Van Quickenborne: "Des criminels ou des personnes de mauvaise volonté tenteront d’exploiter sexuellement des réfugiées ukrainiennes"

La menace d’abus, de maltraitance et d’exploitation sexuelle des réfugiées est déjà une réalité. Le ministre de la Justice réagit.

Sébastien Ponciau
Van Quickenborne: "Des criminels ou des personnes de mauvaise volonté tenteront d’exploiter sexuellement des réfugiées ukrainiennes"
©BELGA

Andy de Schipper, le fondateur d'une aile flamande de soutien à la cause ukrainienne sur Facebook, "Steun Oekraïne", a reçu des propositions, dont il dénonce le "double sens", et qui proviennent d'hommes qui se disent enthousiasmés par l'idée d'offrir une place d'accueil à des femmes réfugiées, en provenance d'Ukraine. Les administrateurs du groupe ont reçu des propositions pour offrir ni plus ni moins que le gîte à des femmes "belles, jolies, intelligentes et attentionnées".

En Ukraine, la population masculine a été largement mobilisée pour défendre le territoire ciblé, ne laissant guère d’autre choix, à un très grand nombre de femmes, enfants et personnes âgées sans protection, de fuir le pays vers l’ouest, vers la Belgique notamment.

L'avertissement de "Steun Oekraïne" a d'ores et déjà "suscité, à juste titre, de nombreuses réactions d'indignation", souligne Andy de Schipper, qui parle entre autres de propositions "stupides" et de "pensées insensées" dans le chef des auteurs de ces débordements écrits. Et il veillera, assure-t-il, à ce que son site ne soit pas utilisé en tant qu'"agence de rencontres".

Ce message a fait tant de bruit que le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne a été interrogé sur ce danger ce mercredi à la Chambre. "Malheureusement, l'afflux massif de réfugiés dans notre pays est une opportunité pour les trafiquants enclins à maltraiter ces victimes", a confirmé le ministre. "Je partage l'inquiétude quant au fait que des groupes criminels organisés ou des personnes de mauvaise volonté, tenteront tôt ou tard d'exploiter les vulnérabilités des personnes fuyant la guerre. Ce sont des victimes potentielles d'exploitation sexuelle mais aussi économique. Je pense qu'il est sage de ne pas se concentrer uniquement sur la répression après coup, si les faits ont eu lieu, mais aussi de se concentrer sur la sensibilisation préventive des Ukrainiens en fuite, qui pourraient tous être une victime potentielle."

À cette fin, une task force se met en place afin d’élaborer une communication à très court terme pour atteindre le plus possible les réfugiés. Le principal canal sera les réseaux sociaux mais aussi la page web www.info-ukraine.be. Les centres d’accueil interrogent déjà les familles de réfugiés pour voir comment mieux les atteindre. Le Service des Tutelles a appelé les tuteurs à être vigilants contre les abus de Mineurs étrangers non-accompagnés (MENA).

Mardi, le cofondateur de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, Mehdi Kassou, a fait appel à la vigilance pour l’accueil citoyen des femmes et enfants d’Ukraine. Il recommandait de ne pas placer des femmes seules, avec ou sans enfants, chez des hommes seuls et de déployer un suivi centralisé pour l’ensemble des hébergements, qui repose sur des évaluations continues du relationnel entre hébergeurs et hébergés réalisées avec l’appui des communes. ‘

Dans la foulée, le cabinet du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Sammy Mahdi (CD&V) a expliqué les procédures en place. Après leur enregistrement par l’Office des étrangers à l’ancien hôpital Jules Bordet et la prise de leurs empreintes afin de faciliter les contrôles de sécurité, Fedasil les oriente vers les bâtiments communaux, salles de sport et autres centres de jeunesse mis à disposition par les Communes. Le contrôle des places d’accueil de crise relève de la compétence des pouvoirs locaux et régionaux. Des suggestions leur ont été adressées. Le secrétaire d’Etat leur a par exemple été conseillé de demander aux hébergeurs de fournir des certificats de bonne conduite, vie et mœurs.