"En Wallonie, nous nous sommes volontairement endettés pour faire face aux difficultés"

Dans "Il faut qu'on parle" ce mercredi, Maxime Binet recevait Christophe Collignon (PS), le ministre wallon des pouvoirs locaux, des villes et du logement.

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Covid-19, inondations, prix de l'énergie en hausse... Alors qu'un conclave budgétaire s'ouvre la semaine prochaine en Wallonie, dans quel état financier se trouvent les communes du sud du pays ?

"Ces dernières années, la santé financière de nos communes s'est dégradée, souvent avec des éléments exogènes : les transferts de charge du gouvernement fédéral. Notamment le coût des zones de police et des zones de secours, les pensions et les réformes fiscales. Le tax shift coûte cher aux villes et communes. Nous sommes conscients qu'elles sont en difficulté, certaines plus que d'autres", constate Christophe Collignon.

Ainsi, que peut faire la Wallonie pour les aider ? Quels moyens peuvent être mis en œuvre, alors que la dette wallonne est très élevée ? "Nous les avons aidées, avec une reprise pour partie des dotations dans les zones de secours. Les provinces les ont aidées. Nous avons aussi mis sur la table 3 milliards pour un plan Oxygène", énonce le ministre. Un plan "one shot" qui ne sera pas prolongé, précise-t-il toutefois. Par contre, "il faudra à l'avenir procéder par réformes", assure le socialiste. "Faire en sorte d'inciter les communes à fusionner, ce qui est le cas entre Bastogne et Bertogne. Promouvoir la supracommunalité pour faire des économies d'échelle. Mais ça ne sera pas suffisant".

Pour aller plus loin, le gouvernent wallon a saisi le Comité de concertation, afin que le fédéral tienne compte des villes et communes, lorsqu'il prend une décision "pour assurer la neutralité financière", fait savoir Christophe Collignon. "Il faudra à la fois des réformes qui viennent des villes et communes et il faut aussi que le fédéral fasse sa part d'effort", appuie-t-il.

La dette wallonne s'élèvera pourtant à 24 milliards d'euros d'ici 2024 à politique inchangée. Comment y pallier ? "Tout cela est prévu dans le plan de relance. Les villes et communes sont les premiers niveaux de la démocratie, d'autre part ce sont 50 % des donneurs d'ordre en matière d'investissement. Donc c'est important pour la relance de la Wallonie."

150 millions d'euros d'économies à réaliser

"Toutes les entités wallonnes sont à un tournant, toutes sont un peu en difficulté", poursuit le ministre. En matière de Covid et d'inondations, "la Wallonie devait délier les cordons de la bourse", assure-t-il. "Une entité publique, c'est comme un ménage, elle emprunte et au bout d'un moment la banque lui dit : 'le prochain prêt il faudra faire attention'. Nous sommes dans cette situation et donc il faut faire un travail pour les générations futures, qui n'est pas insurmontable. Mais il faut prendre ses responsabilités et faire un effort récurrent qui a été chiffré à 150 millions d'euros par exercice. La Wallonie c'est un budget de 18 milliards. Nous pouvons donc trouver ces marges".

"Mais nous nous sommes volontairement endettés pour faire face aux difficultés, pour soutenir nos entreprises et notre territoire", justifie Christophe Collignon.

Concrètement, comment réaliser ces économies ? "Nous avons une ligne rouge au PS, ne pas toucher aux fonds des communes", avance-t-il. D'autre part, il faut faire un travail de responsabilité c'est-à-dire un travail pour trouver de nouvelles recettes : je ne parle pas de taxes, mais de rendements des différentes taxes. Dans les dépenses il y a des dispositifs désuets qui faudra revoir."


La guerre en Ukraine, une nouvelle variable

Dans la Libre de ce mercredi matin, les Engagés, via l'ancien ministre du budget André Antoine, veulent aller plus loin dans les économies wallonnes. "C'est le rôle de l'opposition de faire du catastrophisme, mais je crois que ce n'est pas l'état d'esprit qu'il faut prendre. Au passage André Antoine a été ministre du budget, il a un tout petit peu contribué à cette dette. Mais 150 millions, ce n'est pas insurmontable", rétorque Christophe Collignon.

De plus, la guerre en Ukraine a des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des Belges et les finances des communes. Comment le gouvernement wallon peut-il aider les communes à ce niveau ? "Cette guerre est une catastrophe sur le plan humanitaire", commence le ministre. "Il y a un impact important, une crise énergétique qui touche tout le monde. On est dans une période où, dans le plan de relance, on avait densifié les moyens pour les villes et communes pour faire des investissements, notamment pour les routes. Evidemment les communes auront plus, mais les matériaux vont coûter plus cher. Donc on fera moins que prévu, mais on fera autant que ce qu'on faisait les années précédentes. Les budgets ne sont pas extensibles à souhait mais on permettra sans doute que les communes puissent présenter des budgets en déséquilibre"