Yvan Verougstraete rejoint Les Engagés et veut en faire une entreprise politique gagnante

Un entrepreneur de talent fait son coming out politique. Yvan Verougstraete rejoint le parti "Les Engagés" (ex-CDH), annonce Moustique. Cet ovni pourrait bien relancer un vrai parti centriste francophone. Rencontre.

Catherine Ernens (Moustique)
Yvan Verougstraete rejoint Les Engagés et veut en faire une entreprise politique gagnante
©JC Guillaume

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Avec ses grands bleus, sa silhouette élégante et ses idées très élaborées, Yvan Verougstraete fait figure d'ovni politique. Ce samedi, lors de la signature du manifeste des Engagés (le nouveau CDH), Yvan Verougstraete se présentera comme candidat à la vice-présidence du parti, annonce le magazine Moustique sur son site internet. Il fait un immense pari, celui d'un centrisme novateur et moteur d'une nouvelle voie pour la Belgique. Pour lui, la politique ne peut pas être l'opposition de deux blocs qui s'invectivent. "Il y a des gens bien partout comme Thomas Dermine au PS ou Alexia Bertrand au MR. Mais il faut refaire société. Le positionnement des Engagés, c'est de chercher la meilleure solution pour tout le monde et pas de s'adresser à une partie seulement de la population."

Les Engagés, une start-up comme Medi-Market

CEO de Medi-Market (la chaine de produits de para-pharmacie), son idée de génie, jusqu’en juin de l’année dernière, il a cédé sa place en plein succès pour l’enseigne et alors qu’il avait été désigné manager de l’année en 2020. Pour lui, l’ancien CDH, devenu "Les Engagés " est comme l’une de ses start-ups qu’il a réussi à transformer en entreprise à succès. "Pour y arriver, il faut deux ingrédients : les bonnes idées et le bon business plan et, ensuite, les bonnes équipes qui seront gagnantes. Moi j’ai envie de gagner avec Les Engagés parce que j’ai la conviction forte que ce sont les idées dont a besoin, en fait. "

Il a fait Medi-Market parce que deux choses l'ont toujours énervé : les notaires et les pharmaciens. "Les pharmaciens se sont organisés comme un cartel où tout le monde suivait le maximum du prix recommandé sans faire de concurrence et un bon fonctionnement du marché. Ils se disaient libéraux mais ils agissaient avec des privilèges", plaide-t-il. Son slogan pour Medi-Market, c'était "démocratisons l'expertise santé". C'était un acte politique. "Bon, pour démocratiser l'acte notarial, c'est plus compliqué", dit-il en riant. Il y a quelques mois, il s'est dit que pour avoir le maximum d'impact, il devait passer par la politique et s'engager. Il veut être utile et avoir de l'impact pour le bien global. Il ne se lance pas en politique pour avoir un job car il n'en a pas besoin. Mais il croit qu'on peut faire les choses autrement et que le projet des Engagés a du sens.

Comment ? Il choisit une proposition parmi 150. "On doit faire une véritable révolution fiscale. Pas plus d'impôts. Mais la fiscalité doit redevenir vertueuse. L'Etat ponctionne aujourd'hui là où c'est le plus facile, sur le travail. Je suis pour la globalisation de l'impôt. Il n'y a pas de raison que lorsqu'on gagne de l'argent, on ne soit pas taxé sauf quand on travaille. C'est plus qu'un slogan qui dit de taxer les riches. Il faut une taxation vertueuse et environnementale. Il faut oser globaliser les revenus. Et ensuite faire une progressivité beaucoup plus logique. Aujourd'hui, on est très vite très fort imposé et on essaie de compenser ça par des niches fiscales qui n'ont pas de sens. "

Son modèle, c'est Obama

Sa référence en politique, c'est Obama. Carrément. Yvan Verougstraete regarde aussi du côté d'Emmanuel Macron. "Mais c'est un banquier au départ. Moi je suis un entrepreneur qui faisait des plats préparés avec des ouvriers. Je pense que ça lui a manqué de ne pas être proche des gens." Lui, il a toujours été aux côtés de ses ouvriers et employés, dit-il. D'ailleurs, ses amis le trouvent gauchiste alors que son parcours est celui d'un chef d'entreprise de droite. La politique, c'est sa passion au départ. A 18 ans, il a été le jeune conseiller communal de Belgique, du temps du PSC. Il avait Dominique Harmel à sa droite, Joëlle Milquet à sa gauche et Benoit Cerexhe qui faisait la synthèse. En rigolant, en rhéto, il avait écrit que ce qu'il voulait faire plus tard, c'était président de la République. Puis s'en est détourné. Il ne voulait pas être transformé par la politique et courir après les votes. Il a volé vers d'autres défis.

Et le pilier chrétien dans tout ça ? "Les Engagés sont en rupture avec le fait d'être les représentants d'une religion depuis le cdH de Milquet. Avec Les Engagés, un pas plus loin est franchi dans l'humanisme qui est à l'opposé du consumérisme, de l'exploitation de la terre et est ouvert au partage avec les générations futures", assène-t-il. "On pense que l'Etat a un rôle très fort à jouer. Il faut qu'il y ait un arbitre et des règles du jeu. Mais ce n'est pas pour ça que l'Etat doit être un joueur sur le terrain comme les socialistes le font avec toujours plus d'emplois publics."

Simplifier Bruxelles

Très bruxellois, il fustige tous les "brolls" qu'on a créés comme le sexe linguistique. Ca ne correspond pas à ce que vivent les Bruxellois comme réalité. "Il faut supprimer les collèges linguistiques, diminuer le nombre de parlementaires qui sont 89 parce qu'on a deux groupes linguistiques qui s'opposent. Pour trouver un job à Bruxelles aujourd'hui, il faut parler flamand. Les seuls qui ne doivent pas ce sont les politiciens. Il faudrait les obliger à passer un examen linguistique."

Il s'entend bien avec Maxime Prévot qui comme président "a eu le courage de tout remettre à plat". Il a de l'admiration pour Joëlle Milquet. Papa de Valentine, Victor et Pierre, il estime la crise environnementale comme fondamentale. Il vise la décroissance énergétique par les comportements et les évolutions technologiques. Et il faut le faire avec un business plan. "Aujourd'hui, les politiques n'ont pas été capables de se tenir à des objectifs chiffrés et globaux. On se cache derrière un arbre alors qu'il y a la forêt qui brûle. Il faut dire quel est le budget CO2 pour le mois prochain et savoir si on est dans les clous ou pas."

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