"Je suis assez dubitatif sur la capacité de la Vivaldi à se maintenir jusqu’en 2024"

Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB, était l’invité de Maxime Binet ce mercredi 29 décembre sur DH Radio.

EdA

Le mercredi 22 décembre a eu lieu le dernier Comité de concertation de 2021. Pour Pascal Delwit, politologue à l’ULB, la crise Covid a fini de créer du lien entre les partis de la Vivaldi. "Il y a des tensions à l’intérieur de la coalition mais aussi entre les entités fédérales et fédérées. Le duo sacré Frank Vandenbroucke et Alexander De Croo n’est plus là non plus."

Un Codeco utilisé à des fins politiques? "En soi, il a toujours été toujours un organe destiné à des fins politiques, note Pascal Delwit. Ce qui est complexe, ce sont les arbitrages entre la santé publique et les pressions des secteurs et des entités fédérées. Sa capacité à être un acteur performant dans la lutte contre la pandémie et le maintien d’une vie économique et d’une stabilité psychologique de la population est plus faible qu’il y a quelques mois."

Une crise sociale, sanitaire, qui pourrait mener à la montée des populismes. "La crise a exacerbé l’exacerbation. D’un côté, les antivax qui doutent sur les modalités de la gestion de la crise. De l’autre, des vaccinés qui estiment qu’ils ne peuvent pas faire plein de choses à cause des non vaccinés. Cela se traduit dans les rues, avec des manifestations parfois extrêmement violentes. On est dans une situation complexe."

"Ce qu’on observe, en Belgique comme en Europe, c’est que les grands partis historiques sont en recul"

Une montée des populismes qui nuirait à la survie des partis politiques traditionnels? "Ce qu’on observe, en Belgique comme en Europe, c’est que les grands partis historiques sont en recul, avec une montée des partis de droite et de gauche radicales."

D’autant que l’année 2022 sera une année charnière et complexe. "Beaucoup de citoyens belges vont avoir la traduction de la hausse des prix de l’énergie. Des nouvelles tensions sociales vont se créer, et les gouvernements auront à répondre à cette pression sociale."

Sur la Vivaldi: "Je suis assez dubitatif sur sa capacité à se maintenir jusqu’en 2024"

Ce qui complique grandement la vie des gouvernements en Belgique, notamment avec la Vivaldi. "C’est un gouvernement fragile, qu’aucun acteur n’aime particulièrement. Avec 7 partis, c’est objectivement difficile de gouverner."

De quoi envisager une élection fédérale anticipée avant 2024? "Tous en sont inquiets. Quand on regarde les intentions de vote, aucun des 7 partis ne se porte bien. Je suis assez dubitatif sur sa capacité à se maintenir jusqu’en 2024. Mais il y a quand même des inconnues, dont l’évolution de la pandémie."

Ce qui a changé dans les partis politiques? "La communication"

Le politologue a sorti, en novembre dernier, un livre sur "Les partis politiques en Belgique", des débuts au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

L’occasion de pointer un grand changement: la communication. "Et surtout l’investissement dans cette communication, ajoute Pascal Delwit. En parallèle, il y a également une forme de désinvestissement dans la vie de tous les jours des partis: éducation des militants, des cadres intermédiaires, coordination du travail, réflexion sur les idées. Il y a forme de déplacement très central sur la communication."

Une communication qui peut parfois crisper le débat et tendre les positions, d’autant qu’un autre grand changement, c’est la personnification du président. "C’est l’entraîneur, pour faire une métaphore sportive. Il est prié de réussir, d’avoir des résultats. Mais ici, la coordination semble moins présente: le président dit une chose, le ministre dit autre chose."

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