En Wallonie, la majorité ne veut pas d’auditions dans le cadre de la faillite d’Hamon

La question de l’éventuel conflit d’intérêts d’un administrateur reste toujours sans réponse claire.

Les députés wallons Germain Mugemangango (PTB) et André Antoine (Les Engagés) ont longuement interrogé le ministre Borsus (MR) sur la faillite de la société Hamon.
Les députés wallons Germain Mugemangango (PTB) et André Antoine (Les Engagés) ont longuement interrogé le ministre Borsus (MR) sur la faillite de la société Hamon. ©Photo News / BELGA

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Lorsqu’un homme ou une femme politique siège dans un Parlement sur les bancs de la majorité, il n’adopte pas toujours le même comportement que lorsqu’il siège sur les bancs de l’opposition. Et inversement. Du coup, certains dossiers révèlent parfois quelques contradictions. Il y a ainsi un sujet qui, aujourd’hui, en Wallonie, embarrasse le gouvernement wallon et l’ensemble de la majorité (PS-MR-Écolo). Il s’agit du dossier de la faillite de la société Hamon pour laquelle la Wallonie, via la Sogepa, a investi près de 130 millions d’euros ces 20 dernières années.

Hamon a fait faillite. Et des questions se posent encore. Des questions qui n’ont pas toujours trouvé de réponse. Elles étaient une nouvelle fois évoquées, mardi, en commission de l’Économie du Parlement wallon. L’opposition, incarnée par Les Engagés (ex-CDH) et par le PTB, demande d’ailleurs la mise sur pied d’une commission spéciale chargée de faire toute la lumière sur cette faillite. Ou, tout du moins, l’audition des principaux intéressés. Elle cherche à savoir pourquoi la Sogepa a continué d’investir sous des formes diverses alors que la situation de l’entreprise se détériorait. Mais aussi, et c’est peut-être sur ce deuxième point que l’attitude de la majorité wallonne reste un peu particulière, ce qu’il en est d’un potentiel conflit d’intérêts.

Rappelons que le président du conseil d’administration de la Sogepa, Laurent Levaux siégeait de manière totalement indépendante au sein du conseil d’administration de la société Hamon, ainsi que dans son comité de rémunération. La Sogepa, en tant qu’actionnaire principal d’Hamon (60 %) avait droit à deux représentants au conseil d’administration. Mais ces sièges étaient occupés par deux autres personnes. La question qui se pose étant de savoir si Laurent Levaux a joué de sa double casquette pour encourager la Sogepa a continuer d’aider financièrement la société installée à Soignies ?

Deux décisions contradictoires

D'autant que selon certaines sources, après avoir acté un prêt de 6 millions d'euros en janvier 2020, le conseil d'administration de la Sogepa aurait décidé qu'étant donné "la situation de la société Hamon, […] il s'agissait du dernier prêt qu'il ferait vis-à-vis d'Hamon", explique le chef de groupe PTB, Germain Mugemenango. L'élu pointe qu'en mars 2021, "le même conseil d'administration a pourtant décidé de prêter 20 millions d'euros, en contradiction totale avec la décision prise en janvier 2020".

Du côté des Engagés, le député André Antoine, qui ne boude pas son plaisir de voir dans cette situation le ministre Borsus (NdlR : ministre wallon de l'Économie, MR), qui l'a parfois poussé dans les cordes lorsque leurs rôles étaient inversés, s'étonne de "l'opacité du ministre". "C'est votre seule responsabilité dans cette affaire Monsieur Borsus, si vous disposez de toutes les pièces du dossier, pourquoi ne pas les transmettre au Parlement ? Même via une data room. Cela nous permettrait de faire la clarté". Il se demande aussi pourquoi certains membres du conseil d'administration de la Sogepa "considéraient qu'Hamon était perdu et qu'il ne fallait donc pas investir là ou d'autres pensaient le contraire. Les premiers ont eu raison". "Ceux qui s'obstinaient avaient peut-être d'excellentes raisons de le faire, mais nous devons savoir pourquoi."

À la suite de ces interventions, le ministre Willy Borsus a donné quelques éléments importants. Il dément que le conseil d'administration de la Sogepa en janvier 2020 ait décidé de s'en tenir à un dernier prêt de 6 millions d'euros. "La décision du conseil d'administration du 24 janvier 2020 concernant le crédit pont de 6 millions d'euros octroyés à Hamon ne contient aucun élément relatif à une volonté que ceci soit la dernière intervention", explique-t-il. Il a rappelé aussi qu'au début de l'intervention wallonne dans cette société (en 2004), les retours furent particulièrement positifs avec "30 millions d'euros de retour". Une manière d'expliquer en partie la volonté de la Sogepa de soutenir l'entreprise par la suite.

Quant au potentiel conflit d'intérêts, il a tenu à rappeler qu'une charte de bonne gouvernance serait mise en place au niveau du nouvel outil économique wallon qui sera issu de la fusion de la Sogepa, de la Sowalfin et de la SRIW. Un argument repris, par le député de la majorité, Olivier Bierin (Écolo) qui reconnaît qu'il y a bien dans cette affaire "une apparence de conflit d'intérêts".

Pourquoi refuser de faire toute la clarté ?

Pourquoi dès lors, la majorité au Parlement wallon refuse-t-elle de procéder à des auditions ? Ne fût-ce que pour démontrer qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts et pour clarifier la manière dont les décisions étaient prises à la Sogepa. C’est là toute la question. On se rappellera, même si comparaison n’est pas raison, que dans d’autres dossiers sensibles et plus importants comme l’affaire Nethys, Écolo et le MR, alors dans l’opposition, étaient plus virulents sur ce type de dossier. Quant au PS, il s’est borné, par la voix du député Maxime Hardy, à préciser que sans éléments nouveaux, il n’y avait plus matière à débat.