Passé colonial: "La restitution est aussi le prétexte à la constitution d'une mémoire commune"

La commission de la Chambre continue de se pencher sur le passé colonial.

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La restitution d'objets que la Belgique s'est appropriés durant la période coloniale doit aussi servir un dialogue entre experts des deux côtés afin de constituer une mémoire commune sur cette page de l'histoire de la Belgique et des pays qu'elle a colonisés, a expliqué lundi le secrétaire d'État à la Politique scientifique, Thomas Dermine, devant la commission de la Chambre qui se penche sur le passé colonial.

À l'initiative de M. Dermine (PS), la Chambre a approuvé le 30 juin un projet de loi qui donne un cadre juridique à la restitution d'objets appropriés de façon illégitime, essentiellement en République Démocratique du Congo (RDC). Il concerne les biens détenus par l'État fédéral et qui se trouvent pour la plupart à l'Africa Museum de Tervueren. Le texte sera suivi d'une convention bilatérale avec la RDC pour organiser le transfert des objets qui pourraient être rapatriés après une étude de provenance. Une commission belgo-congolaise doit être mise sur pied, au début de l'année prochaine, espère le secrétaire d'État.

"On fait ce travail pour la valeur symbolique de ces objets, mais c'est aussi un prétexte à une discussion scientifique approfondie entre experts belges et congolais sur ce passé commun pour reconstituer une mémoire commune, biaisée aujourd'hui d'un côté comme de l'autre", a souligné M. Dermine.

Un prologue de ce travail de restitution s'est joué lors de la visite du Roi au Congo au mois de juin. Le Musée national de Kinshasa a reçu en prêt à durée illimitée un masque kakuungu de l'ethnie Suku. Il existe une vingtaine de masques de ce type, dont 18 au Musée de Tervueren... et plus un seul en Afrique avant ce prêt.

En Afrique, le geste est perçu comme une façon de reconstituer la mémoire. Le président congolais, Felix Tshisekedi, dans le cadre de sa présidence de l'Union africaine l'an passé, avait d'ailleurs inscrit la promotion du patrimoine culturel africain dans la liste de ses priorités. "Le terme de restitution est peu usité en Afrique car il est très européano-centré: celui qui rend, c'est l'Européen. Les Africains parlent de reconstitution, de reconstituer un patrimoine, de recréer un lien avec les ancêtres qui avait été brisé parce que l'artefact avait disparu", a observé M. Dermine.