Sophie Wilmès plaide pour l'envoi d'armes à l'Ukraine si c'est possible: "Je suis convaincue que l'on doit faire plus"

La ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, a plaidé vendredi pour l'envoi de matériel d'armement à l'Ukraine si c'était possible.

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Sophie Wilmès plaide pour l'envoi d'armes à l'Ukraine si c'est possible: "Je suis convaincue que l'on doit faire plus"
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Une liste du matériel militaire disponible en cours d'élaboration par la Défense permettra de le déterminer, a-t-elle expliqué en marge d'un conseil des Affaires étrangères de l'UE. "C'est mon plaidoyer. Si c'est possible, nous devons le faire", a-t-elle dit, interrogée par VTM.

Mercredi, à la veille de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le gouvernement a accédé à une demande bilatérale ukrainienne, reçue également par d'autres Etats européens, d'un soutien matériel. La Belgique a accepté d'envoyer du matériel militaire de protection (dont des casques et des gilets pare-balle), d'observation et d'orientation mais pas d'armement ou de munitions. Le point a été examiné mais le royaume doit non seulement conserver l'équipement nécessaire pour remplir ses obligations dans le cadre de l'OTAN mais aussi disposer d'un matériel qui soit livrable à l'armée ukrainienne et utilisable par celle-ci. Jeudi, sur le plateau de Jeudi en prime (RTBF), la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a assuré que l'armée belge ne disposait pas de matériel excédentaire après des années d'économies dans la Défense.

Vendredi, des sources militaires confirment cette situation: "la Défense n'a malheureusement pas de stock excédentaire d'armes ou de munitions", y indique-t-on. On regarde malgré tout ce qui serait possible.

"Je suis convaincue que l'on doit faire plus", a souligné Mme Wilmès vendredi. "Nous avons demandé ce qui est possible. Nous aurons le résultat le plus vite possible".

Le chargé d'affaires ukrainien à Bruxelles, Yehor Pyvovarov, cité par "Le Soir" a qualifié de "moquerie" la décision prise mercredi par le gouvernement. Selon lui, l'Ukraine reçoit des armes d'autres pays de l'OTAN.

Dans l'opposition, DéFI a déposé à la Chambre une proposition de résolution de soutien à l'Ukraine. Le parti amarante demande notamment de "réévaluer la décision d'envoyer à l'Ukraine du matériel militaire et sécuritaire, en ce compris du matériel d'armement, conformément aux principes de droit international humanitaire de proportionnalité et de nécessité".

Plusieurs personnalités de l'Open Vld indiquent vendredi soutenir l'idée d'un soutien militaire accru. "Il faut faire davantage, aussi bien dans la livraison de matériel que dans la défense du territoire des pays de l'UE et de l'Otan" (l'Ukraine ne fait partie ni de l'une ni de l'autre), a indiqué via Twitter le président du parti libéral flamand Egbert Lachaert.

Bart Somers, vice-ministre-président du gouvernement flamand, évoque quant à lui directement la livraison d'armes. "Notre pays doit arrêter de tergiverser et livrer aussi vite que possible des armes au peuple ukrainien innocent et courageux qui lutte contre l'agresseur Poutine", commente-t-il, plaidant aussi pour des sanctions plus drastiques au niveau européen dont l'exclusion de la Russie du réseau de messagerie bancaire Swift. La secrétaire d'Etat au Budget Eva De Bleeker semble sur la même longueur d'onde: "l'Europe doit réagir maintenant, avec des sanctions plus dures et une aide militaire concrète".

Vendredi après-midi, les ministres des affaires étrangères de l'UE étaient réunis à Bruxelles pour adopter formellement les nouvelles sanctions envers la Russie, sur lesquelles les dirigeants des 27 se sont accordés jeudi soir.

A son entrée, Sophie Wilmès a souligné qu'il s'agissait de "s'assurer que la Russie n'ait plus un accès aussi aisé aux marchés financiers pour financer sa guerre injustifiée".

Le Sénat condamne l'invasion de l'Ukraine et demande les sanctions les plus lourdes

Le Sénat a approuvé vendredi en séance plénière une résolution condamnant l'invasion de l'Ukraine et demandant à l'Union européenne d'infliger les sanctions les plus lourdes à la Russie, notamment la déconnexion des banques russes du système international de messagerie bancaire Swift. Il demande aussi d'accéder aux demandes éventuelles de soutien militaire dans le cadre de l'OTAN et de se préparer à l'accueil temporaire de réfugiés de guerre ukrainiens. La résolution a reçu un soutien unanime moins l'abstention du PTB. Le débat a traduit les mêmes clivages que la veille à la Chambre. Le PTB et le Vlaams Belang ont pris leurs distances à l'égard des autres partis, le premier en continuant à imputer la responsabilité de la situation aux Etats-Unis, à l'OTAN et l'Ukraine elle-même, le second en appelant à des sanctions n'affectant pas l'économie nationale.

Le PTB revendique de longue date la sortie de la Belgique de l'OTAN. Tout en condamnant l'intervention militaire russe et en plaidant pour la paix et le dialogue, le parti communiste s'en est pris une nouvelle fois à "la politique expansionniste" de l'Alliance qui expliquerait l'attitude russe. "L'OTAN ne fait pas partie de la solution mais des menaces qui pèsent sur le monde", a affirmé le sénateur Antoine Hermant.

Les propos ont à nouveau fait bondir les autres formations qui, Vlaams Belang excepté, ont pointé du doigt les marxistes. "Vous reprenez mot pour mot toute la propagande russe", a accusé le sénateur et président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui s'est demandé si la Russie soutenait "d'une manière ou d'une autre" le PTB. Le ton est monté et M. Hermant a demandé au libéral de retirer ses propos. Au PS aussi, la condamnation a été vive. "On est habitué à un certain populisme de votre part mais là, ça dépasse les bornes. Vous donnez du crédit à une dictature, vous contestez la démocratie par votre comportement et vous trompez vos électeurs", a dit Philippe Courard.

Jeudi, à 18h, une manifestation s'est tenue devant la délégation de Russie à Bruxelles, à laquelle ont notamment pris part des députés Ecolo. Un autre rassemblement avait également lieu dans le quartier européen. Une manifestation est aussi prévue samedi mais les mots d'ordre semblent différents. Elle est soutenue par diverses associations, dont la Coordination Nationale pour la Paix et la Démocratie (CNAPD) et Vredesactie mais également le PTB et son organisation de jeunesse Comac. Elles demandent notamment l'arrêt des livraisons d'armes aux diverses parties et rappellent aussi la "responsabilité de l'OTAN" qui a "refusé de prendre en compte les intérêts sécuritaires de la Russie".