Nouveau rebondissement à Ottignies-LLN: Ecolo reste dans la majorité et Julie Chantry bourgmestre

Terrible coup de théâtre à Ottignies-LLN, le cdH et le PS renoncent à former une nouvelle majorité avec le MR comme ils l’avaient annoncé voici deux semaines. Ils resteront fidèles aux Verts et Julie Chantry (Écolo) reste bourgmestre.

Quentin Colette

L’improbable s’est réalisé à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Le groupe Avenir (cdH) et le PS sont revenus sur leurs engagements avec OLLN 2.0-MR. La majorité, avec Écolo, reste donc bien en place et Julie Chantry (Écolo) conserve son poste de bourgmestre.

L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse en fin d’après-midi qui s’est tenue dans la salle du conseil communal de l’hôtel de ville.

Il faut dire que depuis l’annonce du renversement, les réactions et tractations ont été nombreuses et la bourgmestre avait même rappelé que tout restait possible.

Il s’agit néanmoins d’une énorme surprise et pour la liste OLLN 2.0 (MR), c’est la stupéfaction totale, une terrible désillusion même. Les responsables du MR ottintois ont d’ailleurs décidé de ne pas réagir à chaud. Ils devraient organiser une conférence de presse ce jeudi matin.

>>>LIRE AUSSI: la réaction amère de Georges-Louis Bouchez<<<

Julie Chantry: "Nous avons renoué la confiance"

La bourgmestre Julie Chantry (Ecolo), entourée des échevins Benoît Jacob (Avenir-cdH) et Abdel El Mostapha (PS), a commenté la situation rocambolesque au cours de la conférence de presse ce mercredi.

"C'est une séquence politique atypique. Nous avons eu le courage politique d'affronter la difficulté pour obtenir un meilleur projet pour les citoyens", a commenté le premier échevin Benoit Jacob. Dans l'opération, les humanistes ottintois récupèrent la compétence des finances, qui était auparavant exercée par l'Ecolo Philippe Delvaux.

"C'est une forme de gage, un geste qu'Ecolo était prêt à poser et qui a été validé", selon Julie Chantry. Celle-ci a précisé qu'une fois l'annonce de la fin de la majorité faite par les partenaires d'Ecolo, elle avait convoqué une réunion pour écouter et comprendre ses partenaires. Les Verts ont dès lors accepté de changer certaines méthodes de fonctionnement, sur base de ce qui a été dit lors de cette réunion. Un accord a également été conclu pour faire avancer certains projets prioritaires comme la rénovation de la place du Centre, la création d'une école publique dans le cadre du projet Athena-Lauzelle, ou encore la localisation d'une future maison de repos.

Il a été convenu de reprendre les réunions de majorité qui avaient été suspendues durant la crise sanitaire, et tous veilleront à une plus grande collégialité pour les décisions de l'exécutif communal. "On a entendu aussi les messages des citoyens et on se réjouit de pouvoir repartir au travail", ajoute Julie Chantry.

Coté PS, l'échevin Abdel Ben El Mostapha a confirmé que la confiance était désormais restaurée. "Le puzzle s'est peu à peu reconstitué. La majorité en place ne doit pas voler en éclats. Nous avons fait le choix de la stabilité et de la sérénité retrouvées: respecter l'accord de 2018, c'est respecter le choix de nos électeurs. Nous sommes repartis sur de nouvelles bases pour finir la législature sous de meilleurs auspices", selon l'échevin socialiste.

Retour sur deux semaines d'agitation

La saga avait débuté voici une quinzaine de jours. Tout était parti d'une conférence de presse qui s’était tenue dans un hôtel de Louvain-la-Neuve. Les mots n’étaient pas tendres envers Écolo de la part de ses "anciens" partenaires.

"Les gros dossiers n'avançaient plus beaucoup, comme la revitalisation de la place du Centre, or les impôts ont été augmentés en début de mandature à condition qu'ils se réalisent. On avait ainsi l'impression d'être en affaires courantes. Enfin, on ne comprenait pas cet acharnement envers nos partenaires privilégiés que sont l'UCLouvain, la Province et l'inBW, notamment. On sent une dégradation flagrante de nos relations avec eux. On ne comprenait plus le projet et l'intérêt général a guidé notre décision" , déclarait l'échevin Benoît Jacob (Avenir).

Et il ajoutait: "Il fallait un électrochoc" .

L'échevin Abdel Ben El Mostapha (PS) appuyait: "Les derniers événements ont créé des tensions entre Avenir et Écolo et mis à mal la confiance générale. Malheureusement, petit à petit le fossé s'est creusé et à un moment, il faut être réaliste et déclarer le divorce pour donner un nouvel élan à la Ville."

Par ce renversement, OLLN 2.0-MR devait récupérer le mayorat étant la première force politique de ce nouveau pacte de majorité. Les deux premiers scores de la liste aux élections communales de 2018 ayant décliné le poste, c’est Nicolas Van der Maren qui devait devenir bourgmestre.

Après ce fameux 19 janvier, Écolo, qui n’avait rien vu venir, a organisé, le lendemain, une première réunion avec ses partenaires de majorité, pour mettre les choses à plat.

Julie Chantry soulignait par la suite qu’elle avait le sentiment que tout restait possible.

Motion de méfiance déposée, conseil communal convoqué pour le 4 février

Le week-end, les échanges ont continué, jusqu’au lundi. Mais sur le temps de midi, OLLN 2.0-MR, Avenir et PS déposaient dans les mains du directeur général de la Ville la motion de méfiance constructive, signe que le processus de renversement se poursuivait.

Ce document est signé par tous les élus de ces trois formations, exceptés Jeanne-Marie Oleffe (Avenir) qui s’oppose à la décision de son groupe et Vincent Malvaux (Avenir) qui est, lui, à l’étranger et ne pouvait donc parapher la motion.

Sur Facebook, le groupe Avenir défend longuement sa décision. On peut notamment lire ceci: "La gestion optimale et adéquate d'une Ville nécessite qu'on puisse dire "stop" lorsque cela ne fonctionne plus! Le courage politique est bien de rompre une collaboration – même longue – devenue infructueuse, même avant son échéance, pour en rechercher une meilleure."

La semaine dernière, une date était fixée pour le conseil communal extraordinaire lors duquel la motion doit obtenir la majorité des voix pour devenir effective: ce sera le vendredi 4 février.

Toutefois, en coulisses, les rencontres se sont poursuivies. Plus possible de joindre quiconque chez Écolo, Avenir et PS, que ce soit pour parler de la crise politique ou des projets de la Ville qui sont en cours.

Une pétition contre «le coup de force» politique

Des citoyens, dénonçant le "coup de force" politique d'OLLN 2.0-MR, d'Avenir et du PS, ont de leur côté lancé une pétition sous forme de déclaration commune à nos élus. Ils demandaient que la motion ne soit pas adoptée et "de respecter la parole donnée à vos partenaires, de vous montrer capables d'instruire en toute autonomie les décisions dans l'intérêt général, à l'écoute de la population, et non au service d'instances et d'intérêts extérieurs."

Ce mercredi matin, elle avait récolté un peu plus de 1330 signatures.

Et voilà que ce mercredi 2 février tombe cette invitation à une conférence de presse. Ce qui semblait improbable vu l’annonce publique et la motion signée… Mais en politique, il ne faut jamais dire jamais.

Sur le même sujet