Friche Josaphat : ce dossier sensible est de retour au gouvernement bruxellois

Le PS veut son plan d’aménagement directeur Josaphat. Mais le plan ne convainc pas Ecolo, qui veut conserver davantage d’espaces naturels.

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Préserver la nature en priorité ou privilégier la construction de logements sociaux. Le clivage idéologique divise Écolo et le PS dans les communes bruxelloises. Il est sur le point de se manifester à nouveau dans un dossier majeur au sein du gouvernement bruxellois : la friche Josaphat. Une biodiversité s’est développée autour de cette ancienne gare de triage désaffectée, un terrain de 25 hectares à cheval sur Schaerbeek et Evere.

"La nouvelle version du plan d'aménagement directeur (PAD) Josaphat devrait être adoptée définitivement avant les vacances d'été, selon la réponse que m'a faite Rudi Vervoort (le ministre-Président bruxellois) au Parlement bruxellois, pointe Gaëtan Van Goidsenhoven (MR), député bruxellois. Après l'abattage, Josaphat est un autre dossier symbolique. Écolo ne peut pas faire l'économie d'un positionnement plus ambitieux que ce qui est annoncé dans la PAD. Sinon, la posture de la Région sur la nature en ville ne sera plus audible. Écolo doit peser politiquement sur ce dossier."

Un accord peu probable

Selon nos informations, le point est inscrit à l'ordre du jour du gouvernement bruxellois ce jeudi, pour un passage en seconde lecture. Des discussions préparatoires ont eu lieu en intercabinets. Mais il apparaît peu probable qu'un accord soit déjà trouvé ce jeudi. Le PS a plutôt glissé ce sujet "dans l'entonnoir" de la fin d'année parlementaire, afin de le faire aboutir avant les vacances d'été. Le PAD actuel, au vu des résultats de l'enquête publique très critique sur le projet, n'est pas du goût d'Ecolo.

Pour rappel, la Région, qui a racheté ce terrain en 2006, entend développer un projet ambitieux sur ce site. Le premier PAD s’était heurté à la résistance opiniâtre de riverains et de citoyens, ainsi que de passionnés de nature. Il a donc été adapté avec un nombre de logements revu à la baisse. Le nouveau PAD comprend la création de 1 194 logements (contre 1 600 précédemment), dont 50 % de logements publics. La moitié du total des logements est prévu sur la friche. Les espaces verts sont censés occuper 40 % de la superficie du projet (13 ha). Des écoles, une salle de sport, ainsi qu’un parc de 1,28 ha dédié à la biodiversité sont aussi prévus.

Le gouvernement bruxellois a validé ce PAD en première lecture en juillet 2021. Cette proportion de 40 % d’espaces verts semble désormais insuffisante aux yeux d’Ecolo.

Attention "à ne pas développer des cages à lapins"

Car entre-temps, le projet a été soumis à une enquête publique. Les conclusions de la commission régionale de développement, rendues en mars, sont critiques. La commission s'inquiète de savoir si sera rencontrée "l'ambition de faire de ce projet un véritable projet pilote en matière d'intégration des enjeux de biodiversité, de climat et de résilience urbaine". Sur la forme des logements, la commission se dit attentive "à ne pas se laisser développer des 'cages à lapins '".

Du côté du PS, on semble s’arrimer au projet discuté l’été dernier : 40 % de nature, le reste pour le PAD. Chez Écolo, on estime qu’il faut tenir compte des conclusions de la commission qui plaide pour plus d’espaces laissés à la nature.

Le PS ayant remis le point à l’ordre du jour, certains au sein du gouvernement estiment que c’est aux socialistes de faire un effort. Le compromis ne sera pas simple. Le PS entend privilégier la construction de logements, enjeu central pour les socialistes sous cette législature. Et Écolo veut une place plus importante pour la préservation de la biodiversité.

La position de Défi apparaît comme moins centrale. Reste que la friche se situe sur les terres de Bernard Clerfayt, bourgmestre en titre de Schaerbeek. Or, la commune a émis plusieurs critiques sur le PAD, notamment en matière de mobilité, jugeant aussi les objectifs environnementaux trop peu ambitieux. Après la déconvenue sur l’abattage rituel, l’état d’esprit du ministre de l’Emploi pourrait peser, pensent certains.

"Au-delà de l’effet Nimby"

"Le parent pauvre de ce PAD, c'est la biodiversité, alors que c'est justement le point fort du site Josaphat. On y trouve des espèces d'abeilles sauvages remarquables, notamment. Or le bioparc prévu dans le projet ne compte qu'1,28 hectare sur un site qui en compte 33. C'est ridicule", reprend Gaëtan Van Goidsenhoven. L'an dernier, le MR avait vu sa demande de classer la partie ouest de la friche en réserve naturelle être recalée au Parlement. "Le PAD adapté n'est qu'une concession symbolique. Il garde ses faiblesses initiales. La Région agit comme un promoteur immobilier privé insensible aux enjeux de biodiversité. Il y a toujours de l'effet Nimby dans ces dossiers, mais on est au-delà dans ce cas précis, assure le député libéral. Il y a à Bruxelles un désir profond de laisser à la nature plus d'espace. On peut construire sur les dernières parcelles vertes. Mais qui voudra encore vivre à Bruxelles ?"

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