De retour devant les députés, De Croo défend les décisions du Codeco : "On n’a pas voulu pointer du doigt la culture"

Le ton est monté à la Chambre.

De retour devant les députés, De Croo défend les décisions du Codeco : "On n’a pas voulu pointer du doigt la culture"
©BELGA
Marie Rigot et France Fouarge

La tension reste vive au lendemain du Comité de concertation qui a acté la fermeture de nombreux lieux culturels. Des experts de la santé ont fait part de leur incompréhension et de leur désarroi face aux décisions des autorités. Le ton était le même à la Chambre, lors de la séance plénière de ce jeudi 23 décembre. Les députés ont tour à tour vivement interpellé le Premier ministre.

"C'est l'incompréhension totale après la décision du Codeco de fermer la culture", a commencé Catherine Fonck (CDH). "Oui, Omicron est hyper contagieux et la situation reste difficile dans les hôpitaux. Mais pourquoi fermer les théâtres et les cinémas ? Les gens y sont masqués, sont en nombre réduit et dispersés dans la salle... Vous avez prétendu que c'était les experts qui l'avaient recommandé mais il n'en est rien. Sur quoi vous êtes-vous basés pour prendre cette décision ? Il n'y a aucun argument solide, simplement du marchandage et du vogelpik. Cela se fait sur le dos du bien-être des citoyens. Nous vous demandons de revoir cette décision du Codeco." Catherine Fonck, a déposé une motion d'ordre demandant de revoir la décision concernant la culture. Une motion jugée plus tard irrecevable, car elle ne concernait par l'organisation des travaux dans la Chambre.

DéFi a à son tour fustigé le fait que le Codeco n'ait pas écouté les experts. "Les experts du GEMS misaient sur des mesures graduelles. Vous leur avez jeté leur rapport au visage. Vous avez dit que vous aviez pris la mesure sur base des recommandations des experts. Au mieux, il y a plusieurs GEMS, au pire vous avez menti. Vous avez rompu la confiance. Vous vous vantez d'offrir un Noël plus agréable que celui de l'année passée. C'est indécent ! Cette année, nous avions les outils et pourtant vous sanctionnez les bons élèves, ceux qui avaient pris les bonnes mesures", a expliqué Sophie Rohonyi (DéFi).

Le ton n'a pas été plus clément du côté des partis de la majorité. "C'est l'incompréhension pour tout le monde !", a lancé Florence Reuter (MR). "Pourquoi les salles de cinéma, les théâtres sont plus dangereux que d'autres secteurs ?"

Pour le CD&V, "le vin chaud a gagné face au secteur culturel". Le PS a également signalé "ne pas pouvoir cacher son incompréhension".

Enfin, Ecolo a demandé au Premier ministre de revenir sur la décision de fermer le secteur culturel. "Que s'est-il passé lors de ce dernier Codeco ?", s'est demandé Marie-Colline Leroy (Ecolo). "Les protocoles fonctionnent, cela a été prouvé et démontré. Pourquoi risquer de fragiliser toute une partie du secteur culturel déjà touché par la crise ? A quoi ça sert d'avoir un groupe d'experts qui décryptent la pandémie pour proposer des solutions si on ne les écoute pas ? On entend les experts parler de marchandage politique, de rupture de confiance, c'est extrêmement dangereux."

L'opposition s'est étonnée des vives critiques venues de formations politiques participant au Codeco (PS, MR, Ecolo et CD&V). "J'entends presque tous les parlementaires de partis de votre coalition demander des explications. Vos vice-Premier étaient-ils à un match de football ?", s'est interrogée Kathleen Deporter (N-VA).

Le Premier ministre et le ministre de la Santé répondent aux critiques

Alexander De Croo a confirmé que les décisions étaient bien prises sur base des avis scientifiques. "Ces derniers disent que le nombre de cas va augmenter. Je vous entends dire que l'on aurait dû attendre. Comme, pour le mois de novembre, où l'on a eu trois Codeco où l'on a resserré les mesures petit à petit. Je pense que ce n'était pas la bonne méthode. Donc le Codeco, où presque tous les partis présents sont représentés, a dû prendre une décision. Ce n'était pas simple. On se demande quels secteurs nous devons viser. Lorsque vous avez deux rapports où l'un dit que l'on va avoir une augmentation du nombre de contaminations et l'autre du GEMS qui dit que lorsqu'il y aura une augmentation il faudra faire ceci et cela, il ne faut pas rester sourd à ces appels. Quand on prend une décision, même si c'est difficile, il faut maintenir la décision."

"Je m'associe entièrement à ce que le Premier ministre vient de dire", a expliqué le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit). "Nous sommes face à un danger en grande partie inconnu. Les hôpitaux sont bondés et donc il faut opter pour la solution la plus sûre. Il faut avoir le courage de dire que nous sommes dans l'incertitude. L'avis que nous avons reçu disait qu'il fallait faire des petites choses à court terme et que, si la situation s'aggravait, un confinement total devait être imposé. Les experts ont signé ce document. (...) Cela me fait aussi mal au cœur à titre personnel. J'ai une réunion mardi prochain avec le secteur culturel. Ce sera une réunion sincère et difficile. Si la situation le permet, début janvier nous pourrons passer à un régime plus nuancé. Mais nous pourrions également être amenés à fermer beaucoup plus si les chiffres augmentent."

Le Premier ministre s'explique à nouveau en soirée

La motion d'ordre rejetée, le cdH a donc déposé une demande d'interpellation en urgence à laquelle le Premier ministre a répondu favorablement. M. De Croo est donc revenu s'expliquer en début de soirée devant l'assemblée.

Alexander De Croo a commencé par rappeler que c'était bien le Codeco, qui comprend les différents gouvernements, qui avait pris cette décision aujourd'hui critiquée de toutes parts. Il a ensuite choisi de citer un à un les différents signataires de cet avis du GEMS du 21 décembre dernier, parmi lesquels Yves Van Laethem et Marc Van Ranst, noms sur lesquels il a insisté. Il a ensuite soutenu que le secteur de la culture n'avait pas été ciblé en particulier mais qu'ils faisaient partie des activités assises en intérieurs que les experts conseillaient de fermer dans un deuxième temps. "La décision que l'on a prise est basée sur les activités assises à l'intérieur comme cité par le GEMS, qui peuvent être des événements culturels. On n'a pas voulu pointer du doigt le monde de la culture, dans les activités en intérieurs on a fermé plein de choses."

Le Premier ministre a encore une fois rappelé que c'était le choix de la prudence que le Codeco avait fait : "C'est une bonne politique actuellement d'être trop prudent. Peut être que dans quelques mois on se rendra compte qu'on a été trop prudent et je le reconnaîtrai, mais je préfère dire que j'aurais été trop prudent plutôt qu'imprudent!".

Finalement, Alexander De Croo a glissé au passage, "Allez dire que nous manipulons les experts, que nous faisons une lecture sélective de leurs rapport, c'est assez insultant pour tous ceux qui sont dans ce Comité de concertation", avant de souligner que tous les partis présents pour l'écouter ou presque y étaient représentés.

Les parlementaires qui se sont exprimés lors de cette interpellation en urgence (Catherine Fonck, Sophie Rohonyi et Nabil Boukili (PVDA) ) ont ensuite réagi à cette nouvelle explication avec autant de vigueur que dans l'après-midi.

Catherine Fonck (CDH) a tenu à remercier le Premier d'être venu en urgence, "alors que d'autres partis avaient refusé l'urgence de cette interpellation". Elle est ensuite revenue elle-même sur le contenu de l'avis du GEMS."Dans la deuxième colonne du rapport du GEMS (dans laquelle figurait la fermeture des activités assises en intérieur : Ndlr), il y a beaucoup d'autres choses que seulement la fermeture du secteur de la culture", a-t-elle souligné avant de trancher, "Si vous pensez que le risque est très élevé avec la propagation d'Omicron et qu'il faut prendre des mesures dès maintenant pour maitriser Omicron demain, alors il aurait fallu appliquer l'ensemble de l'avis du GEMS."

Sophie Rohonyi (DéFi), elle, a répondu que "durant la conférence de presse c'était bien la fermeture des salles de cinéma, de théâtre et de spectacle", qui avait été présentée. Elle a ajouté : "Ce n'est pas en stigmatisant un secteur de façon arbitraire et injuste que l'on anticipe. Anticiper c'est mettre sur pied un label covid safe pour les lieux qui le sont au lieu de fermer des secteurs les uns après les autres. Anticiper c'est aussi présenter un plan de ventilation avant l'hiver et non dans le courant de l'année 2022."

Quant à Nabil Boukili (PVDA), il a dénoncé l'hypocrisie d'Ecolo, parti de la majorité, qui demande de revenir sur la décision de fermeture de la culture prise hier par le Codeco. Il est ensuite revenu sur la fermeture de la culture, "Vous n'avez pas fait le choix de miser sur la prévention conseillée par le GEMS pour la situation actuelle, vous avez choisi la fermeture, la répression. Vous serez obligé de refaire un Codeco puisque votre décision n'a aucune base scientifique ni sanitaire. La différence cette fois-ci c'est que les experts se sont levés ce matin pour contester votre décision" a-t-il avancé.

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