"Xénophobes", "insupportables", "un mépris digne d'une discussion de bistrot": les propos de Conner Rousseau sur Molenbeek font polémique

Dans une interview accordée à l'hebdomadaire Humo, Conner Rousseau, le président de Vooruit, a tenu des propos sur Molenbeek qui ont créé la polémique.

La Rédaction et Belga

"Quand je me promène à Molenbeek, je ne me sens pas en Belgique", a déclaré Conner Rousseau dans un entretien pour le magazine Humo.

Plus tard dans l'interview, il ajoutait: "A Bruxelles, à cause de la pénurie d'enseignants, il y a des gens qui enseignent en arabe, car ils ne parlent pas français. C'est inacceptable".

Interrogé au micro de Radio 1, ce mardi matin, Conner Rousseau a maintenu sa position quant à ses déclarations. Ce qui lui a valu une valse de critiques, et ce même dans les rangs des socialistes.

Ahmed Laaouej, président de la Fédération Bruxelloise du PS, a réagi à ces déclarations sur Twitter. "Les propos de Conner Rousseau sont intolérables. Stigmatisants et xénophobes. Bruxelles est une région cosmopolite avec des quartiers connaissant une grande diversité de population. Ils méritent mieux qu'un mépris digne d'une discussion de bistrot. Lamentable et insupportable", a-t-il écrit.

Gilles Vanden Burre, chef de groupe Ecolo au Parlement fédéral, y allait aussi de sa critique: "Ces propos de Conner Rousseau sont insupportables car ils stigmatisent, sans nuance, tout Bruxelles et sa riche diversité...tout en relayant les clichés des extrémistes. Une réaction ferme de la famille socialiste est nécessaire", a-t-il commenté.

Pour Benjamin Dalle (ministre flamand de Bruxelles et de la Jeunesse), c'est incorrect. "Non seulement en-dessous de tout, c'est aussi manifestement incorrect. Les cours de langues et l'intégration sont gratuits (!) à Bruxelles. Et qu'en est-il de cet enseignement en arabe dans une école ? Je l'invite très certainement à m'y emmener..."

Le député N-VA Theo Francken, quant à lui, buvait du petit-lait. "Les socialistes votent depuis des années contre un durcissement de la politique migratoire. Ils n'ont conquis Bruxelles qui était libérale que grâce à l'immigration de masse qu'ils ont tant défendue et défendent encore. La famille socialiste Moureaux dirige Molenbeek depuis des décennies, laissez-moi rire", a-t-il tweeté.

Mais pour la co-présidente d'Ecolo Rajae Maouane, les propos de Conner Rousseau sont "intolérables". "Ils traduisent une grande méconnaissance de Bruxelles. Les Bruxellois.es méritent le respect."

Bart De Wever, bourgmestre d'Anvers, a lui aussi commenté la sortie du président de Vooruit : "Il y a bien une ségrégation factuelle dans des endroits comme Molenbeek, qui ne peut tout simplement pas être ignorée. L'indignation postmoderne qui suit toujours cette analyse pourtant évidente est en contradiction avec la réalité. Typique de l'engouement idéologique de l'élite intellectuelle.", a-t-il tweeté.

La bourgmestre de Molenbeek, Catherine Moureaux (PS), n'a pas manqué de réagir avec "dégoût et colère". "Jamais venu à Molenbeek, (Conner Rousseau) se met de manière caricaturale dans la roue de la droite extrême, méprisant par là 100.000 Molenbeekois", a-t-elle tweeté, en dénonçant du "bashing". Elle a annoncé envoyer derechef une invitation à l'intéressé pour "venir à la rencontre de la réalité dès la semaine prochaine".

Rousseau critiqué par les membres de son parti

L'échevin de l'éducation à Molenbeek et membre de Vooruit, Jef Van Damme, a critiqué son président de parti sur Twitter. "Une remarque très déplacée de Conner Rousseau. Molenbeek est tout autant la Belgique que Saint-Nicolas. La prochaine fois qu'il se promènera ici, je serai heureux de lui faire visiter Molenbeek", a-t-il publié.

Hilde Sabbe, élue indépendante sur la liste onebrussels.sp.a au Parlement de Bruxelles-Capitale, s'est également désolidarisée de ces propos. "Ainsi s'achève ma résolution de ne plus jamais critiquer Conner Rousseau. Il n'est pas et ne sera jamais mon président. Ses déclarations sur Bruxelles et le rôle du néerlandais sont embarrassantes et, surtout, incorrectes."

Ce matin, Conner Rousseau est revenu sur ses propos qui ont fait polémique et a maintenu sa position sur les ondes de Radio 1.

"J'ai lu et approuvé l'interview. Mais on sait aussi comment ça marche. On n'a jamais notre mot à dire sur le titre de l'article. L'entretien porte également principalement sur le problème des compétences linguistiques en Flandre, et ce que cela signifie pour les opportunités pour les jeunes. Je suis très inquiet à ce sujet", a-t-il confié.

Avant de poursuivre: "Je plaide pour une bonne mixité sociale. Dans certains endroits, on n'entend que l'arabe et on n'encourage pas à parler dans la langue officielle. Et cela m'inquiète beaucoup. Pour les enfants eux-mêmes ! Vous ne pouvez pas exceller à l'école et saisir toutes les opportunités si vous n'apprenez pas la langue du pays."

Et de conclure: "J'espère que tout le monde lira l'intégralité de l'interview afin de voir mon opinion sur l'investissement dans l'éducation et la garde d'enfants. Je me demande qui pourrait être contre ça".

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