La révocation du droit à l'avortement aux États-Unis inquiète en Belgique: "Une nouvelle dévastatrice"

La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré vendredi un arrêt qui, depuis près d'un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n'avait jamais été accepté par la droite religieuse.

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La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a enterré vendredi un arrêt qui, depuis près d'un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter mais n'avait jamais été accepté par la droite religieuse. Si les interruptions de grossesse volontaires ne deviennent pas de facto illégales, chaque État est désormais libre de les autoriser ou non. Une situation qui inquiète aussi en Belgique. Le Premier ministre Alexander De Croo s'est ainsi dit, sur Twitter, "très préoccupé des implications de la décision de la Cour suprême des États-Unis (...) et du signal qu'elle envoie au monde". Il a souligné qu'"interdire l'avortement ne menait jamais à moins d'avortements mais seulement à davantage d'avortements peu sûrs". Il a enfin promis que la Belgique continuera de travailler avec les autres pays pour avancer sur les droits sexuels et reproductifs "partout".

La secrétaire d'État à l'Égalité des genres Sarah Schlitz a aussi déploré, via Twitter, "une nouvelle dévastatrice pour les droits des femmes aux États-Unis", ajoutant que "les droits sexuels et reproductifs sont des droits humains".

Après cette décision judiciaire, le droit à l'avortement est menacé dans à peu près la moitié des États-Unis.

Philippe Hensmans, directeur de la section francophone d'Amnesty International Belgique, souligne que cette révocation globale du droit à l'avortement va "encore toucher les plus faibles, les plus démunies, les personnes racialisées notamment". Une inégalité risque en effet de se créer entre les femmes disposant des ressources nécessaires pour se rendre dans les États autorisant encore l'avortement et celles qui ne les ont pas et seront condamnées à "retourner à des pratiques clandestines". Il ajoute que certaines entreprises, telles que Netflix et Starbucks, avaient déclaré qu'elles prendraient en charge les frais de déplacement de leurs employées souhaitant avorter mais ne le pouvant pas dans leur État.

Philippe Hensmans dénonce cette décision, contraire aux droits humains et à laquelle "toute une partie de la population, même aux Etats-Unis, est opposée. Les personnes siégeant à la Cour suprême ne représentent pas forcément" l'opinion majoritaire, a-t-il pointé. L'ONG de défense des droits humains a d'ailleurs lancé une pétition "pour demander aux gouverneurs et gouverneures des États fédérés américains de mettre fin aux interdictions d'avorter et protéger le droit à l'avortement dans leur État".

Cette révocation du droit à l'avortement intervient en outre peu après un autre arrêt de la Cour suprême américaine consacrant le droit des Américains à sortir armés de leur domicile. "Deux juges ont dit en 2020 leur souhait de revenir sur le mariage homosexuel, on a peur que toutes les libertés fondamentales soient attaquées" par cette instance judiciaire, explique M. Hensmans.