus tôt dans la journée un membre du kern.

"Surréaliste"

"La situation est surréaliste, expliquait également un informateur fédéral. Elle est le résultat de l'entêtement isolé du PS. Le PS ne veut pas que le personnel médical soit pénalisé. Point. Grosse tension et engueulades..." Notons toutefois que, selon diverses sources, Ecolo aurait rejoint le PS dans sa demande de révision du mécanisme de licenciement du personnel médical en cas de non-vaccination.

Conner Rousseau ne suit pas le PS

Le PS était en effet fort seul vendredi au sein de sa famille politique Vooruit (ex-SP.A), son alter ego flamand, veut s'en tenir à l'accord de lundi soir (qui prévoit le licenciement du personnel soignant qui refuse de se faire vacciner).

"Retirer des décisions de cette manière, ce n'est pas faire de la politique", a réagi Conner Rousseau, le président de Vooruit. "C'est comme dire qu'on ne peut pas dépasser 100 km/h sur l'autoroute mais qu'il n'y aura aucune conséquence pour ceux qui conduisent à 180 km/h. Je suis favorable à la décision telle qu'elle a été prise."

L'image de De Croo abîmée ?

Malgré l'accord de vendredi soir, le gouvernement fédéral aura connu une énième crise politique...

Après les menaces de démission des ministres PS à l'égard du sort réservé aux sans-papiers de l'église du Béguinage à Bruxelles, après les attaques et contre-attaques dans le dossier Pensions, après les oppositions frontales sur le nucléaire et la fermeture des centrales, certains observateurs estiment qu'Alexander De Croo, le Premier ministre, a perdu en légitimité. Il n'a pas su "tenir" ses troupes.

Mais le pouvait-il ? En Belgique, le chef du gouvernement fédéral est, au mieux, un coach pour ses ministres ou, au pire, le simple notaire de l'accord de gouvernement, soumis aux caprices des partis qui composent sa majorité.

Les critiques existent bien, cela dit.

Au sein de la Vivaldi, quelques partenaires estiment que le Premier ministre manque de méthodologie ("il n'a même pas fait de réunions en bilatérale !", peste une source fédérale) et que ses lacunes expliquent en partie les tensions au sujet de la vaccination du personnel soignant.

En acceptant de prendre le "16, rue de la Loi" aux côtés des socialistes, des écologistes, du MR et du CD&V, le Premier ministre (Open VLD) savait qu'il s'engageait dans une partie difficile. Avait-il imaginé qu'elle le serait autant ?

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