La majorité Vivaldi reste divisée sur la réforme des pensions

Échange d’amabilités entre les partenaires du gouvernement fédéral au lendemain de l’accord.

Antoine Clevers (avec Belga)
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Si les deux déclarations ont été prononcées à 24 heures d’intervalle, on a l’impression qu’elles se répondent. L’échange, tout indirect soit-il, illustre à merveille les tensions qui animent la coalition Vivaldi (PS, Vooruit, MR, Open VLD, CD&V, Écolo et Groen), encore groggy par d’âpres négociations sur la réforme des pensions.

Un large débat a eu lieu mercredi, lors de la dernière séance plénière de la Chambre de l’année parlementaire, sur cette réforme entérinée dans la nuit de lundi à mardi par le gouvernement De Croo. L’accord prévoit notamment une condition de vingt années de carrière (au moins à 4/5e temps) pour bénéficier de la pension minimum.

Lors de sa prise de parole à la Chambre, le chef de file du PS, Ahmed Laaouej, a fustigé "le fantasme malsain de la figure du chômeur de longue durée qui toucherait la même pension que ceux qui ont travaillé". "C'est ignoble et indigne de présenter les choses comme cela. Ces fantasmes ne servent que ceux qui veulent faire des économies sur le dos des pensionnés. Et ceux-là ont subi une déconvenue, et c'est tant mieux."

La réponse de la bergère

Jeudi, jour de Fête nationale, le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) est revenu sur la réforme des pensions au micro de LN24. "Il ne faut pas sous-estimer" ce qui a été décidé, a-t-il dit. "On a introduit dans le système des pensions une condition très dure, très claire de devoir avoir vraiment travaillé" pour bénéficier de la pension minimum.

Et d'enchaîner, comme une réponse à M. Laaouej : "Avant, on connaissait tous des histoires où les gens disaient : 'mon voisin, il n'a jamais travaillé, il est chômeur, et il a la même pension que moi'." Le libéral flamand réfute qu'il s'agisse là d'une simple légende urbaine ou de stéréotypes. "Non, c'était la réalité quand même dans pas mal de cas. Aujourd'hui, c'est clair, si vous voulez avoir une pension, il faut prouver que vous avez minimum travaillé vingt ans."

À la Chambre, mercredi, le clivage gauche-droite restait vivace au sein de la majorité. À gauche, Ahmed Laaouej a remercié la ministre des Pensions, Karine Lalieux, sa camarade du PS : "Vous aviez dit que le combat serait rude, nous l'avons vu et vous avez tenu."

La députée Écolo Marie-Colline Leroy a, elle, souligné les avancées en termes d'égalité hommes-femmes (par une meilleure prise en compte dans le calcul de la pension des temps partiels qui concernent davantage les femmes). "Tenez bon et poursuivez sur cette ligne", a-t-elle exhorté.

"Assumez votre merde"

À droite, le MR a sans surprise rappelé que cet accord n'allait pas assez loin à ses yeux. "Mais c'est un premier pas dans la bonne direction", a nuancé Christophe Bombled. Le député libéral a insisté sur la soutenabilité sociale et financière de la réforme, qui doit encore être négociée avec les partenaires sociaux. Même critique du côté du CD&V, où Nahima Lanjri a redéposé sur le pupitre d'Alexander De Croo les propositions de son parti en la matière.

Ces différentes prises de position ont eu le don d'agacer Egbert Lachaert, député et président de l'Open VLD, le parti du Premier ministre. "Si vous êtes dans une coalition, assumez votre merde (own your shit)", a-t-il répondu aux critiques formulées notamment par ses homologues des partis de la majorité - en particulier Sammy Mahdi (CD&V), Georges-Louis Bouchez (MR) et Conner Rousseau (Vooruit).

La veille, Alexander De Croo avait lui aussi estimé malvenues les sorties des présidents sur la réforme des pensions, alors que leurs ministres participent aux discussions.

Et le nucléaire

La réponse de Georges-Louis Bouchez au chef du gouvernement fut cinglante. "Il ne faut jamais que le Premier ministre oublie une chose : une coalition tient grâce à l'équilibre entre les partis et à la volonté des partis que lui-même soit Premier ministre", a-t-il lancé mercredi matin sur La Première (RTBF). "La menace, l'invective, quand on est chef de gouvernement, n'est pas la meilleure manière d'arriver à des consensus." Il a aussi critiqué sa méthode de travail et l'organisation des réunions, qui auraient abouti à une ambiance "très compliquée" dans les discussions sur les pensions.

Ce débat n'était-il qu'une mise en bouche d'une autre négociation qui s'annonce ardue, celle sur la réforme fiscale ? Possible. On verra à la rentrée. En attendant, le Premier ministre a salué, jeudi, sur LN24, la méthode du ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (CD&V), basée sur un travail préliminaire d'experts, puis sur "une note qui donne une direction".

Le dernier devoir du gouvernement avant les vacances a trait à la conclusion d’un accord avec Engie sur la prolongation des deux réacteurs nucléaires belges les plus récents. Normalement pour ce vendredi ou dans les jours à venir.